vendredi 18 mars 2016

DIEU, ENVOIE-NOUS DES FOUS !

DIMANCHE DE LA PASSION ET DES RAMEAUX

 (Lc 19, 28-40)




Avec ce dimanche, nous entrons dans la Grande Semaine de la Passion de Jésus !

Aujourd'hui, la foule acclame Jésus, « Ils amenèrent l’âne auprès de Jésus, jetèrent leurs manteaux dessus,et y firent monter Jésus. À mesure que Jésus avançait,les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin. » .

Le Jeudi saint, après avoir lavé les pieds de ses apôtres, « Jésus se leva de table, posa son manteau, et ayant pris un linge, il s'en ceignit. Puis il versa de l'eau dans le bassin et se mit à laver les pieds de ses disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.

Il vint donc à Simon-Pierre; et Pierre lui dit: "Quoi, vous Seigneur, vous me lavez les pieds!" Jésus lui répondit: "Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le comprendras bientôt." Jn 13, Jésus se met à table, Il institue la Sainte Eucharistie,« Quand l'heure fut venue, il se mit à table et les apôtres avec lui; et il leur dit: " J'ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. Car, je vous le dis, je ne la mangerai plus jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. "

Et, prenant une coupe, il rendit grâces et dit: " Prenez-la et partagez
entre vous. Car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du produit de la vigne, jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit venu. "

Et il prit du pain, et, après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna, en disant: " Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. " Et pareillement (pour) la coupe, après qu'ils eurent soupé, en disant: " Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, répandu pour vous. Lc 22


Ceci,avant de s'enfoncer dans la nuit du Jardin des Oliviers où Il sera livré par Judas, «Comme Il parlait encore, voici (venir) une foulele nommé
Judas, l'un des Douze, les précédait. Il s'approcha de Jésus pour lui donner un baiser. Et Jésus lui dit: " Judas, c'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme! " Lc 22

Vendredi, Jésus prend la route douloureuse du Golgotha sous les sarcasmes des uns, les vociférations des autres, le mépris de presque tous, pour y être crucifié entre deux larrons, « Lorsqu'ils furent arrivés au lieu appelé Calvaire, ils l'y crucifièrent, ainsi que les malfaiteurs, l'un à droite, l'autre à gauche. Et Jésus disait: " Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. " Et se partageant ses vêtements, ils les tirèrent au sort. Lc 23

Samedi, un silence de plomb enveloppe la terre « Et alors un homme, nommé Joseph, qui était membre du conseil, homme bon et juste, - il n'avait donné son assentiment à leur résolution ni à leur acte, - d'Arimathie, ville juive, qui attendait le royaume de Dieu, cet (homme) alla trouver Pilate pour lui demander le corps de Jésus; il le descendit, l'enveloppa d'un linceul, et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne n'avait encore été mis. C'était le jour de Préparation, et le sabbat commençait. » Lc 23


Et, dans la nuit, « en secret » Jésus se lève, Vivant, du tombeau prêté, où Il a été enseveli, « Mais le premier jour de la semaine, de grand matin, elles (les saintes femmes) allèrent au sépulcre, portant les aromates qu'elles avaient préparés. Or elles trouvèrent la pierre roulée de devant le sépulcre; et, étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Tandis qu'elles étaient perplexes à ce sujet, voici que deux hommes, en vêtement éblouissant, se présentèrent à elles. » Lc 24

et visite Ses frères pour raffermir leur foi , « Les onze disciples s'en allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée. En le voyant, ils se prosternèrent; mais il y en eut qui doutèrent. »Mt 27
Il rentre ensuite dans la Gloire du Père et nous envoie l'Esprit Saint de Vérité, pour nous conduire vers la Vérité tout entière ! « Quand le consolateur sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir » Jn 16


En une semaine, nous passons de l'exaltation des Rameaux, à la déréliction du Calvaire, qui s'épanouit dans l'apothéose de la Gloire du Père .

