vendredi 23 novembre 2018

UN ROI DIFFERENT !

  FÊTE DU CHRIST, ROI DE L'UNIVERS

ANNÉE B

(Jn 18, 33b-37)
 

Toutes les lectures de cette Liturgie évoquent la Royauté du Christ :Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas,et sa royauté,une royauté qui ne sera pas détruite.déclare le Prophète Daniel suite à une vision .

 Le Psaume proclame :Le Seigneur est roi ;il s’est vêtu de magnificence, le Seigneur a revêtu sa force.Le psalmiste chante la grandeur de Dieu, et qui chante Dieu, même si Jésus n'est pas connu à cette période, chante le Père, le Fils et l'Esprit Saint ! 

Quant à saint Jean dès l'ouverture de ce livre exceptionnel de l'Apocalypse, il présente Jésus comme le Prince des rois de la terre confirmant ainsi les autres écrits :Jean aux sept Églises qui sont en Asie: grâce et paix vous soient données de la part de Celui qui est, qui était et qui vient, et de la part des sept esprits qui sont devant son trône, et de la part de Jésus-Christ; c'est le Témoin fidèle, le Premier-né d'entre les morts et le Prince des rois de la terre. (Apocalypse 1).

 Il est bon de remarquer les expressions utilisées par les uns et les autres, à des périodes très différentes : «  domination, gloire et royauté ;une domination éternelle, qui ne passera pas,et sa royauté,une royauté qui ne sera pas détruite.//Le Seigneur est roi ;il s’est vêtu de magnificence,le Seigneur a revêtu sa force. dès l’origine ton trône tient bon,depuis toujours, tu es.//Prince des rois de la terre.à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles...le Souverain de l’univers.

Quel contraste, quelle disproportion entre ce qui précède et l’Évangile proposé à notre réflexion en cette fête qui clôture notre année liturgique ! Et pourtant, tout est vrai, étonnamment vrai, il n'y a là absolument rien de contradictoire bien au contraire ! La contradiction, si nous en voyons une, est dans notre façon hyper terre à terre de voir et d'entendre : tout est là ! L'erreur serait d'accueillir ces différents termes au premier degré, ce qui fausserait notre connaissance et notre reconnaissance de Jésus, de Son Incarnation, de Sa mort /Résurrection. Jésus, j'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de le dire est « grand d'être petit » ! Il faut être incommensurablement petit dans son être profond, pour « mériter » cette Royauté qui demeure, et cela à quel prix !

Essayons de suivre Jésus pas à pas dans ce dialogue surréaliste entre Pilate, créature de Dieu, et Dieu qui lui est soumis en Jésus incarné . Tout est disproportionné  d'autant que Jésus n'a jamais revendiqué le titre de Roi terrestre !

   Pilate appela Jésus et lui dit :

Ce simple verset est dérisoire , Pilate, une créature de Dieu, comme vous ou moi, appelle Jésus , traduisons ou complétons : convoque Jésus, pis encore, Le fait comparaître, devant lui , seul, au milieu du prétoire !
 
Quelle divine maîtrise chez Jésus qui obéit révélant à qui veut bien le reconnaître « sa véritable domination », ne faut-il pas être immensément grand pour s'approcher et attendre, dans le silence, sans un geste susceptible de trahir un éventuel combat intérieur ! Lui seul, Jésus, sait qui Il est , et Il se tait, par amour de l'humanité, donc de Pilate, de Caïphe et de tous ceux qui crieront « à mort » « crucifie-Le » Quelle dignité ! Quelle grandeur ! Nos mots sont fades, nos royautés terrestres sont pâles devant semblable magnificence ! Dieu, en Jésus, se plie aux vouloirs des hommes, Dieu, en Jésus, sans aucun faire valoir, sans afficher Sa différence, humblement, « comme un agneau conduit à l'abattoir » attend de connaître -ce qu'Il sait déjà- les griefs que l'humanité a contre Lui .
 
Jésus, c'est l’Église, l’Église, c'est Jésus ! A toutes les époques n'est-elle pas confrontée à ce genre de situation ? Tantôt Pilate Elle-même avec ce risque de se compromettre en se plaçant du côté du pouvoir politique, tantôt Jésus, silencieuse , devant tant d'accusations mensongères et déstabilisantes, devant les trahisons de Ses membres qu'ils soient ministres ou simples fidèles ! N'est-ce pas ce qu'Elle vit aujourd'hui dans le drame de la pédophilie ?.

Pilate ici, ouvre le dialogue, c'est lui qui détient l'autorité comme Préfet de Judée et Jésus, malgré tout, à un moment, saura lui dire :« Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l'avais reçu d'en haut ; ainsi, celui qui m'a livré à toi est chargé d'un péché plus grave. » (Jean 19)  :

« Es-tu le roi des Juifs ? »
    
Jésus lui demanda :
« Dis-tu cela de toi-même,
ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? »

Finement Jésus contourne la question en la retournant contre son auteur qui répond  du tac au tac  en affichant sa différence d'origine, pour signifier semble-t-il, qu'il est en position d'autorité . On le perçoit en difficulté d'ailleurs, car il établit une distance nette pour bien montrer à Jésus, que lui, Pilate, reste extérieur à cette affaire , on peut dire que Pilate, dès cet instant, « se lave les mains » face à une situation où lui-même accomplit un devoir lié à sa fonction. Il montre bien qu'il intervient comme fonctionnaire, non à titre personnel !

