samedi 25 octobre 2014

QUI LUI EST SEMBLABLE !

       TRENTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE               
(Mt 22, 34-40) 



« Pour le mettre à l'épreuve » ! Les pharisiens ne désarment pas ! Jésus, la semaine dernière, les renvoyait à leur propre conscience, on pourrait espérer qu’ils se sont calmés, mais non, ils reviennent à charge sur un autre registre  avec cette arrière pensée de  mettre Jésus à l’épreuve. Ils cherchent la faille pour le faire tomber ! Quelle prétention ! Quel manque de foi surtout et quelle méconnaissance ! S’ils avaient tant soit peu compris qui est Jésus ils (les pharisiens, les docteurs de la loi) ne tenteraient plus de le mettre à l’épreuve.

« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »

Jésus, évidemment, n’a aucun mal à répondre, les Écritures, ne sont- elles
pas son domaine ? N’est-Il pas la Parole incarnée ? Calmement, Jésus
reprend les termes du Deutéronome avec une toute petite différence cependant :

Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. (Deutéronome 6)

Remarquons qu’à la place de « toute ta force » Jésus propose de « tout ton esprit ». Sans doute veut-il introduire une note de tendresse là où nous risquons d’envisager une obligation. Dieu, en effet, nous aime avec tendresse

« Je te fiancerai à moi! Dans la justice et le jugement, dans la grâce et la tendresse; (Osée 2)

Mais Jésus qui n’est pas venu abolir mais parfaire va les entraîner sur un chemin qu’ils ne soupçonnent pas :

« Voilà le grand, le premier commandement. »

S’il y a un premier, c’est qu’il y en a un second ! Et celui-là va les prendre de court, même s’il le connaisse, car il figure dans le Lévitique : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur !  Ils ne s’attendent pas au bref commentaire de Jésus.
                                                                                 
« Et voici le second, qui lui est semblable : »

L’adverbe « semblable » a une importance majeure ici ! Quand Jésus affirme que le second est semblable au premier, ne met-Il pas Dieu sur le même plan que le prochain et inversement ?

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Aimer Dieu, aimer son prochain, s’aimer soi-même c’est une seule et même façon d’être ! Si je ne m’aime pas, comment pourrai-je aimer mon prochain et, à fortiori aimer Dieu que je ne vois pas ? St Jean en fait la remarque dans sa 1e lettre :

Si quelqu'un dit: "J'aime Dieu ", et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur; comment celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ?  Et nous avons reçu de lui ce commandement: "Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère." (1 Jean  4)

En réunissant tous ces aspects de l’amour Jésus voit, lui-même, un résumé de la loi et des prophètes :

« Tout ce qu'il y a dans l'Écriture — dans la Loi et les Prophètes — dépend de ces deux commandements. »

Sans amour rien n’existe ! L’amour donne de la densité à tous nos actes, à toutes nos paroles. St Augustin n’écrit-il pas : « Aime et fais ce que tu veux ! » Si j’aime en effet, il n’y a pas de place pour le mal ! Aimer suppose que je développe un grand nombre de qualités : droiture, respect, oubli de soi, service, et tant d’autres, à vrai dire toutes les autres ! Si je mens, si je trompe croyez-vous que je puisse regarder mon semblable droit dans les yeux ? Si je ne me respecte pas moi-même, pourrai-je respecter l’autre, mon frère ? Si je ne pense qu’à mon bien-être, à ma réussite (on peut se demander ici : que signifie réussir ?) est-ce que je serai capable de faire une place à mon frère ? Si je fais des différences entre les hommes est-ce que je peux prétendre aimer ? Souvenons-nous de l’épisode du Bon samaritain :

« Lequel de ces trois (le prêtre, le lévite et le samaritain un étranger) te semble avoir été le proche de l'homme qui était tombé aux mains des brigands? " dit Jésus.  " Celui qui a pratiqué la miséricorde envers lui. "répond le Docteur de la loi. Et Jésus lui répond: " Va, toi aussi fais de même.  (Luc  10) »

Tout homme est mon prochain. Nous pouvons dès lors, entrer en nous-mêmes et nous interroger sur nos comportements.
                              