Que ferons-nous de cette extraordinaire semaine ? Accepterons-nous d'avancer au pas de Jésus ? Accepterons-nous de placer nos « pieds » dans les traces laissées par les pas de Jésus, cette semaine et celles qui suivront ? Accepterons-nous de Le reconnaître défiguré , de continuer de croire en Lui quand plus rien ne va sur notre route, quand tout nous échappe, quand Il nous demandera de L'aider à porter cette croix ignominieuse pour participer au Salut de nos frères ?

Le reconnaîtrons-nous dans nos frères réfugiés, essaierons-nous de chercher l'étincelle, la mèche qui fume encore, dans les dictateurs, et j'ose, dans nos frères terroristes en implorant leur retournement, leur conversion ? Prendrai-je plaisir à la mort du méchant,-oracle du Seigneur ? N'est-ce pas plutôt à ce qu'il se détourne de ses voies et qu'il vive? Ez 23 Souvent, nous y voyons des monstres, pourtant leurs visages restent humains ! Quelles détresses, quelles souffrances se cachent sous des traits demeurés, parfois enfantins ! Christ est mort pour eux aussi ! Les portons-nous dans notre prière ? « Rien n'est impossible à Dieu » aimons-nous redire, le croyons-nous jusque-là ? Peut-être qu'en cette semaine à nulle autre semblable, en regardant Jésus trahi, raillé, couronné d'épines, flagellé pourrions-nous voir sous Ses traits qui n'ont plus d'apparence humaine, les victimes et les bourreaux des attentats actuels et des guerres de tous les temps ! C'est folie, pensez-vous ! N'est-ce pas folie de voir Dieu s'habiller de notre chair, la revêtir « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur,devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé,devenant obéissant jusqu’à la mort,et la mort de la croix. ». Ne lisons plus des mots inertes, mais donnons-leur vie, donnons-leur une existence réelle en Jésus-Christ qui prend tout notre Mal sur Lui pour nous élever jusqu'en la Gloire du Père ? Alors seulement nous pourrons chanter en vérité

«
 Béni soit celui qui vient,
le Roi, au nom du Seigneur.
Paix dans le ciel
et gloire au plus haut des cieux ! »
  
« Je vous le dis :
si eux se taisent,
les pierres crieront. »


Alors seulement nous pourrons proclamer  ses paroles d'Isaïe :

    Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples,
pour que je puisse, d’une parole,
soutenir celui qui est épuisé.
Chaque matin, il éveille,
il éveille mon oreille
pour qu’en disciple, j’écoute.




    Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille,
et moi, je ne me suis pas révolté,
je ne me suis pas dérobé.
    J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient,
et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.
Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats.
    Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours 

Si Jésus s'est habillé de notre humanité ne devons-nous pas consentir à nous revêtir de tout ce qui fait sa vie ? Pensons aux saints  et nous sommes, tous, appelés à la sainteté !

Dieu envoie-nous des fous
Qui s'engagent à fond,
Qui aiment autrement qu' en parole,
Qui se donnent pour de vrai et jusqu'au bout.

Il nous faut des fous,
Des déraisonnables, des passionnés,
Capables de sauter dans l'insécurité :
L'inconnu toujours plus béant de la pauvreté.

Il nous faut des fous du présent,
Épris de vie simple,
Aimant la paix,
Purs de compromission,
Décidés à ne jamais trahir,
Méprisant leur propre vie,
Capables d'accepter, n'importe quelle tâche,
De partir n'importe où,
A la fois libres et obéissants,
Spontanés et tenaces, doux et forts.

O Dieu, envoie-nous des fous.
P.Louis-Joseph LEBRET


Devenons ces « fous d'amour » ! qui croient à l'impossible !
Très belle , très profonde, très recueillie SEMAINE « DE LA FOLIE DE DIEU ! »

L'Ermite

samedi 12 mars 2016

LA PREMIÈRE PIERRE ! QUI LA JETTERA ?

