vendredi 9 mars 2018

DIEU A TANT AIME LE MONDE

QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME
(Jn 3, 14-21)
Dieu a tant aimé le monde


En ces jours-là,
tous les chefs des prêtres et du peuple
multipliaient les infidélités,
en imitant toutes les abominations des nations païennes,
et ils profanaient la Maison
que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem.
Le Seigneur, le Dieu de leurs pères,
sans attendre et sans se lasser,
leur envoyait des messagers,
car il avait pitié de son peuple et de sa Demeure.
2 Ch


Le livre des Chroniques est un complément des livres historiques. A ce titre, il relit l'histoire du peuple de Dieu. L'auteur n'a rien de l'historien amateur, mais il écrit pour la gloire de Dieu, les péripéties de ceux qui ont construit sa maison et la desservent.

Le Seigneur dit à Moïse "Je vois que ce peuple est un peuple au cou raide. Maintenant
laisse-moi: que ma colère s'embrase contre eux et que je les consume! Mais je ferai de toi une grande nation." (Exode 32)

«Je vois que ce peuple est un peuple au cou raide. (Deutéronome 9)

Même quand ce peuple se rebelle, qu'il se montre dur et raide, Dieu qui s'est engagé à son égard reste fidèle, Il intervient quand c'est nécessaire pour l'empêcher de sombrer.
Toute l'histoire de l'humanité nous montre que ce peuple oscille constamment, Dieu le porte à bout de bras jusqu'au moment où il envoie Son propre Fils, ce Fils unique pour lui manifester Son amour. Dieu est fidèle, l'homme, nous en faisons l'expérience , l'est beaucoup moins. L'humanité est centrée sur elle-même, pourtant Dieu n'a qu'un désir, qu'une volonté, lui faire partager le bonheur éternel.

« Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda . Quiconque parmi vous fait partie de son peuple,que le Seigneur son Dieu soit avec lui,et qu’il monte à Jérusalem ! »(2 Ch 36, 14-16.19-23)

Malgré l'infidélité de son peuple, malgré ses tergiversations, malgré sa rébellion constante, Dieu continue à espérer ce peuple :
Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés,nous qui étions des morts par suite de nos fautes,il nous a donné la vie avec le Christ :c’est bien par grâce que vous êtes sauvés.

Oui c'est par grâce , par pur amour , parce que Dieu ne se renie pas, que nous sommes sauvés, mais à quel prix !
C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés,et par le moyen de la foi.Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil.C’est Dieu qui nous a faits,il nous a créés dans le Christ Jésus,en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. (Ep 2, 4-10)

Pour cela, Dieu a envoyé Son Unique nous montrer la route à suivre, Jésus s'est fait le plus petit des petits pour tenter d'élever le cœur de l'homme, un homme qui après 2000 ans reste bien raide, bien dur, rongé par le désir de pouvoir, d'avoir, de supériorité, de faire-
valoir, de paraître, oubliant que l'être est la seule brèche qui ouvre à l'amour ! Apprenons à lire, à écouter, à entendre , Jésus qui nous parle, fixons notre regard sur ce signe qui nous est proposé aujourd'hui, oui, regardons Jésus et vivons avec Lui, cette Passion d'Amour. Chaque Rencontre, est pour Jésus une Passion d'Amour, car c'est pour CHACUN que Jésus se donne, se livre «  ma vie, nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne ». Jésus se donne et se donne encore et toujours parce qu'Il sait aimer. Ne détachons pas notre regard du « serpent » de la croix !

Nicodème, dont le nom signifie « vainqueur du Peuple » est ce Pharisien qui était venu rencontrer Jésus de nuit, il est aussi chef des Juifs. Il s'agit donc d'un homme très important dans la société de son temps , apparemment riche, puisqu'il apportera au moment de l'ensevelissement de Jésus, un mélange de myrrhe et d'aloès d'environ cent livres.