Nous sommes invités à reconnaître Dieu dans chaque créature. L’Amour est particulièrement exigeant, nous sommes souvent, très souvent conduits à redresser notre vision des choses et surtout des personnes car nous sommes terriblement tentés de regarder ce qui ne va pas chez notre frère au lieu de rendre grâce pour tout ce que le Seigneur fait de lui, en lui :
« Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ? »
remarque Jésus ! Oui, nous sommes très forts pour cela ! Essayons de comprendre pourquoi ? Ne trouvons-nous pas dans cette attitude le moyen de nous rassurer, sur nos propres déficiences ? Aimer ne va pas de soi, rien n’est jamais gagné d’avance. Il faut un intense, un incessant et toujours neuf investissement de soi. Un éveil, une vigilance que rien n’épuise, que rien ne lasse.
Dieu seul sait aimer et Dieu seul sait le prix de l’amour : Dieu, parce qu’Il nous aime follement donne son Fils unique pour révéler qui Il est, et le Fils n’a pas d’autre choix que de se livrer aux mains des méchants dont nous sommes, se livrer librement, sans un mot, sans armes, sans retour sur soi et cela jusque sur la croix, où Il offre gratuitement le paradis au larron repentant.

Je conclus avec quelques vers d’un assomptionniste dont les mots me parlent beaucoup :

AIMER, c’est toujours aller plus loin…
Plus loin que les apparences,
Plus loin que les déceptions,
Plus loin que les lassitudes,
Plus loin que les solitudes.
                               L’Amour est nomade.                                Il parcourt le désert à la recherche d’un puits…
L’Amour est porteur de lumière
Comme le visage qu’il anime et qu’il transfigure :
L’Amour est un feu qui brûle sans se consumer.

En effet, quoiqu’on puisse dire, l’amour ne se consume pas, il est neuf chaque matin, il nous propulse dans l’avenir, il nous fait vivre, il nous permet de nous donner chaque jour un peu plus !

Oh l’amour d’une mère, amour que nul n’oublie, chacun en a sa part et tous l’ont tout entier   écrivait Victor Hugo ! Oui, les vraies mamans savent aimer ! Que de fois je rends grâce au Seigneur pour l’Amour de ma maman et pour l’Amour de toutes les vraies mamans !

Que dire alors de l’Amour fou de Dieu  qui est Père et Mère en même temps ! Chaque jour, apprenons à aimer ! L’Amour est tout qui est Dieu-même ! Fût-on brûler d’amour à en mourir, on n’aime pas encore assez ! On aime jamais assez !



L'ERMITE


vendredi 17 octobre 2014

PRENDRE JÉSUS EN FAUTE !

VINGT NEUVIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Mt 22, 15-21



Personnellement je trouve ce passage de l’Évangile terrible, horrible, odieux ! Et, en même temps, il nous éclaire sur ce qui habite nos cœurs parfois ! Dès les premiers mots, nous sommes plongés dans les controverses auxquelles Jésus était soumis. Lui, le Saint de Dieu, Lui, venu pour sauver l’humanité, la soulager, la  guérir de ses maladies de l’âme et du corps, l’aider à porter son fardeau,  la libérer de ce fardeau puisqu’Il propose de le partager est confronté à la malice la plus infâme des hommes de son temps, et d’aujourd’hui, ne l’oublions pas !

Les pharisiens, d’hier et d’aujourd’hui, le visage haineux, transpirant la haine, « se concertent », dans quel but ? Non pas pour le bien mais « pour se donner les moyens de prendre Jésus en faute ».Tel est le contenu de leur réflexion ! « Prendre Jésus en faute » le faire tomber pour se donner de bonnes raisons de l’écarter jusqu’à le faire condamner et le mettre à mort.