CINQUIÈME DIMANCHE DE CARÊME 2016

(Jn 8, 1-11)

LA PREMIÈRE PIERRE ! QUI LA JETTERA ?



En ce temps-là,
    Jésus s’en alla au mont des Oliviers.
            Dès l’aurore, il retourna au Temple.
Comme tout le peuple venait à lui,
il s’assit et se mit à enseigner.

Prier, enseigner, guérir, tels sont les grands axes de la vie de Jésus. Jésus descend du mont des Oliviers où Il s'entretenait avec son Père, immédiatement Il rentre dans le Temple où les foules l'attendent pour recevoir son enseignement, Il s'assied et enseigne ! Tous sont suspendus à Ses lèvres, les paroles qu'Il délivre sont « Esprit et Vérité », ils comprennent que Jésus « a les Paroles de la vie éternelle », il s'agit de paroles qui les aident à vivre. Ce n'est cependant pas le cas pour tous, scribes et pharisiens, aimeraient bien le mettre en difficulté, ils cherchent à se débarrasser de cet importun, ils pensent même avoir trouvé l'occasion en traînant une femme pécheresse à Ses pieds.

    Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme
qu’on avait surprise en situation d’adultère.
Ils la mettent au milieu,
    et disent à Jésus :
« Maître, cette femme
a été surprise en flagrant délit d’adultère.
    Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné
de lapider ces femmes-là.
Et toi, que dis-tu ? »

Comme très souvent scribes et pharisiens viennent, non pas pour écouter mais pour prendre Jésus en défaut ou, pour dénoncer le mal des autres. Pensez donc, eux, ils sont purs, ils sont blancs comme neige ! Du moins c'est le regard qu'ils portent sur eux-mêmes. Une femme vient d'être trouvée en flagrant délit d'adultère, ils l'exposent à la risée générale… ils oublient qu'elle n'était pas seule … l'homme, son compagnon d'infortune, n'a pas été inquiété, c'est cette femme qui porte sur elle toute l'opprobre et cela durera des siècles ! En effet, on parlait jusqu'à très peu de temps, des femmes qui se prostituaient, les messieurs étaient épargnés… pourtant, la plupart du temps, c'était eux les demandeurs quand ils n'étaient pas les instigateurs !

Cette femme contrevient à la loi, ils annoncent la sentence prévue par la loi de Moïse : elle doit être lapidée et ils s'en réjouissent déjà ! Jésus, pensent-ils, ne pourra pas s'opposer à Moïse.

Ne l'oublions pas, il y a bien des façons de se prostituer, la chair n'est pas le seul domaine, il y a des façons plus subtiles, plus cachées !

Je peux, lâchement, livrer mon frère, ma sœur, pour de l'argent, c'est le cas de Judas et de combien d'hommes et de femmes après lui !

Je peux,toujours pour de l'argent, porter de faux témoignages et livrer des proches à la justice, par jalousie, rivalité et toutes sortes de basses pensées !

Je peux idolâtrer des objets, ….le travail… des personnes, mes biens, ...

La liste serait longue, à chacun de chercher et trouver qui est son dieu, ce à quoi il sacrifie tout, : femme, époux, enfants, honneur, dignité, …

J'ai apprécié notre Pape François, dans une audience publique disant à certains donateurs de l’Église : « ton argent sale, l’Église n'en veut pas,



garde ton chèque et brûle-le ! » Il faut du courage, il faut de la Vérité,
il faut de l'Amour pour dénoncer ainsi, publiquement toutes nos formes de prostitution !

Vient la question-piège, du moins c'est ce qu'ils espèrent, la question qui devrait compromettre aux yeux de tous ! N'oublions pas que la scène se déroule au Temple, en présence du peuple rassemblé pour entendre « la Parole de Vérité » ! 

Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve,
afin de pouvoir l’accuser.