Il s'agit d'un homme en recherche de Vérité, il reconnaît que Jésus accomplit de grandes choses et que nul ne peut agir de la sorte si Dieu n'est pas avec lui !
St Augustin commente ce passage : « Nicodème vient vers le Seigneur, mais il vient de nuit. Il vient vers la lumière, et il vient dans les ténèbres. Dans les ténèbres, il cherche le jour (…) mais c’est encore à partir des ténèbres de sa chair qu’il parle. »
Suit un très bel échange sur naître et renaître et la difficulté des Pharisiens à accueillir le message évangélique « nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous n'acceptez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Car nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. (Jean 3) 

 Pour le P. Zundel, naître à nouveau, ou entrer dans la vie éternelle, c'est devenir vivants dès ici-bas. Il ne s'agit pas d'attendre la vie éternelle, mais d'y entrer dès maintenant : «Il est donc bien clair que la vraie question, c’est d’être un vivant avant la mort. Il est bien vrai qu’on entre pas dans le ciel comme s’il s’agissait d’aller quelque part. Il faut devenir le cielEt la référence à l'épisode de la marche des Hébreux dans le désert où Moïse est conduit à élever un serpent de bronze . Le peuple était en effet aux prises avec des serpents venimeux »

Le peuple arraché à l’Égypte par Moïse est en marche vers la Terre Promise ; mais une fois passée l’exaltation, il faut bien affronter le quotidien dans le désert.L'épisode du
serpent de bronze se situe un des mauvais jours : les Hébreux sont assaillis par des serpents venimeux, et comme ils n’ont pas la conscience très tranquille (parce qu’une fois de plus ils ont « récriminé », comme dit souvent le livre de l’Exode), ils sont convaincus que c’est une punition du Dieu de Moïse ; ils vont donc le supplier d’intercéder pour eux.

 L’objectif de Moïse, c’est de convertir ce peuple toujours soupçonneux, toujours méfiant
à une attitude de foi, c’est-à-dire de lui faire confiance à tout moment.Pour éduquer son peuple à cette attitude de foi, Moïse s’appuie sur une pratique qui existait déjà : la coutume d’adorer un dieu guérisseur ; ce dieu était représenté par un serpent de bronze enroulé autour d’une perche ; c’était ni plus ni moins une pratique magique : il suffit, croit-on, de regarder un objet magique et tout s’arrange. Moïse va convertir ce qui était jusqu’ici un acte magique en acte de foi : il leur dit : « Faites-vous un serpent, et regardez-le (en langage biblique, regarder veut dire adorer) ; alors vous serez sauvés ; mais sachez que celui qui vous guérit, c’est le Seigneur, ce n’est pas le serpent.

L'humanité, dans son ensemble ne sait pas que Dieu est AMOUR et qu'Il n'a d'autre but que notre bonheur :lequel consiste à vivre, aimer, partager. Et parce qu’elle ne le sait pas, elle s’enfonce dans son propre malheur, en recherchant avec frénésie des satisfactions trompeuses : posséder, dominer. En conséquence, haine, violence et meurtre jalonnent son histoire. Pire que tout, dans son ignorance, l’homme accuse Dieu de tous ses malheurs, qu’il prend pour des punitions divines. Grâce à cette radicale incompréhension des hommes, Jésus est venu « pour rendre témoignage à la vérité », comme il le dira à Pilate. Il paiera de sa vie ce témoignage, car les hommes n’acceptent pas cette révélation d’un Dieu trop différent de celui qu’ils imaginent ; mais jusque sur la croix il restera fidèle à lui-même : aimant et pardonnant. Il y aura donc désormais deux manières de regarder la croix du Christ : elle est la preuve de la haine et de la cruauté de l’homme, mais elle est, bien plus encore, l’emblème de la douceur et du pardon du Christ. C’est pour cela qu’on peut dire que la croix est glorieuse : parce qu’elle est le lieu où se manifeste l’amour parfait, c’est-à-dire Dieu lui-même. :« De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique,afin que quiconque croit en lui ne se perde pas,mais obtienne la vie éternelle  