Là encore le dilemme est profond et grave, et toujours d'actualité . Combien de frères se « dédoublent » et tombent dans le piège ! Combien se vendent au pouvoir, qu'il soit , ce pouvoir, politique, ou ayant droit – droit qu'il se donne- de vie et de mort, d'honneur et de déshonneur, sur des subalternes qu'ils tiennent par de l'argent, une promotion, un poste, un rôle, ou tout simplement un maintien en place !

    Pilate répondit :
« Est-ce que je suis juif, moi ?
Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi :
qu’as-tu donc fait ? »

Qu'as-tu donc fait ? Terrible question , comment y répondre ? Jésus sait très bien en quoi et pourquoi Il dérange, mais Il ne peut pas décemment, indiquer ici les raisons qui troublent Ses compatriotes, Jésus n'est pas là pour accuser, Il est venu pour aimer pour servir et donner Sa vie pour la multitude. Il va donc, partir de la première question, mais en élargissant l'éventuel débat Il n'attire pas l'attention sur Sa Personne comme possible roi, mais sur l'influence de Sa doctrine, sans la nommer, qui rassemble autour de Lui, un ensemble d'individus hétéroclites qui constituent, un monde différent que Sa charte - les béatitudes – réunit .Cette foule, conquise, fait peur et laisse envisager le risque d'une proclamation de Royauté, ce que Jésus a fui ! N'ont-ils pas voulu, à plusieurs reprises Le proclamer Roi, « mais Lui, passant son chemin » leur échappait ?

Dès sa naissance, Jésus est recherché comme futur Roi, ce qui engendre une rage sourde chez Hérode : « Or, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d'inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. » (Matthieu 2)

Une autre fois c'est la foule bénéficiaire de Ses Paroles et de Ses actes qui veut le proclamer roi : « Mais Jésus savait qu'ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira, tout seul, dans la montagne. » (Jean 6)

Très peu de temps avant l'interrogatoire de Pilate, Jésus entre à Jérusalem sous les ovations de la foule, alors qu'Il sait, Lui, comment se terminera cette folle semaine : «  Le lendemain, la grande foule qui était venue pour la fête, apprenant que Jésus arrivait à Jérusalem, prit des branches de palmier et sortit à sa rencontre. Les gens criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le roi d'Israël ! » Jésus, trouvant un petit âne, monta dessus. Il accomplissait ainsi l'Écriture : N'aie pas peur, fille de Sion. Voici ton roi qui vient, monté sur le petit d'une ânesse. (Jean 12)

 
Déjà Jésus arrivait à la descente du mont des Oliviers, quand toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu'ils avaient vus :« Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, arrête tes disciples ! » Mais il leur répondit : « Je vous le dis : s'ils se taisent, les pierres crieront. » Quand Jésus fut près de Jérusalem, en voyant la ville, il pleura sur elle ; il disait : « Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix ! Mais hélas, cela est resté caché à tes yeux. (Luc 19)

Des Pharisiens sont gênés par ces ovations, ils demandent à Jésus d'intervenir, Jésus, bien loin d'obtempérer, fait remarquer« Je vous le dis : s'ils se taisent, les pierres crieront. » Sans doute faut-il voir dans cette remarque une ultime tentative pour que soit accueilli Son message et surtout reconnue Sa mission de Fils envoyé pour faire connaître l'Amour du Père ! Sa conduite le prouve , Il peu donc déclarer :


« Ma royauté n’est pas de ce monde ;
si ma royauté était de ce monde,
j’aurais des gardes
qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs.
En fait, ma royauté n’est pas d’ici. »

Non seulement la royauté de Jésus n'est pas de ce monde mais elle est d'un autre ordre, d'un autre monde . Nous sommes dans deux registres absolument différents, à mille milles l'un de l'autre ! Pilate et ses chefs pensent une Royauté faite de clinquant, de pouvoir, de domination assujettissante, dégradante souvent pour le peuple,et pourtant éphémère, Jésus parle d'une Royauté spirituelle qui ne peut être comprise et perçue que par des cœurs purs, simples, des cœurs libres , affamés et assoiffés de justice, des cœurs fraternels, débordants d'amour...non des despotes, mais des frères ! Pilate, campé sur ses positions, suit le fil de ses idées et réplique :


« Alors, tu es roi ? »

Il s'embourbe encore davantage, il veut acculer Jésus au faux pas, mais on peut dire que Jésus, digne  reste sur son axe , Il ne peut pas parler différemment, Il reste fidèle à Lui-même et, surtout à sa raison d'être ici, sur la terre des hommes et

Jésus répondit :
« C’est toi-même qui dis que je suis roi.
Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci :
rendre témoignage à la vérité.
Quiconque appartient à la vérité
écoute ma voix. »

Jean, dans la deuxième lecture, je le soulignais au début, ne dit-il pas : « Jésus-Christ; c'est le Témoin fidèle, le Premier-né d'entre les morts et le Prince des rois de la terre. (Apocalypse 1). celui qui est annoncé comme tel, dans le Prologue de l’Évangile de Jean :(et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu'un fils unique tient de son Père) tout plein de grâce et de vérité. (Jean 1) A Thomas troublé, Jésus ne ne répond-Il pas à un moment : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par (Jean 14). Jésus est LA VÉRITÉ, affirmer cela, c'est tout bonnement s'affirmer comme Dieu Lui-même, égal au Père, détenant les clefs du bien vivre, du bien "être" ! En dehors de la foi, donc, de l'adhésion totale, c'est difficile à reconnaître.
 Tout le drame qui se jouera dans les prochaines heures est dans Ces affirmations. Pilate et tous ceux de son bord, sont aveuglés par leur soif de pouvoir, ils ne peuvent pas voir et reconnaître dans l'homme-Jésus, le Fils de Dieu, Dieu Lui-même et ils L'accuseront de blasphémer ! On peut penser, malgré tout, que Pilate est ébranlé, il espère une autre issue puisqu'il demandera : "qui voulez-vous que je vous relâche » mais, compromis avec le pouvoir impérial, s'il se désolidarise , il perd sa place et risque sa vie, c'est trop lui demander. Il préfère livrer Celui qu'au fond de lui-même Il reconnaît Innocent .