Ah, ces intentions secrètes qui troublent nos cœurs et nos vies ! Scribes et pharisiens espèrent faire chuter Jésus, que va-t-il répondre ? Ils espèrent un faux pas pour se saisir de Lui, ils « l'attendent au virage » comme nous avons coutume de dire quand nous entretenons l'esprit de vengeance …

Là encore, en ce temps de Carême, en cette belle année jubilaire, il est bon de demander au Seigneur Lui-même d'éclairer le fond de notre cœur sur les intentions qui sous-tendent nos actes ! Quelles sont nos motivations ? Les actes que je pose sont-ils pour rendre gloire à Dieu, ou, pour me glorifier, me faire valoir, me servir et, surtout nuire à mes frères ?

Ici, c'est clair, les protagonistes veulent placer Jésus en face de la loi de Moïse, Jésus est plus fin, plus subtil qu'eux tous, Jésus retourne la situation, Il évite l'affrontement, Jésus se baisse, Il écrit, à même le sol :

Mais Jésus s’était baissé
et, du doigt, il écrivait sur la terre.

Connaissant la suite, nous n'avons pas de mal à supposer ce qui s'écrit. Sans doute pharisiens et scribes n'y prêtent pas attention ils persistaient à l’interroger,Jésus se redressa et leur dit :
« Celui d’entre vous qui est sans péché,
qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »
    Il se baissa de nouveau
et il écrivait sur la terre.
    Eux, après avoir entendu cela,
s’en allaient un par un,
en commençant par les plus âgés.

Cette fois, non seulement ils entendent mais probablement déchiffrent-ils les signes tracés par Jésus sur le sol ! Plus encore, la remarque pertinente de Jésus les trouble. Qui peut se dire sans péché ? Qui oserait affirmer cela ? Peut-être même que l'un ou l'autre s'est retrouvé « client » !   Après avoir entendu cela écrit l’Évangéliste, non sans humour, ils s'en allaient, UN PAR UN, EN COMMENÇANT PAR LES PLUS AGES ! Sur terre depuis plus longtemps ils cumulaient vraisemblablement, « pas mal de casseroles » à leur actif !

Le champ est libre, les accusateurs sont partis, la femme, est seule, sans doute désemparée, Jésus peut se relever et lui parler en ami :

Jésus resta seul avec la femme 
toujours là au milieu.
    Il se redressa et lui demanda :
« Femme, où sont-ils donc ?

Jésus met cette femme à l'aise, Il se place du son côté, Il lui parle normalement, comme on le fait avec quiconque, sans moraliser, sans allusion à la raison pour laquelle elle se trouve devant Lui, non seulement Il ignore l'accusation portée contre elle mais lui permet de se détendre et poursuit la conversation :

Personne ne t’a condamnée ? »
    Elle répondit :
« Personne, Seigneur. »

Jésus lui fait même prendre conscience que plus personne ne la poursuit, qu'aucune condamnation ne tombe sur son acte et que Lui-même loin de lui vouloir un quelconque mal , la libère de toute forme de culpabilité :

Jésus lui dit :
« Moi non plus, je ne te condamne pas.


mais Il ajoute cette parole de libération Va, et désormais ne pèche plus. » Va, tu es libre change seulement de vie, ne retourne pas à tes vieux démons, va de l'avant, avance en personne libre, délivrée de tes entraves. C'est un peu le « avance au large » que les apôtres entendent lors de la pêche miraculeuse. C'est aussi ce que nous entendions dans la première lecture : « Voici que je fais une chose nouvelle » Quant à la pécheresse ne peut-elle pas reprendre avec joie les propos de St Paul : « je considère tout comme des ordures,afin de gagner un seul avantage, le Christ, et , en lui, d’être reconnu juste, non pas de la justice venant de la loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ, la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi.Il s’agit pour moi de connaître le Christ,….je poursuis ma course pour tâcher de saisir,puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela.Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant,je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.