« N’exagérons pas, murmurez-vous dans votre cœur, les temps ont changé ! » En sommes-nous si sûrs ? Les divisions ne sont – elles pas présentes, dans nos familles, nos communautés civiles, nos communautés ecclésiales, entre les religions ? Ne se sert-on pas de ces dernières pour éliminer des innocents parce qu’ils ne partagent pas nos idées, notre façon de prier ? Entre les partis politiques qui au lieu de prendre le meilleur de chacun, cherchent à se neutraliser, quand ils ne vont pas plus loin ? Les Pays qui rivalisent au lieu de se soutenir et tentent de grignoter de l’espace chez le voisin son frère ?
De ce mal, chrétiens, nous sommes solidaires et nous y contribuons chaque fois que nous entretenons la division dans notre sphère immédiate, chaque fois que nous repoussons l’autre en raison de sa différence ; si cet autre est différent de moi, je suis différent de lui en partant de son point de vue ! Ne devons-nous pas apprendre à inverser les situations ? Ne sommes-nous pas, obligatoirement différent de l’autre ? Réfléchissons, prions l’Évangile avec sérieux, non pas comme une jolie histoire pour enfants sages mais comme une Parole de Vie qui a conduit Celui qui l’incarne, Jésus, à mourir sur la croix. Que son sacrifice ne soit pas vain, qu’il nous élève et nous relève !

« Tout âme qui s’élève, élève le monde » écrivait Elisabeth de la Trinité mais le contraire est aussi vrai. Celui qui s’abaisse, abaisse le monde, il le tire vers le bas, frères ne soyons pas de ceux-là !

Remarquons la malice de nos frères, oui, nos frères les pharisiens, nous pourrions même oser dire nos « sosies ». « Nous le savons » Ils commencent par se présenter comme des partenaires de Jésus, et ils cherchent à enfoncer le clou par une odieuse flatterie. Nous dirions aujourd’hui « en lui passant de la pommade ». « Tu es toujours vrai, tu enseignes le vrai chemin de Dieu, tu ne te laisses influencer, tu ne fais pas de différences entre les gens »

Ce langage pernicieux ne fait qu’aggraver leur cas, ils assaisonnent leur discours avec tous les ingrédients des faussaires. Ils connaissent certaines qualités de Jésus, mais ils n’accueillent pas son être profond, ce qui fait de Jésus « le Saint de Dieu » comme le criera le possédé ! D’une certaine façon, eux aussi sont possédés par le Mal, parce que c’est le Mal qui guide leurs actes, c’est le Mal qui les domine, qui les conduit.

Jésus n’est pas dupe, Jésus, n’est jamais dupe parce qu’il sait, Lui, ce
qu’il y a dans l’homme Jésus connaît nos perversités aussi sa riposte ne tarde pas, il n’y a, en elle, aucune complaisance, Jésus a tout compris et le dit sans ambages : « Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l'épreuve ? ». Hypocrites ! Le mot est fort et tellement adapté à la situation : ne veulent-ils pas le prendre en faute ? S’ils semblent lui faire un compliment n’est-ce pas pour le piéger, comme l’exprime Jésus ? Comment peuvent-ils imaginer un seul instant que Jésus rentrera dans leur perversion. Nous voyons à quel point leur concertation est plate et superficielle, ils sont loin de comprendre la Vérité de Jésus et cela les rend lamentables en soulignant leur propre détresse de personnes terriblement pauvres enfermées dans leur péché !

Aujourd’hui, comme par le passé, c’est dans un monde contrasté et parfois éclaté que l’Évangile est semé, que la Parole de Dieu est annoncée. Même si le contexte est différent, notre situation n’est peut-être pas sans similitudes avec celle vécue par Jésus.

Ce dimanche est celui des missions. Il nous est rappelé aujourd’hui que l’Église, c’est-à-dire nous, est investie d’une mission : partager au monde l’Évangile que le Christ lui a révélé.

Par le Baptême tous les chrétiens sont invités à devenir prophètes, à
rendre témoignage à l’Évangile par leurs paroles et leurs actions. Les vrais évangélisateurs aujourd’hui, ce sont tous les baptisés qui ont conscience que leur foi est un trésor à partager. C’est chacun de nous, dans son milieu professionnel, sa famille, son quartier, auprès des personnes que la vie place sur notre route, celles qui nous aident, chrétiennes ou non, c’est chacun de nous qui peut et doit répandre la bonne odeur du Christ !

En effet, nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui se perdent:

Je ne l’invente pas, St Paul l’écrit dans sa deuxième lettre aux Corinthiens ! Le ferment dans la pâte ce sont tous les chrétiens anonymes qui vivent leur foi au cœur du monde d’aujourd’hui. La pâte monte bien plus par notre manière d’être que par nos paroles pour aussi constructives qu’elles soient !