Notre Roi, est cet innocent condamné, qui donne sa vie : « ma vie nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne » pour que vive l'humanité et qu'elle vive de la Vérité qui est non une idée parmi d'autres mais la PERSONNE MÈME DE JÉSUS venu dans le monde pour que le monde soit sauvé ! Tel est notre Roi ! Telle est notre Foi ! Mais, et c'est un grand mais ! Pour cela il convient d'écouter SA VOIX Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »Et écouter la voix de Jésus c'est vivre de Sa Parole, car SA PAROLE c'est LUI, LA VÉRITÉ c'est LUI, Le Chemin c'est LUI ! La Vie c'est LUI Jésus, le bien aimé du Père qui lors du baptême  fait entendre sa voix en disant : Celui-ci est mon Fils bien-Aimé ÉCOUTEZ-LE ! Et nous savons d'expérience qu' ÉCOUTER JÉSUS c'est la source de la PAIX du cœur !
Pour participer à la Royauté de Jésus il convient donc de devenir de plus en plus petit, simple, pauvre, serviteur, débordant d'amour   et de donner notre vie comme Jésus .
Nous savons ce qui nous reste à vivre !

1 - Jésus, Seigneur, Tu es Roi de Roi,Jésus, Seigneur, Tu es Roi de Roi,
Lumière de lumière, Toi !
Lumière de lumière.

2 - O Verbe, avant d'accomplir la Loi,
O Verbe, avant d'accomplir la Loi,
Tu as fait ciel et terre, Toi !
Tu as fait ciel et terre.

3 - Tu es l'Alpha, Tu es l'Oméga,
Tu es l'Alpha, Tu es l'Oméga,
Le centre du Mystère, Toi !
Le centre du Mystère.

4 - Tu as pris chair, Vérité de foi,
Tu as pris chair, Vérité de foi,
Unique Fils de Père, Toi !
Unique Fils du Père.

5 - Sauveur ô Christ, homme mort en croix,
Sauveur ô Christ, homme mort en croix
Dieu même nous libère, Toi !
Dieu même nous libère !



L'Ermite 

vendredi 16 novembre 2018

JE CROIS QU'IL REVIENDRA DANS LA GLOIRE

 XXXIII e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

ANNÉE B

(Mc 13, 24-32)
 
La séquence d’Évangile que nous propose l’Église en ce 33e dimanche du Temps ordinaire, ne figure absolument pas parmi mes préférées, si j'avais pu l'éviter, je l'aurais volontiers ignorée, je m'en remets vraiment à l'Esprit Saint pour accueillir Sa Lumière.


Jésus parlait à ses disciples de sa venue :« En ces jours-là,après une grande détresse,
le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ;les étoiles tomberont du ciel,
et les puissances célestes seront ébranlées. Cette introduction , de type apocalyptique semble tout à fait nouvelle dans l'enseignement de Jésus, c'est pourtant bien Lui, Jésus, qui parle et annonce une période de turbulences qui précédera Son retour. Ces versets et quelques autres passages évangéliques, au style différent, ont sans doute inspiré bien des prophètes de malheur qui périodiquement parlent de la fin du monde ! S'agit-il de la fin du monde ou d'un monde ? Il y a là une importante nuance .De là, à faire de ce moment unique, une action punitive de la part du Père il n'y a qu'un pas ! Jésus parle, en vérité, de la manifestation de Sa gloire, expression de Son amour pour l'humanité, à qui, Lui, le Fils unique du Père, a tout donné , pour qui Il s'est livré pour lui obtenir le salut,«Dieu a envoyé son fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que par lui, le monde soit sauvé», dit Jésus à Nicodème. (Jean 3, 17) n'est-ce pas de cela dont il est question ?

Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire.Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde,depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.Quand Jésus reviendra, son but sera de rassembler l'humanité dispersée . Ailleurs, Jésus nous demande de rester en éveil pour ne pas être surpris « Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l'improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! » (Marc 13)

Pourquoi nous inquiéterions-nous ? Ne sommes-nous pas dans de bonnes mains ? Celles d'un Père qui ne désire que le bonheur de Ses enfants ? Alors qu'avons-nous à craindre ? Pourquoi perdre notre temps à tenter de percer un moment que le Fils unique ne connaît pas Lui - même ? Quant à ce jour et à cette heure-là ,nul ne les connaît,pas même les
anges dans le ciel,pas même le Fils,mais seulement le Père. »