De la même manière que, dans le désert, il suffisait de lever les yeux avec foi vers le Dieu de l’Alliance pour être guéri physiquement, désormais, il suffit de lever les yeux avec foi vers le Christ en croix « « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37)pour obtenir la guérison intérieure. C’est bien l’histoire de celui que nous appelons « le bon larron » dont nous parle l’Évangile. Parce qu’il a « levé les yeux » avec foi vers Jésus, il s’est entendu dire :« Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. » (Luc 23) » Voilà la bonne nouvelle apportée au monde par Jésus : le Royaume de l’amour est accessible à tous, sans exception.Jésus, par Sa vie prend à son compte les paroles du Prophète « Si vos péchés sont comme l'écarlate, ils deviendront blancs comme la neige. S'ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme de la laine. (Isaïe 1)
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde,non pas pour juger le monde,mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Dieu ne fait pas des calculs d'apothicaire, Dieu aime, un point c'est tout ! Dieu aime chaque être humain et le veut heureux, absolument heureux et pour être heureux, l'humanité doit apprendre chaque jour à « regarder Jésus » dans l’Écriture, dans les sacrements, sur l'Arbre de la croix. Pour regarder, c'est-à-dire, adorer, il convient de lever, d'élever son regard au lieu de le baisser sur ses extrémités terre à terre.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement,celui qui ne croit pas est déjà jugé,du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.Et le Jugement, le voici :la lumière est venue dans le monde,et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière,parce que leurs œuvres étaient mauvaises.Celui qui fait le mal déteste la lumière :il ne vient pas à la lumière,de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ;mais celui qui fait la vérité vient à la lumière,pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »  
Faire la vérité, préférer la lumière c'est choisir, bien choisir ! C'est vouloir le bien, tout le bien, seulement le bien rien que le bien, donc l'Amour, vouloir le beau, au sens de la pureté des lignes, de leur simplicité, de leur vérité, vouloir le grand au sens de larges horizons, loin du repliement sur soi , tourné vers l'autre et vers l'Autre qui se nomme Jésus, car qui voit son frère, voit Jésus ! Or, chaque jour, nous sommes confrontés à nos mesquineries, à nos petitesses, à nos ténèbres, celles des bas fonds de notre être, là où grouillent les serpents venimeux qui s'entrelacent les uns les autres jusqu'à former de gros paquets de nœuds de jalousies, de comparaisons, de rivalités, de propriétés des services qui ne sont plus des services mes des appropriations qui éloignent les autres et vont jusqu'à les détourner, les éloigner !Il n'y a plus de place pour le frère, la sœur ! Nous
restons ce peuple à la nuque raide, nous n'avons toujours rien compris , nous ne savons pas regarder, adorer Jésus caché dans le Tabernacle ( la tente de la Rencontre de dimanche dernier) Jésus sur la croix, les pieds et les mains percés, le Cœur ouvert déversant sur CHACUN des fleuves d'eau vive ! 
 
Quand comprendrons-nous que ce n'est pas ce que l'on fait, ni QUI le fait qui est important mais ce que l'on EST, Quand comprendrons-nous L'AMOUR ?Quand comprendrons-nous que «  c’est bien par grâce que vous êtes sauvés » (Ep 2, 4-10) ? « Nous n'avons en propre que notre péché » disait St François d'Assise !

« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
Selon ta grande miséricorde,
efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

 Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère.
Mais tu veux au fond de moi la vérité ;
Dans le secret, tu m’apprends la sagesse.

 Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur ; 
Lave-moi et je serai blanc, plus que la neige.
Détourne ta face de mes fautes, enlève tous mes péchés.

 Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
Renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton Esprit Saint.

 Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés.

 Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange.
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ;
 

Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.
Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem. »
( Psaume 50, 3-20) 
 

L'Ermite

vendredi 2 mars 2018

CE TEMPLE , C'EST VOUS !

TROISIÈME DIMANCHE DE CARÊME

(Jn 2, 13-25)


L'ancêtre du Temple, n'est autre que le Tabernacle, qui contenait les Tables de la Loi (Thora) . Le peuple de la Bible était constitué, à son origine, de nomades qui vivaient sous la tente. Les tentes ont gagné une force symbolique pour devenir plus qu’un lieu de vie, avec une tente particulièrement sainte qui est souvent mentionnée dans la Bible : la tente de la Rencontre. Elle était considérée comme le lieu de la Rencontre avec Dieu, c’est là qu’on pouvait Le consulter. Moïse va dans cette tente, pour recevoir les ordres de Dieu. Elle était vue comme un Temple portatif, précurseur du Temple de Salomon. Cette tente était le lieu où l’on plaçait l’Arche de l’Alliance, le coffre contenant les tables de la loi, reçues par Moïse sur le Sinaï. La Tente, était située, à l’extérieur du campement
 