Car le royaume de Dieu consiste, non en paroles, mais en œuvres, déclare encore St Paul dans la lettre aux Corinthiens.

Que notre conduite attire sur chacun de nous les torrents de grâce du Seigneur et non cette remarque, ô combien méritée, qu’Il adresse aux pharisiens. D’ailleurs, Jésus ne s’arrête pas à cela Il renvoie ses interlocuteurs perfides à leur propre réflexion.

Montrez-moi la monnaie de l'impôt. » 

Jésus la connaît cette monnaie, mais Il tient, à son tour, à les renvoyer à leur propre piège, et tenter de leur permettre de prendre conscience de leurs incohérences :

Ils lui présentèrent une pièce d'argent. Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? - De l'empereur César », répondirent-ils.
Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »


La remarque de Jésus n’est pas du tout polémique. Jésus ne cherche pas l’affrontement, ni la discussion inutile qui ne peut qu’envenimer la relation déjà bien tendue. Jésus les replace en face de la Vérité toute simple sans chercher à mettre le Pouvoir civil en opposition avec Celui de qui nous tenons tout. Jésus situe chacun à sa juste place, Jésus n’oppose pas, Il rassemble. César lui-même n’est rien sans Dieu mais Jésus se garde bien de le dire. Jésus leur demande simplement de respecter l’Un et l’autre, d’accorder à l’Un et à l’autre l’honneur qui convient et de servir l’Un et l’autre avec droiture.

Dieu nous veut libres responsables et créatifs. Dieu nous fait confiance. A nous de trouver les règles pour vivre en société et pour gérer nos biens. Dieu, tout comme l’Église n’est pas là pour nous dicter les réponses en ce domaine.



Dieu nous rappelle cependant que s’il faut rendre à César ce qui lui appartient ; il nous faut remettre aussi entre les mains de Dieu ce qui a été créé à sa propre effigie, à son image à Lui. Notre vie comme celle de tout homme. Évangéliser n’est-ce pas justement faire découvrir à tout homme qu’il a été créé à l’image de Dieu, qu’il est enfant de Dieu ? N’est-ce pas cela la Bonne Nouvelle ?

Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur la gloire et la puissance,
rendez au Seigneur la gloire de son nom.

Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté :
Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi !
Il gouverne les peuples avec droiture.

                                                           Psaume 95



 L'Ermite

jeudi 9 octobre 2014

LES BONS COMME LES MÉCHANTS !

VINGT HUITIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Mat. 22 1-14

Aujourd’hui, dans  la liturgie nous sommes invités à partager le festin, préparé et prévu par le Seigneur Lui-même !  Dès la première lecture d’Isaïe :

« Dieu de l'univers, préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples et le linceul qui couvrait toutes les nations »

C’est un vrai festin de fête, de réjouissance, rien ne manque : un lieu somptueux « la montagne du Seigneur » des mets succulents, des vins
capiteux, et le voile de deuil est retiré, le temps n’est pas aux larmes mais à la fête :

« Exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Il, c’est Dieu bien sûr !

Je ne sais comment m’exprimer pour que les uns et les autres, nous ayons conscience d’être « les sauvés du Seigneur » ! En puissance certes, car nous le verrons avec l’Évangile, il nous faut accepter le don de Dieu, il nous faut entrer dans la fête en recevant avec reconnaissance l’invitation à l’Amour ! Quelles que soient les aspérités de notre route nous devrions être sans cesse dans l’allégresse, nous sommes attendus par un Père qui a les bras grands ouverts pour nous serrer sur son cœur aimant !

La Parabole de Jésus n’est pas moins festive. Jésus compare le Royaume des cieux à un Roi (Dieu Le Père) qui célébrerait les noces de Son Fils (Jésus). Il s’agit donc encore et toujours de l’Alliance du Père avec son peuple. Il s’agit aussi des noces de l’Agneau dont il est question dans l’Apocalypse :

" Écris : Heureux ceux qui sont invités au festin des noces de l'Agneau ! "  (Apocalypse  19)

Quel honneur en effet d’être invités aux noces de « l’Agneau-Jésus » et nous sommes ces invités de choix puisqu’Il fait Alliance, avec nous, Son Église !