Ne convient-il pas reconnaître, dans cette situation, une invitation à l'abandon absolu qui nous permet de retrouver, ou de garder et de cultiver dans le meilleur des cas, l'esprit d'enfance qui nous fait tout recevoir de notre Père, comme l'enfant abandonné, sans souci inutile, sur le sein de sa mère ? « Je tiens mon âme dans le calme et le silence comme un enfant sevré sur le sein de sa mère, comme l'enfant sevré mon âme est en moi ». (Psaume 131) C'est la seule attitude vraiment filiale, c'est la seule attitude qui puisse nous établir dans une paix inaltérable ! C'est de cela dont nous avons besoin, c'est de cela dont le monde, notre monde a besoin. «Je suis la résurrection et la vie». «N’ayez pas peur, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps» (Matthieu 28, 20). Avons-nous confiance quand Jésus nous parle ? Il ne suffit pas de « réciter » le Credo chaque dimanche avec nos frères de pèlerinage terrestre, encore faut-il CROIRE VRAIMENT ce que notre bouche proclame ! Je crois en Dieu " : cette première affirmation de la profession de foi est aussi la plus fondamentale. Tout le Symbole parle de Dieu, et s’il parle aussi de l’homme et du monde, il le fait par rapport à Dieu. Les articles du Credo dépendent tous du premier, tout comme les commandements explicitent le premier. Les autres articles nous font mieux connaître Dieu tel qu’il s’est révélé progressivement aux hommes. " Les fidèles font d’abord profession de croire en Dieu " (Catech. R. 1, 2, 2). (Catéchisme Église Cath. 199)

Croire, c'est adhérer, c'est faire confiance, s'abandonner vraiment,les yeux fermés, parce qu'on a compris, souvent expérimenté, que Celui-là est Le Père, ce Père qui fait ce qu'Il dit, et ce qu'Il dit, c'est Jésus-Christ tout entier, de la nativité à la résurrection , un Jésus qui aime, guérit, sauve, va chercher dans les enfers … alors sommes-nous prêts, aujourd'hui, à nous jeter dans les bras de ce Père-là en lui redisant sereinement, tendrement, je n'ai pas peur, je Crois, je T'aime , je sais d'expérience que Tu ne peux pas, parce que Tu es Dieu, me tromper !
Le texte d’aujourd’hui est une invitation non à la peur mais à l’espérance. Il se termine avec la belle Parabole du figuier : «Quand ses branches reverdissent et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche

Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier :dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles,vous savez que l’été est proche.De même, vous aussi,lorsque vous verrez arriver cela,sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis :cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront,mes paroles ne passeront pas. Quand nous entendons raconter, ici et là, la succession de catastrophes plus horribles et déstabilisantes les unes que les autres, la tentation est grande de croire venue la fin du monde et de se livrer à des interprétations toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres, au point de plonger notre entourage dans un pessimisme sans fond ! Mais que craignons-nous ? Que retenons-nous des Paroles du Seigneur de nos vies, sont-elles pour nous ce rocher sur lequel nous nous appuyons ? « mes paroles ne passeront pas. » Alors restons « zen » ! Gardons la paix ! « Tu diras ce jour-là : Voici mon Dieu sauveur, j’ai confiance et je ne tremble plus, car ma force et mon chant, c’est le SEIGNEUR ! Il a été pour moi le salut. » (Is 12, 1-2). A nous de prendre les moyens de rester en tenue de service pour ne pas être surpris  : En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » Luc 12, 35-38, 40 Peu importent les modalités, soyons prêts, essayons d'être prêts, n'oublions jamais : DIEU EST LE PÈRE plein de tendresse lent à la colère et plein d'amour Ps 103, une autre traduction dit «  plein de fidélité » Amour ou fidélité, peu importe Dieu nous reste et nous restera proche . Retenons aussi les mots du Prophète Daniel dans la Première lecture Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme
la splendeur du firmament,et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais.

«J’entendis alors une voix clamer : «Voici la demeure de Dieu parmi les hommes. Il aura sa demeure avec eux; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu.  Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé.» Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : «Voici, je fais l’univers nouveau.» (Apocalypse 21, 2-5) Tel est le message d’espérance de l'évangile de ce dimanche ! 
 
Peut-être pourrions-nous prendre un moment en ce 33 e dimanche, pour redire, avec amour, conviction et reconnaissance, les paroles de notre adhésion à ce Dieu plein de tendresse et d'amour




Je crois en un seul Dieu,le Père Tout-Puissant,

Créateur du ciel et de la terre.de l’univers visible et invisible.

Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu,

né du Père avant tous les siècles

Il est Dieu, né de Dieu, Lumière, né de la Lumière,

vrai Dieu, né du vrai Dieu,

engendré, non pas créé,de même nature que le Père,

et par Lui tout a été fait.

Pour nous les hommes, et pour notre salut, Il descendit du ciel ,

par l’Esprit Saint,Il a pris chair de la Vierge Marie,

et S’est fait homme.

Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,

Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.

Il ressuscita le troisième jour ,conformément aux Écritures,

et Il monta au ciel,Il est assis à la droite du Père

Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts;

et son règne n’aura pas de fin.

Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie;

Il procède du Père et du Fils;

avec le Père et le Fils Il reçoit même adoration et même gloire;

II a parlé par les prophètes.

Je crois en l’Église,une, sainte, catholique et apostolique.

Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés.

J’attends la résurrection des morts,

et la vie du monde à venir.

Amen.


L'Ermite

mercredi 7 novembre 2018

ELLE A TOUT DONNE !