Plus tard, dans l’histoire, cette tente évoque le temps de la découverte du Seigneur dans le désert suite à la libération de l’Égypte. La Présence divine s'y manifeste par une nuée « Tout le peuple voyait la colonne de nuée qui se tenait à l'entrée de la tente; et tout le peuple se levait, et chacun se prosternait à l'entrée de sa tente. Et le Seigneur parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami. Moïse retournait ensuite au camp; mais son serviteur, Josué, fils de Nun, jeune homme, ne s'éloignait pas du milieu de la tente. (Exode 33)
 
La Tente de la Rencontre, le Temple qui lui succède, sont des lieux sacrés, réservés à la Rencontre de Dieu ce qui suit n'a donc rien de surprenant : « Comme la Pâque juive était proche,Jésus monta à Jérusalem.Dans le Temple, il trouva installés les marchands de
bœufs, de brebis et de colombes,et les changeurs.Il fit un fouet avec des cordes,et les chassa tous du Temple,ainsi que les brebis et les bœufs ;il jeta par terre la monnaie des changeurs,renversa leurs comptoirs,et dit aux marchands de colombes :« Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » Jésus, et c'est légitime, ne peut admettre que ce lieu destiné à la Rencontre de Dieu, donc, à la prière, devienne un espace de commerce . L'amour de Dieu est gratuit et, dans un lieu destiné à une relation de gratuité on vient faire des affaires financières : c'est insupportable , Jésus le dit haut et fort et prend les moyens pour que cela ne se renouvelle pas ! « Car le zèle de ta maison me dévore, Et les outrages de ceux qui t'insultent tombent sur moi. Je verse des larmes et je jeûne, Et c'est ce qui m'attire l'opprobre;… » Psaume 69,10
« Car Christ ne s'est point complu en lui-même, mais, selon qu'il est écrit: Les outrages de ceux qui t'insultent sont tombés sur moi. » Rom 15,3

Aujourd'hui, l'église succède au Temple, à nous de voir , si nous avons le zèle de Jésus pour permettre que nos églises soient ces lieux de recueillement qui permettent la Rencontre de Dieu.

N'oublions pas, par ailleurs, que nous sommes, depuis notre baptême, le « Temple de l'Esprit Saint :
« N'oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous. » (1Corinthiens 3)
« Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l'Esprit Saint, qui est en vous et que
vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur a payé le prix de votre rachat. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps » (1Corinthiens 6)

Que faisons-nous du Temple de notre corps ? Avons-nous conscience de notre dignité ? Comment traitons-nous ce corps qui nous est confié et qui est la demeure de l'Esprit Saint 
 
Le risque est, soit de l’idolâtrer, soit de le négliger jusqu'au mépris, soit de lui demander trop, jusqu'à l'extrême , au point de l'user avant l'heure ! Notre corps a certes d'énormes potentialités que nous devons apprendre à gérer raisonnablement par respect de l'Auteur et de soi-même ! Rendons grâce au Seigneur pour ce merveilleux outil et accordons-lui tout le soin qui convient de façon intelligente et mesurée afin qu'il puisse longtemps servir son Créateur !

Quant aux corps de nos frères quel est notre regard ? Quel respect avons-nous à leur égard ? Prenons-nous soin des plus fragiles, ? ...

Devant la sainte colère de Jésus « Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit :L’amour de ta maison fera mon tourment. »Ce verset révèle à quel point les disciples eux-mêmes fréquentaient l’Écriture Sainte. Ce sont les détracteurs de Jésus qui s'insurgent et remettent en question la fermeté de intervention de Jésus :Des Juifs ( rappelons au passage que Jésus est Lui-même Juif, il n'y a donc pas de connotation négative ici. C'est un état de fait) l’interpellèrent :« Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » 
 
La question que nous pouvons nous poser c'est la tournure de leur interrogation : ils demandent un signe , pourquoi ? Nous sommes au tout début de l’Évangile de Jean ! Cet épisode, chez Jean, suit immédiatement celui de l'eau changée en vin pour venir au secours de jeunes mariés, à la demande de Marie Sa Mère. On sait très bien que les nouvelles circulent très vite , certains connaissent l'origine de Jésus : « que peut-il sortir de bon de Nazareth ?» le miracle de Cana pose question et voilà qu'aujourd'hui Jésus se permet de libérer la Maison de Son Père, d'un encombrement indigne du climat qui devrait être le sien ! A mon avis, nous sommes là devant un début de polémique qui ne fera que s'amplifier avec le temps et Jésus, reconnaissons-le, ne cherche pas à se défausser, mais Il utilise un langage particulièrement abstrait pour ceux qui le suivent avec un œil inquisiteur, pour les autres aussi d'ailleurs !