« Va et ne pèche plus », « avance au large » cours vers le but » voilà ce que nous redit Jésus si nous acceptons de Le rencontrer dans le sacrement de réconciliation . Jésus nous propulse vers la Vie, Il ne s’appesantit pas sur notre péché, Il nous ouvre les portes du Royaume, ne craignons pas , Jésus est venu et continue de venir à travers les sacrements pour les malades, les pécheurs , pour ceux qui reconnaissent leurs limites, leurs pauvretés Dans le livret de Carême, la Pape François écrit : « Revenons au Seigneur. Le Seigneur ne se lasse jamais de pardonner : jamais ! C'est nous qui nous lassons de Lui demander pardon. Demandons la grâce de ne pas nous lasser de demander pardon car Il ne se lasse jamais de pardonner. Demandons cette grâce !

C'est ce que je nous souhaite !




L'Ermite

jeudi 3 mars 2016

DIEU A GENOUX !

QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME 2016

Lc 15, 1-3.11-32)



L’Évangile offert à notre méditation en ce quatrième dimanche est long, je le propose en trois séquences :

En ce temps là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » 

Nous sommes en présence de trois entités :

- les publicains et les pécheurs qui viennent pour se nourrir des Paroles qui sortent de la bouche du Seigneur, ces Paroles les attirent par leur profondeur.

- Les Pharisiens et les scribes qui, comme à l'accoutumé, récriminent contre Jésus, ils ont bien du mal à accueillir Ses propos, de plus, Ses fréquentations , les dérangent !

- Enfin, et surtout, il y a Jésus ! Jésus pourrait se mettre en colère, invectiver pharisiens et scribes qui ne se gênent pas pour Le critiquer. Jésus n'ignore rien de leurs intentions meurtrières, Il avance paisiblement vers son sacrifice, Il ne rentre pas dans de vaines discutions, ce que nous serions tentés de faire pour justifier nos choix, nos paroles. Nous le disions récemment, commencer à discuter c'est entrer dans le jeu du Malin et tomber dans ses griffes, Jésus reste maître de Lui et propose une histoire, à la portée de tous, cette magnifique Parabole qui trouve bien sa place à la mi-temps du Carême et en cette année du « Jubilé de la Miséricorde ».

En parcourant les deux séquences suivantes, nous pourrions garder dans notre esprit la question suivante : lequel des deux fils domine en moi ?

 Alors Jésus leur dit cette parabole .

« Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père :‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’Et le père leur partagea ses biens.Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune menant une vie de désordre...

Premier temps : le fils cadet demande intentionnellement son héritage. Il sait en effet ce qu'il a en tête ; subtil, il ne tient pas à choquer son père qui pourrait refuser, du moins c'est ainsi qu'il peut ressentir la situation.

Quel que soit notre âge, ce jeune « tout fou », c'est chacun de nous quand nous agissons en écervelés, ne désirant rendre de compte à nul autre qu'à soi-même !

Deuxième temps : Le père respecte la liberté de son enfant, il obtempère sachant cependant les risques encourus. Il ne fait aucune remarque désobligeante, la moindre remarque risque de compliquer la situation et de distendre les liens. Comblé, ce fils cadet quitte son père pour faire la fête ! Il y a bien des façons de faire la fête ! On peut entendre ici, que ce fils veut vivre à sa guise, profiter de la vie, expression que nous connaissons bien , « s'éclater », être libre, apparemment seulement, de quelle liberté s'agit-il en effet ?

Ne nous perdons pas de vue, c'est encore chacun de nous, quand, baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, nous vivons comme étrangers à ce chemin de Vie que Jésus nous trace ! Quand nous passons le temps à nous dissiper pour nous étourdir, que nous vivons à la surface de soi-même, sans le moindre retour sur nos agissements, sans la moindre pause pour tenter de parler avec celui de qui nous tenons TOUT !