 XXXII e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

ANNÉE B
(Mc 12, 38-44)

En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait aux foules :« Méfiez-vous des scribes,qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques,les sièges d’honneur dans les synagogues,et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières :ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »

Cette mise en garde de Jésus peut nous paraître sévère . Souvenons-nous de la note de dimanche dernier et recherchons ce qu'en disent les évangélistes ? Les scribes sont cités cinquante neuf fois dans les évangiles, et ce n'est pas à leur avantage !
Les foules qui suivent Jésus font la différence entre les propos tenus par Jésus et ceux des scribes : « On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes (Marc 1)


N'osant pas prendre Jésus de front, les scribes murmurent contre Jésus et vont jusqu'à l'accuser de blasphème : « Or, il y avait dans l'assistance quelques scribes qui raisonnaient en eux-mêmes : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? (Marc 2)


Les scribes n'hésitent pas à voir en Jésus un suppôt de Satan : « Et les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient : " Il a Béelzéboul ! " et : " C'est par le chef des démons qu'il chasse les démons. " (Marc 3)


Ils remettent en question les mœurs des disciples de Jésus , en parlant ainsi, c'est Jésus, le Maître qu'ils veulent atteindre : « Les pharisiens et quelques scribes étaient venus de Jérusalem. Ils se réunissent autour de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées. (Marc 7) »


Et n'hésitent pas à s'attaquer aux agissements de Jésus qui tient à faire respecter le lieu saint, transformé ici, en caverne de voleurs . Ils vont même jusqu'à vouloir Le faire mourir !
Les chefs des prêtres et les scribes apprirent la chose, et ils cherchaient comment le faire mourir. En effet, ils avaient peur de lui, car toute la foule était frappée par son enseignement. (Marc 11)

Jaloux de l'autorité manifeste de Jésus, ils vont jusqu'à Le Lui reprocher et Lui demandent de rendre compte de sa conduite : «  Jésus et ses disciples reviennent à Jérusalem. Et comme Jésus allait et venait dans le Temple, les chefs des prêtres, les scribes et les anciens vinrent le trouver. Ils lui demandaient : « Par quelle autorité fais-tu cela ? Ou bien qui t'a donné autorité pour le faire ? » (Marc 11)

De son côté, Jésus n'est pas dupe, Il est conscient de leurs regards inquisiteurs, de leurs rejets, de leurs intentions dévoyées , Il en avertit Ses disciples qui ne comprennent guère ce langage « Et, pour la première fois, il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. (Marc 8) »

« Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l'homme sera livré aux chefs des prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort, ils le livreront aux païens, ils se moqueront de lui, ils cracheront sur lui, ils le flagelleront et le tueront, et trois jours après, il ressuscitera. » (Marc 10)

Aussi quand, aujourd'hui, Jésus dans Son enseignement déclare :« Méfiez-vous des scribes,qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques,les sièges d’honneur dans les synagogues,et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières :ils seront d’autant plus sévèrement jugés. » . quand Jésus dit cela, Il le fait au grand jour, en pleine assemblée, dans le Temple à la différence des scribes qui murmurent et agissent la plupart du temps dans l'ombre, en essayant de piéger Jésus.
  
Jésus ne se cache pas, et si Sa Parole peut sembler provocante, c'est pour le bien de chaque partie . Il aimerait bien que Ses mises en garde permettent la conversion des scribes et des pharisiens, Il aimerait qu'en les montrant du doigt ils soient conduits à changer de comportement ! Quant à Ses disciples et à la foule qui se bouscule pour l'approcher, pour toucher parfois ne serait-ce que les franges de Son vêtement, Jésus veut les éclairer sur les incohérence de leur vie. En soulignant les travers des scribes Il veut éveiller leur attention et la nôtre, car qui que nous soyons, nous courrons toujours ce risque de créer des relations avec les personnes qui ont un certain brio, s'expriment avec élégance, attirent l'attention par leur situation , leur position sociale, leur tenue vestimentaire etc nous voyons et nous attachons comme le dit Jésus , à l'extérieur de la coupe alors que l'intérieur est profondément pollué ! C'est là qu'il est judicieux d'exercer un bon discernement pour bien voir :« tout ce qui brille n'est point or » c'est à dire « il ne faut pas se fier aux apparences ». Ces dernières peuvent être trompeuses et nous conduire à passer à côté de vrais diamants cachés sous d'humbles coquilles. 
 
Jésus les invite, nous invite, à une authentique humilité, à la simplicité, à la prudence, à la lucidité...Ce qui blesse le plus Jésus, c'est l'attitude de ces hommes à la riche apparence qui privent de pauvres veuves de leurs biens, c'est encore plus détestable pour Jésus que toutes leurs machinations et leurs tricheries.

D'ailleurs, après cette diatribe, Jésus s'assied dans le Temple face à la salle du Trésor .Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor Que représente cette salle du Trésor ?Le trésor du temple était dans la Cour des femmes. « Une rangée de colonnes
en faisait le tour, et dans l’allée, contre le mur, se trouvaient les treize troncs, ou “trompettes”, dans lesquels on déposait les offrandes ».
Les troncs étaient appelés « trompettes » parce qu’ils étaient étroits au sommet et larges à la base. L’argent mis dans un tronc était réservé à un usage spécifique. Deux troncs étaient réservés à l’impôt du temple : un pour l’année en cours et un pour la précédente. Les troncs 3 à 7 recueillaient les sommes fixées pour, respectivement, les tourterelles, les pigeons, le bois, l’encens et les récipients d’or. Si quelqu’un avait mis de côté plus d’argent que ce qui était exigé pour un sacrifice, il déposait le surplus dans un des autres troncs. Ainsi, les troncs 8 à 12 collectaient l’argent restant des sacrifices pour le péché, des sacrifices de culpabilité, des sacrifices d’oiseaux, des sacrifices des naziréens et des sacrifices des lépreux purifiés. Le tronc 13 recevait les offrandes volontaires