Être invité à une noce c’est toujours un signe de reconnaissance d’une relation de choix, être invité « aux noces de l’Agneau » n’est-ce pas plus grand encore ? Le Roi « Dieu le Père » nous lie à Jésus, le Fils, Son Fils et nous sommes bien souvent comme les invités décrits, totalement inconscients du bonheur et de l’honneur qui nous sont offerts, nous pensons à nos soucis immédiats, déclinant cette royale invitation !

L’un évoque une croisière prévue depuis longtemps : « excuse-moi j’ai promis cela à mon épouse, mes enfants… »

Un autre a prévu un voyage culturel avec sa famille : « Excuse-moi je serai en Grèce où nous découvrirons les civilisations anciennes ! »

Un autre mes enfants s’absentent : « excuse-moi nous veillerons sur nos petits enfants ce jour-là ! »

Un quatrième reçoit des amis : « excuse-moi nous avons des invités et devons préparer » !

Et ainsi de suite, vraies raisons, prétextes, les uns après les autres, tous les nantis que nous sommes, les enfants gâtés du Seigneur, déclinons l’invitation et la salle des noces, le festin offert chaque dimanche, reste vide, lamentablement vide ! Pourtant, tout est prêt, chaque jour, chaque dimanche, mais les tentations sont tellement nombreuses tellement attrayantes qu’il n’y a plus de place dans les cœurs saturés de biens, de plaisirs, de convoitises pour le seul essentiel : entretenir cette Alliance unique et essentielle avec le Roi, Sauveur de nos vies ! Nous en revenons encore et toujours à cette Parabole où les premiers seront derniers et inversement car le «  Roi-Dieu » ne supportera pas que les mets soient gaspillés, Il ouvre la salle du festin à tous ceux qui errent sans but, tous ceux qui meurent d’envie, même ignorant tout des raisons et du contenu de cette fête, ceux qui sont prêts à renoncer à l’immédiat, à leurs éventuels projets, pour honorer cette invitation unique, royale, divine ! Une seule condition est exigée celle d’un retournement complet que St François d’Assise exprime ainsi  après sa propre conversion : 

« Quand j’étais encore dans les péchés (avant sa conversion), il me semblait fort amer de voir les lépreux ; mais le Seigneur me conduisit parmi eux et je leur fis miséricorde. »

François se mit à leur service ! François le fêtard est complètement retourné par l’écoute active de la Parole de Dieu, comme autrefois le Prophète, il la dévore, il s’en imprègne ! C’est cela le vêtement de noce suggéré par la Parabole ! C’est comme nous le chantons dans les liturgies pascales se « revêtir du Christ ». Jésus, l’Agneau sans tâche, par son Incarnation, a revêtu notre humanité, nous, les appelés, les choisis, les invités au festin de l’amour devons revêtir la robe nuptiale de la conversion, de l’amour, c’est à ce prix que nous trouverons et resterons dans la paix, la joie, la liberté de l’Alliance.

Une chose est certaine, le vêtement de noce que demande le « Roi-Dieu » et Père, ce n’est pas celui de l’innocence puisqu’Il appelle tous ceux qui traînent à la croisée des chemins. Ce sont des pécheurs que Dieu invite, les bons comme les méchants, dit l’Évangile.

L’Église n’est pas une société de parfaits mais elle est composée de personnes conscientes de leur pauvreté, de leur péché et qui aspirent au pardon.

« Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et ne prenez pas soin de la chair, de manière à en exciter les convoitises. » (Romains 13)

« Revêtez-vous de l'armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du diable. »  (Éphésiens  6)

« Revêtez-vous d'humilité, car "Dieu, résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles.  (1 Pierre  5)

Et l’armure du Roi-Dieu est totalement pacifique, elle est constituée de vérité, de justice, de foi, du casque du salut, du glaive de l’Esprit, de l’Évangile de la Paix ! Le voilà notre vêtement de noce que nous trouvons dans la lettre de St Paul aux Éphésiens.

C’est cela se revêtir de l’homme nouveau créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables.