Troisième temps : sans travailler, les biens sont vite dilapidés et c'est la disette, c'est aussi le début d'une prise de conscience de la situation . Pas de travail, égale pas de revenus, comment vivre alors , survivre même?La solution réside dans un travail quel qu'il soit mais qui permette de se nourrir et de dormir à l'abri. Dans de telles circonstances, on marche sur sa fierté et on prend le « premier petit boulot » qui permet de garder une apparence humaine : ici ce sera la garde de cochons animaux déconsidérés parce que impurs. Tous les employeurs n'affichent pas la même humanité et, encore moins, la même honnêteté, notre « écervelé » n'a même pas le loisir de partager la nourriture des animaux qu'il garde . 

C'est encore et toujours chacun de nous ! L'essentiel nous manque, nous avançons dans le vide, nous ne savons vers quoi, vers qui nous allons, nous avançons têtes baissées, butés, emmurés imposant le silence à cette voix intérieure qui nous « titille », voudrait nous réveiller, nous éveiller à autre chose, autrement !

Quatrième temps : l'heure de la réflexion est arrivée, couronnée par une humble décision. Ce jeune a vécu autrement, il sait que son père est juste avec son personnel, son père ne compte pas, chacun mange selon son
appétit … que faire ? Il ne peut tout de même pas prétendre reprendre la place qu'il occupait comme fils, c'est impossible, impensable, il a dépensé tout ce qui lui revenait ! Peut-être peut-il solliciter une place de serviteur, repartir à zéro, au plus bas de l'échelle ? Sa décision est prise : il va retourner vers son père, reconnaître son erreur, bien préciser qu'il ne mérite plus d'être fils, se présenter en serviteur …. Il est en route, lourd de sa détresse, la tête basse, les jambes pesantes, traînant les pieds, il approche du but les yeux rivés sur le sol ( il préférerait ne voir personne sur son chemin, la honte l'envahit,) perdu dans ses pensées, il ne voit même pas arriver Celui qui l' espère, qui l'enveloppe déjà dans ses bras , le couvre de baisers, l'habille de neuf,donne des ordres pour célébrer ce retour espéré, attendu, organise un festin, une soirée dansante, on se réjouit, on pleure de joie, le fils perdu est retrouvé !

Ce fils, cette fille c'est encore et toujours chacun de nous quand nous revenons vers le Père, quand nous accueillons Son Pardon dans le sacrement de réconciliation : « il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. Lc 15,7 » Et qui peut se targuer de n'avoir pas besoin de conversion ?

Ne tardons pas, le Père nous attend les bras ouverts, tendus, comme pour nous extraire de notre bourbier, nous serrer sur Son cœur, nous envelopper de Sa tendresse, nous couvrir de Ses baisers, justement là où ça fait mal, Il est à genoux pour entendre notre errance, nous accueillir avec des vêtements de fête, nous passer au doigt, l'anneau de l'Alliance éternelle, pour faire la fête, une fête qu'Il espère éternelle. N'ayons pas peur de Dieu, Il est Père et Mère, comme le traduit si bien Rembrandt dans son tableau du Père Miséricordieux, Il ne nous veut que du bien, Il nous attend ! « L'amour, nous espère toujours » écrit le P. Baudiquey.

 Le fils lui dit :‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’Mais le père dit à ses serviteurs : Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller,
mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,allez chercher le veau gras, tuez-le,mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort,et il est revenu à la vie ;il était perdu,
et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer.

Je vais prendre du temps au prêtre, je vais le déranger, et puis, que dirai-je ? Il y a si longtemps que je ne me suis pas confessé(e) … Je ne sais plus comment m'y prendre … bien des remarques risquent d'envahir notre esprit, tout cela n'est que tentation, le Malin ne tient pas à nous lâcher, surtout ne l'écoutons pas, n'hésitons pas, pensons à Jésus qui a donné sa vie pour que nous vivions pleinement, jetons-nous dans les bras du Père sachant qu'Il nous attend , nous aime et nous reçoit à genoux ! Oui, à genoux . Pour illustrer cela, je me permets de vous partager une expérience tout-à-fait personnelle, qui a marque toute ma vie :

J'avais autour de 24/25 ans, je rentrais d'animer un camp de jeunes. Depuis les Landes, nous avions effectué un camp à bicyclette en Espagne. Comme je ne me donnais jamais à moitié, au retour j'étais épuisée, les derniers kilomètres furent un supplice, mes rotules ne fonctionnaient plus ! J'avais rendez-vous avec mon accompagnateur spirituel et confesseur, à Lourdes.