.Jésus s'était donc installé, Il observait et regardait comment la foule y mettait de l’argent.Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie.. Les uns, ceux qui s’exhibent, se pavanent, les hâbleurs dirions-nous déposent ostensiblement de riches oboles alors qu'une pauvre veuve
laisse glisser seulement quelques piécettes, celles dont elles aurait bien besoin pour survivre. Les veuves, à l'époque de Jésus, et avant, était dans l'indigence, Jésus le soulignera bientôt. Elles n'avaient pas droit à l'héritage de leur mari et dépendaient de la charité publique.N'oublions pas ici la première lecture de ce jour, où la veuve de Sarepta jure par la vie du Seigneur ton Dieu ( elle s'adresse à Élie qui demande de l'aide) :je n’ai pas de pain.J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine,et un peu d’huile dans un vase.Je ramasse deux morceaux de bois,je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste.Nous le mangerons,et puis nous mourrons. »C'est souvent que l’Écriture évoque le sort de la veuve et de l'orphelin" La veuve et l'orphelin, l'émigré et le pauvre, ne les exploitez pas; que personne de vous ne prémédite de faire du mal à son frère. " (Zacharie 7) Il est demandé, d'en prendre soin, de ne pas les exploiter.

Comme toujours, Jésus va utiliser cette circonstance pour éduquer Ses disciples :Jésus appela ses disciples et leur déclara :« Amen, je vous le dis :cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres.Car tous, ils ont pris sur leur superflu,mais elle, elle a pris sur son indigence :elle a mis tout ce qu’elle possédait,tout ce qu’elle avait pour vivre. » En choisissant de suivre Jésus ,en acceptant l'appel « Viens, suis-moi » de marcher dans Ses pas, lui qui n'a pas où reposer Sa tête, Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des demeures; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête Mt 8,20, les disciples sont invités, non pas à rouler en Mercedes, à revêtir les ors d'une vie luxueuse mais à épouser l'ultime dépouillement de la croix de Jésus. Quant à nous les chrétiens qui proclamons notre foi, il ne nous est pas demandé moins, chacun selon la grâce de son état de vie.


Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur ! (Ps 145, 1b)

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.


Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.


Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !


Nous faisons mémoire aujourd'hui de tous ceux qui ont donné leur vie pour servir leur patrie et donc leurs sœurs et frères. Ne fallait-il pas un amour fou, un dépouillement total, un oubli de soi absolu, une générosité à tout épreuve pour partir sur le Front ,à 18 /20 ans ,défendre les libertés de tout un chacun ? Ils ont donné leur vie pour nous ! Ils se sont sacrifiés pour nous ! Loin de choisir ce qui brille ils ont vécu dans des tranchées, où les conditions de vie étaient sous humaines, ne manquons pas de leur rendre hommage , de les prier, de continuer à les aimer ils sont aussi nos modèles en abnégation, en don total de soi. Prions aussi pour la paix ici et partout dans le monde , faisons nôtre les paroles de Saint Paul VI lors d'une conférence à l'ONU:

«Jamais plus la guerre, jamais plus la guerre. C'est la paix, la paix, qui doit guider le destin des peuples et de toute l'humanité.» Paul VI


Ces paroles ont suscité un chant dont seul me revient le refrain :

Plus jamais, jamais la guerre le monde a soif d'amour 
 
Nous l'avions chanté, voilà quelques années,dans un amphithéâtre plein à craquer , en nous dirigeant calmement vers la sortie en raison d'une alerte à la bombe pendant une conférence de Monseigneur Oscar Roméro,défenseur des pauvres et, récemment reconnu saint par le Pape François.


L'Ermite


jeudi 1 novembre 2018

AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX !

 XXXI e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

ANNÉE B
(Mc 12, 28b-34)
 
  
Un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander :« Quel est le premier de tous les commandements ? » Il n'est pas inutile, je pense de s'interroger sur ce que représente un scribe au temps de Jésus, sur sa fonction et, par conséquent sur sa connaissance des Écritures.

Les scribes sont les spécialistes des Écritures. Diverses appellations servent à préciser leur identité : hommes du Livre, hommes de la Loi, docteurs de la Loi. Au temps de Jésus, il était courant de leur donner le titre de rabbi, « mon maître ».
     À l'origine, les scribes étaient des prêtres. Puis, à partir du IIIe siècle avant Jésus Christ, la profession fut exercée par des laïcs. L'origine des scribes remonte en fait à Esdras, prêtre de naissance et scribe de métier (Esd. 7, 6.11-12 ; Ne. 8,1) Il jouera un rôle de premier plan dans la réorganisation de la société israélite au retour de l'exil et la mise sur pieds de la nouvelle institution qu'est la synagogue : lieu de prière, de lecture et d'étude de la Loi.
     L'autorité et le prestige des scribes suivent la courbe de l'évolution de la religion juive qui, après l'exil et la faillite des institutions anciennes (royauté et sacerdoce), est progressivement devenue la religion du Livre. Toute la vie religieuse consiste donc à se pénétrer de la Torah, à l'interpréter en fonction des situations nouvelles de l'existence. Les scribes prennent en quelque sorte le relais des prophètes en tant qu'éducateurs et guides spirituels du peuple de Dieu. Les prêtres, quant à eux, sont des fonctionnaires du culte.
Les scribes sont, pour la plupart, de tendance pharisienne. Ils sont les transmetteurs et les défenseurs de la Tradition orale. Ce sont eux que les gens du peuple consultent pour éclairer leur vie de foi. Ils gagnent ainsi la faveur du peuple (voir par exemple Si 39, 1-15 Ils jouiront également d'une influence grandissante au Sanhédrin, le grand Conseil de la nation. ( Yves Guillemette, prêtre)