Le Roi-Dieu en nous invitant aux noces de son Fils n’attend pas moins de nous, pour notre bonheur, le seul vrai bonheur qui soit, Le Père nous convie à la Table de la sainteté ! Ne refusons pas ce bonheur-là, ne faisons pas les difficiles, les mijaurées, soyons fiers au contraire de partager le festin du Seigneur et prenons les moyens requis pour y participer pleinement :

La multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux. »

Mais ta grâce Seigneur nous devance et nous accompagne pour nous rendre attentifs à faire le bien sans relâche. Soyons de ceux-là !

L'Ermite

vendredi 3 octobre 2014

UNE MERVEILLE SOUS NOS YEUX !

VINGT SEPTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

(Mt 21, 33-43)





La liturgie de ce jour évoque largement la vigne et les soins qu’elle sollicite. Nous savons tous à quel point un vigneron prend soin de ses plants, à quel point il les soigne, les protège en vue d’une bonne récolte. Sa plus grande crainte est la gelée du printemps et la grêle destructrice imprévisible, les maladies ravageuses, les bestioles dévoreuses. Il ne passe pas un jour sans lui rendre visite : il taille ici, relève  un rameau indiscipliné là, la libère des herbes envahissantes qui l’empêcheraient de respirer, aère la terre. Le vigneron fait tout ce qu’il peut pour obtenir de beaux et bons raisins dorés, gonflés d’un jus savoureux, pour obtenir, au final, un vin délectable, chaleureux, envoûtant !

Quand, dans la première lecture, le Seigneur compare son peuple à la vigne, mieux que cela, quand il fait de son peuple sa vigne, s’adressant à des terriens Il sait, Il pense, qu’Il sera compris. En effet, les terriens mieux que quiconque, savent le prix des fruits de la terre, quels que soient d’ailleurs ces fruits, ils connaissent tous les soins qu’ils prodiguent pour obtenir le meilleur résultat, parce qu’un terrien aime sa terre et se réjouit des produits qu’elle lui offre en retour de son travail.
Le Peuple d’Israël est cette  vigne du Seigneur, le Seigneur l’ aime et prend soin de lui, Il veille sur chacun de ses pas comme nous le lisons dans l’Écriture

« La vigne du Seigneur de l'univers, c'est la maison d'Israël. Le plant qu'il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici l'iniquité ; il en attendait la justice, et voici les cris de détresse. »

Dans cette Parole d’Isaïe, le propriétaire est en même temps le vigneron ; la vigne représente le Peuple de d’Israël, une vigne entourée de soins, mais tellement décevante et qui ne donne que de mauvais fruits ! Des fruits indignes de l’Amour qui leur permet d’exister. Et cela ce n’est pas seulement hier, c’est encore vrai aujourd’hui dans nos vies ! Dieu Père ne cesse de prendre soin de nous, nous
sommes ce plant dont Il se soucie à tout instant, sur lequel Il veille, la clôture pourrait être nos anges gardiens qui nous enveloppent de sollicitude et que faisons-nous de tout cela ? Sommes-nous conscients d’être sans cesse portés par l’Amour d’un Dieu plein de tendresse et de compassion ? Un Dieu qui veille et nous tient par la main afin que nos pas restent fermes ! Et, s’ils ne restent pas fermes, n’est-ce pas en raison de nos caprices, de nos fantaisies, de notre légèreté ?

Dans la Parabole de Jésus le Propriétaire n’est pas le vigneron :

Un homme était propriétaire d'un domaine ; il planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage.

Le Propriétaire, Dieu Père, confie sa vigne, à des vignerons sensés, comme tels, connaître leur métier. Il s’agit sans doute des grands prêtres, des scribes, des pharisiens connaisseurs de la loi et capables de l’expliquer et de la respecter tout en la faisant respecter. Hélas, leurs connaissances les desservent, car Jésus nous le dit et le leur dit ailleurs, ils s’en servent non pour éclairer mais pour écraser, ils font porter aux autres des fardeaux qu’ils ne peuvent même pas soulevés eux-mêmes. Ils utilisent la loi à leur profit, ici, ils vont même jusqu’à s’approprier le
fruit de la vigne du Seigneur et tuer les Prophètes serviteurs du Dieu très saint, y compris le Fils unique, Jésus le seul Sauveur, envoyé comme ultime recours.