Il était de permanence dans l'une des trois basiliques, les confessions se passaient dans une petite pièce ouverte sur la basilique mais dans un confessionnal. Comme je lui expliquais ma difficulté à m'agenouiller, en un tour de main, je me suis retrouvée assise dans le confessionnal, à sa place, et lui, à genoux, recevait ma confession ! Dieu, à genoux, dans son prêtre, entendait ma confession et me donnait son pardon ! Quelle grandeur dans cette humilité ! De mon côté je suis marquée pour toujours par tant de grandeur et ne suis pas étonnée que le Seigneur ait accueilli ce prêtre il y a huit ans, le jour de la fête de la divine Miséricorde !

N'oubliez pas : «  C'est à genoux que Dieu nous offre son pardon ! » Il ne cesse de nous espérer.

Le Père de la Parabole a deux fils, or, l'aîné est retenu par son travail quand le cadet ose revenir à la maison ; il s'était installé dans sa nouvelle situation de fils unique, sa surprise est grande lorsqu'il entend la musique et la fête et qu'il est informé du retour du frère « égaré » ! Cette nouvelle circonstance le dépasse, la colère monte et éclate, il refuse de se joindre à la fête, de partager la joie des convives ! Son père le supplie, lui, fait valoir ses droits, « jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. » sa fidélité, son obéissance de tous les instants ! Sa rage monte d'un cran quand il évoque ce frère dévoyé ! Que sait-il de son errance ? Il n'y avait ni police du renseignement, ni radio, ni ...au lieu d'apaiser, il tente d'attiser le feu qu'il allume contre son propre frère, le père quant à lui, garde son calme et tente de faire valoir l'insondable bonheur , la grâce incomparable, la gratuité de la présence continue, de ce partage au quotidien :

« ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi,et tout ce qui est à moi
est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ;il était perdu, et il est retrouvé ! »

« Dieu fait avec nous, comme a fait le père de la parabole du fils prodigue : "mon fils était mort et il est revenu à la vie". Le père miséricordieux révèle la profondeur du péché de son fils : il était mort. Ce fils prodigue croyait avoir seulement perdu sa dignité de fils : "je ne suis pas digne d’être appelé ton fils". Il n’avait pas saisi qu’il s’agissait là d’une mort. Le père seul sait la gravité de sa trahison et le lui révèle en même temps qu’il lui redonne vie dans l’effusion de ses bras affectueux. » Mgr Camiade évêque de Cahors

« Plus qu'un parcours sans faute au cours duquel on ne transgresse aucun des ordres, le chemin du disciple est une expérience personnelle de la miséricorde du Père. C'est cette expérience que refuse le fils aîné, tandis que le fils cadet la fait en rentrant en lui-même et en étant accueilli par son père. »P. Berrached prions en Église

"Un monde nouveau est déjà né.Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ,et il nous a donné le ministère de la
réconciliation.Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes,et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ,et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ,laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché,Dieu l’a pour nous identifié au péché,afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu."2 Cor 5.

Oui, en cette année du Jubilé de la Miséricorde, en cette montée vers Pâques, laissons-nous réconcilier avec Dieu et soyons Ses ambassadeurs auprès de nos frères, directement quand c'est possible, par la prière et l'offrande si ce ne l'est pas !



DIEU N'EST QU'AMOUR IL NOUS ATTEND, A GENOUX !


L'Ermite