Certains voient dans la question soumise à Jésus, le désir d'aller plus loin dans la rencontre du Dieu vivant et vrai. Compte tenu de la fonction du scribe, j'en suis moins sûre, j'ose m'interroger et voir, en arrière plan, le groupe des Pharisiens qui, selon son habitude cherche à piéger Jésus, pour le mettre en accusation. Par ailleurs, il semblerait que cette question soit posée alors que Jésus est rentrée depuis peu à Jérusalem, la tension monte , il faut absolument avoir des arguments de poids pour faire arrêter Jésus . Quant à nous, n'oublions pas que Jésus n'est pas venu abolir mais accomplir : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé. » Mt 5,17 

Les pharisiens ignorent , ou veulent ignorer, qu'en bon croyant, Jésus connaît l’Écriture encore mieux que tous les Docteurs de la loi réunis ! Jésus, n'hésite pas à répondre et, surtout démontre sans ambages qu'Il est venu ACCOMPLIR la loi mosaïque citée dans le Deutéronome, en première lecture de ce jour. Écoute, Israël :le Seigneur notre Dieu est l’Unique.Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur,de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. » Dt 6, 2-6 Jésus reprend donc le passage connu , le fameux Shema Israël que tout véritable israélite est sensé dire et redire pour s'en imprégner : « Que les paroles que Je t’adresse aujourd’hui soient sur ton cœur. Tu les enseigneras à tes fils, tu en parleras assis dans ta maison, en marchant sur le chemin, à ton coucher et à ton lever. Tu les attacheras en signe sur ta main et elles seront comme fronteaux entre tes yeux. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et à tes portes » 
 
 Jésus lui fit cette réponse :« Voici le premier :Écoute, Israël :le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur.Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme,de tout ton esprit et de toute ta force.Et voici le second :Tu aimeras ton prochain comme toi-même.Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Ce second commandement étant tiré du Lévitique « Le Seigneur parla à Moïse, en disant: " Parle à toute l'assemblée d'Israël, et dis-leur: Soyez saints, car je suis saint, moi le Seigneur, votre Dieu. (Lv 19) Vous traiterez l'étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous; tu l'aimeras comme toi même, (Lv.19)

Pour Jésus , dans Sa conclusion, « aimer Dieu et aimer son frère », c'est un seul et unique commandement. Ne précise-t-il pas en effet « Il n’y a pas de commandement plus grand » au singulier, alors qu'Il a parlé d'un premier et d'un second. Jésus n'hésite pas à reprendre à Son compte ce commandement de l'amour divin et de l'amour fraternel. Jésus place l'amour au-dessus de tout c'est ce qui fera dire à Saint Augustin : « aime et fais ce que tu veux » car celui qui aime ne peut nuire à quiconque.
 
« Ça veut dire quoi : AIMER, interroge Paul Baudiquey dans l'un de ses poèmes ? Et il poursuit : la question est redoutable. Deux sortes de gens la posent : Des gens blessés, trop malheureux, parce qu'ils ne sont pas, ou ne sont plus aimés et ça leur fait tellement mal qu'ils ont envie de ricaner. Et puis des gens heureux et qui n'en reviennent pas, tellement c'est incroyable d'être aimé.....aimer ça ne va pas de soi, et rien n'est jamais gagné d'avance... l'amour se prouve autant qu'il se prouve en aimant . .. Aimer c'est aller toujours plus loin, plus loin que les apparences, plus loin que les déceptions, plus loin que les lassitudes, plus loin que les solitudes...L'amour est porteur de lumière, l'amour est un feu qui brûle sans se consumer, l'amour est vigneron : il sait nous vendanger ... » Et nous savons jusqu'où l'amour a conduit Jésus ! C'est chaque jour que nous apprenons à aimer, à nous dépasser pour permettre à l'autre d'exister.C'est Saint François d'Assise qui parcourait les rues de sa ville en chantant pour être entendu de tous : « l'Amour (Jésus) n'est pas aimé, l'Amour n'est pas aimé ! » François avait compris qu'aimer son frère, c'est aimer son Dieu , pour lui Dieu et son Frère, son Frère et Dieu, c'est une seule et même personne ! Or, nous savons combien il est difficile d'aimer vraiment , une vie ne suffit pas pour apprendre à aimer ! Souvenons-nous de Thérèse de l'Enfant Jésus et de cette sœur âgée devenue difficile à vivre et auprès de laquelle la jeune sœur déployait des prouesses d'amour. Aimer c'est s'oublier, c'est se renoncer , c'est comme Jésus donner sa vie !
L'amour du chrétien devrait être le reflet de celui de son Seigneur. C'est-à-dire aimer tout homme  en toute lucidité bien sûr !