N’oublions pas que Jésus raconte cette Parabole seulement quelques jours avant sa mort. Certains la reçoivent comme un avertissement, je préfère y voir une préparation à Evènement majeur qui suivra, la mort et la résurrection de Jésus.
Nous sommes la Vigne du Seigneur, Jésus nous comble de Ses dons, Il nous éclaire par son Esprit Saint, Il nous confie Sa Parole de vérité, Il nous fait membres de son Corps par le Baptême et nous offre les autres sacrements pour nous soutenir sur le chemin, Il demeure avec nous, en nous si nous acceptons de Le reconnaître dans la pain et le vin consacrés, Il nous donne des frères et des sœurs pour nous soutenir les uns les autres, nous entraider, nous aimer sincèrement. Notre mission est claire comme elle aurait dû l’être pour ceux qui devaient faire fructifier la vigne. St Paul, dans la seconde lecture, nous indique la marche à suivre :

« Mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d'être aimé et honoré, tout ce qui s'appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte. Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous. »

Voilà un excellent programme de vie, une manière de témoigner sans discours inutiles, choisir tout ce qui noble juste et pur pour donner envie à ceux qui ne connaissent pas Dieu de Le découvrir, de L’aimer et de Le servir ! Sinon tout ce que nous avons reçu nous sera retiré, et c’est Jésus Lui-même qui le déclare :

« Il donnera la vigne en fermage à d'autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu. » 

En réalité, Jésus ne nous reprendra pas ce qu’Il nous a donné, Il ne serait pas Dieu s’Il agissait ainsi, mais nous nous priverons nous-mêmes de sa grâce en lui tournant le dos, nous ferons notre propre malheur, nous enfermant dans le marasme généré par toutes nos passions non maîtrisées. D’ailleurs, Jésus ne termine pas la Parabole sur la mort du Fils, à mots couverts, n’annoncent-Il pas Sa résurrection ?

 « N'avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C'est là l'œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux ! »

La Pierre rejetée, c’est Lui Jésus, le Bien aimé du Père, qui sera conduit hors les murs de Jérusalem pour y être crucifié comme un malfrat. La Pierre angulaire n’est autre que lui, Jésus, le Ressuscité de Pâques qui se lève vainqueur et nous entraîne dans son sillage de gloire, c’est-à-dire de lumière et de Vie là où nous chanterons éternellement la gloire du Père, du Fils et de l’Esprit de Vérité !
Si cette parabole a un goût de verjus elle porte en elle une Espérance, la seule véritable Espérance celle de cette vie future, déjà commencée, où Lui, Jésus sera tout en tous comme l’affirme St Paul.

« Dans ce renouvellement il n'y a plus ni Grec ou Juif, ni circoncis ou incirconcis, ni barbare ou Scythe, ni esclave ou homme libre; mais le Christ est tout en tous. » (Colossiens  3)

 Où il n’y aura plus de larmes,

« Oui, tu as sauvé mon âme de la mort,  mon œil des larmes, mes pieds de la chute.
 Je marcherai encore devant le Seigneur,  dans la terre des vivants. » (Psaume 116)
« Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans l'allégresse.( tous ceux qui sont accablés de toutes sortes de manières durant leur vie terrestre) Ils vont, ils vont en pleurant, portant et jetant la semence;  ils reviendront avec des cris de joie, portant les gerbes de leur moisson. » (Psaume  126)

« Lorsqu'ils traversent la vallée des Larmes  ils la changent en un lieu plein de sources,  et la pluie d'automne la couvre aussi de bénédictions. » (Psaume  84)

plus de cris, où danseront de joie les boiteux, les personnes handicapées, les méprisés, parce que, en Jésus, ils deviendront cette pierre angulaire, et parce que, comme le soulignait Jésus dimanche dernier, les premiers seront derniers et les derniers premiers.


Au cours de cette Eucharistie, rendons grâce à Dieu, le seul juste et saint, Lui qui sonde les reins et les cœurs, qui connaît notre cœur et ne s’arrête pas à l’apparence, mais à la vérité de notre être qu’Il connaît mieux que nous-mêmes et dansons de joie en esprit parce qu’Il nous entraîne vers Son éternelle jeunesse !

L' Ermite