Saint Paul ne nous brosse-t-il pas un tableau saisissant de l'amour dans sa lettre aux Corinthiens ?
Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'Amour, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Quand j'aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je posséderais toute science; quand j'aurais même toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas l'Amour , je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas l'Amour, tout cela ne me sert de rien
L'Amour est patient, il est bon; l'Amour n'est pas envieux, l'Amour n'est point inconsidéré, il ne s'enfle point d'orgueil; il ne fait rien d'inconvenant, il ne cherche point son intérêt, il ne s'irrite point, il ne tient pas compte du mal; il ne prend pas plaisir à l'injustice, mais il se réjouit de la vérité; il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L'Amour ne passera jamais.
Maintenant ces trois choses demeurent: la foi, l'espérance, l'Amour; mais le plus grand des trois c'est l'Amour. (1Corinthiens 13)

Si nous voulons demeurer éternellement dans le Cœur de Dieu nous devenons devenir Amour ! Mais pas un amour à l'eau de rose, un amour vrai qui vit dans la vérité, un Amour fort qui prend au sérieux les commandements de Dieu, un Amour sincère qui ne triche pas, et je vous laisse le soin de continuer !

Ayant entendu la réponse de Jésus Le scribe reprit :« Fort bien, Maître,tu as dit vrai :Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui.L’aimer de tout son cœur,de toute son intelligence, de toute sa force,et aimer son prochain comme soi-même,vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »

« Tu as dit vrai » ce membre de verset ne montre-t-il pas qu'en posant la question à Jésus, le scribe connaissait la réponse ? S'il reconnaît que Jésus dit vrai c'est que sa question était une mise à l'épreuve de Jésus ! Mais peu importe , l'essentiel est dans le contenu. Lui - même ajoute d'ailleurs « aimer son prochain comme soi-même,vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. » Il en sait donc pas mal sur la question ! Il sait parfaitement qu'une offrande, un holocauste, dépourvus d'amour n'ont guère de valeur ! Ce qui fait la valeur d'un acte c'est la densité d'amour qui l'habite. Je peux faire des choses extraordinaires mais sans amour elles ne sont que du vent !

Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse,lui dit :« Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. »Et personne n’osait plus l’interroger.
J'ai envie de dire et le dis : Jésus leur a cloué le bec ! Ils n'osent plus l'interroger, ils se rendent compte expérimentalement, que Jésus les dépasse non seulement en connaissance mais en amour , ils ne sont pas sans entendre et sans connaître les Paroles et les actes par lesquels Jésus manifeste l'Amour du Père :

- Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jean 13)

- Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.
Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie.
Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. (Jean 15)

- Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. (Jean 15)

- Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. » (Jean 17)

- Malheureux êtes-vous, pharisiens, parce que vous payez la dîme sur toutes les plantes du jardin, comme la menthe et la rue, et vous laissez de côté la justice et l'amour de Dieu. Voilà ce qu'il fallait pratiquer, sans abandonner le reste. (Luc 11)

  • Mais à vous qui m'écoutez je dis: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. A celui qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre; et à celui qui t'enlève ton manteau, n'empêche pas (de prendre) aussi ta tunique. Donne à quiconque te demande, et à qui t'enlève ce qui est à toi, ne réclame point. Et ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pareillement pour eux. Et si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on? Aussi bien, les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on? Les pécheurs aussi en font autant. Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on? Des pécheurs aussi prêtent à des pécheurs, afin de recevoir l'équivalent. Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour; et votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, lui qui est bon pour les ingrats et les méchants. Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. (Luc 6)

  • Et ne jugez point, et vous ne serez point jugés; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés; absolvez et vous serez absous. Donnez, et l'on vous donnera: on versera dans votre sein une bonne mesure, pressée, tassée, débordante; car avec la mesure dont vous mesurez il vous sera mesuré en retour. (Luc 6)

En somme aimer suppose que nous devenions saints comme notre Père du ciel est Saint, c'est d'ailleurs ce qu'Il nous demande :Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. (Lv.19) et le chemin de sainteté nous est tracé par Jésus : être disciples c'est
aimer TOUS ses frères, c'est être fidèles aux commandements, c'est donner sa vie,c'est faire ce que Jésus nous commande, c'est observer la loi sans oublier la justice, c'est aimer ses ennemis, bénir ceux qui nous maudissent, présenter sans mot dire , l'autre joue à celui qui nous frappe, donner non seulement son manteau mais aussi sa tunique , faire aux autres ce qu'on espère pour soi, être miséricordieux comme le Père est miséricordieux, ne pas juger, pardonner soixante dix fois sept fois ! Quel magnifique programme ! Quel difficile mais passionnant programme !

Heureux celui qui garde les mains vides,
Et laisse l'or et l'orgueil aux avides :
Un roi grandit dans le pauvre comblé.

Heureux celui qui, face aux violences,
Est lisse tel un roseau sans défense :
Les doux tiendront sur le monde ébranlé.

Heureux celui qui sait le don des larmes,
La grâce amère où la lutte désarme :
C'est l'affligé qui sera consolé.

Heureux celui dont le cœur et la tête
Ont faim et soif de justice parfaite :
Il trouvera sous la vigne le blé.

Heureux celui qui saigne mais pardonne
Et rend le bien pour le mal qu'on lui donne :
Devant son juge il paraît sans trembler.

Heureux celui qu'épargne toute fange,
Du clair regard où se mirent les anges :
Il verra Dieu sans en être aveuglé.

Heureux celui qui sème la concorde,
Les mots de miel dans les bouches qui mordent :
Un arc-en-ciel viendra l'auréoler.

Heureux tous ceux que d'autres jugent dignes
Du vieux mépris dont la croix est le signe :
Car du Royaume ils possèdent la clé. 

Hymne des premières vêpres de Toussaint 


 
C'EST CELA AIMER !
L'Ermite