Jésus leur répondit :« Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »Les
Juifs lui répliquèrent :« Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire,et toi, en trois jours tu le relèverais ! »Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. La première difficulté vient du langage, Jésus et ses interlocuteurs ne mettent pas les mêmes réalités sous des mots identiques ! Les uns pensent à la construction faite de pierres, alors que Jésus, parle du Sanctuaire de son Corps, lequel abrite en effet la divinité.Son Corps est sanctuarisé, Il est ce « Saint des Saints » où Dieu s'abrite, où Dieu se cache.Les compatriotes de Jésus attendent bien le Messie, mais un Messie tout autre, un Messie guerrier qui les libérera de l'occupant non, de « l'occupant - péchés, passions, » ils attendent un Messie qui leur rendra leur terre, or Jésus n'a pas de terre personnelle, mieux, Il les a toutes puisqu'Il en est le Créateur ! Comment reconnaître le Créateur, la Sagesse éternelle, sous ce voile humain qui est Sa demeure. Reconnaissons la difficulté, ne crions pas trop vite au scandale . Tout cela nous semble relativement évident, mais nous avons 2000 ans de christianisme, eux devaient apprendre à reconnaître un Dieu pauvre, un Dieu sans armée, ni armure, un ami des petits, des plus petits ! Il leur fallait descendre de haut et cela suppose un retournement, un renversement des mentalités, des valeurs, une conversion absolue, c'est le monde à l'envers ! D'ailleurs, ses apôtres, s'ils Lui font confiance, ne comprennent pas tout, loin s'en faut ! Souvenons-nous de l’Évangile de la Transfiguration . Trois d'entre eux ont été bouleversés mais jusqu'à quel point ! En redescendant de la montagne ils s'interrogent sur le sens des propos de Jésus : «  Et ils gardèrent pour eux la chose, tout en se demandant entre eux ce que signifiait " ressusciter des morts ". (Marc 9) 

 Pour comprendre, pour se mettre vraiment en route, prendre ses responsabilités il faudra non seulement le tombeau vide mais des apparitions diverses et variées ! Chacun devra faire cette expérience unique, tel Thomas, absent au bon moment, qui n'adhérera qu'à l'heure de la Rencontre personnelle. Oui, une rencontre personnelle, qui est toujours une grâce personnelle, est indispensable pour consentir à l'invraisemblable de la Foi ! Le baptême, pour chacun de nous est un don, mais en puissance, que chacun doit ratifier à un moment et il ne le peut en vérité, qu'au cœur d'une expérience unique, personnelle, individuelle, à nulle autre pareille! D'où ce verset qui suit :Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts,ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

Il en est de même dans nos vies , la plupart du temps, c'est après coup qu'il nous est donné de comprendre les passages et la Présence du Seigneur dans nos vies . Nous devons apprendre à relire notre vie à la lumière de l’Écriture Sainte  pour dire avec Thomas dans un élan du cœur : « Mon Seigneur et mon Dieu » !

Souvenons-nous de Jacob :Voici que je suis avec toi ; je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai sur cette terre ; car je ne t'abandonnerai pas avant d'avoir accompli ce que je t'ai promis. » Jacob sortit de son sommeil et s'écria : « Vraiment, le Seigneur est dans ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas. » Saisi de crainte, il disait : « Que ce lieu est redoutable ! Il est réellement la maison de Dieu, la porte du ciel ! » (Genèse 28)

De Saint Paul sur la route de Damas et plus près de nous, Claudel « Et c'est alors que se produisit l'événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d'une telle force d'adhésion, d'un tel soulèvement de tout mon être, d'une conviction si puissante, d'une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d'une vie agitée, n'ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher."

Péguy« Mon vieux, écrit-il à Lotte, j'ai senti que c’était grave... J'ai fait un pèlerinage à Chartres... J'ai fait 144 km en trois jours... On voit le clocher de Chartres à 17 km sur la plaine... Dès que je l'ai vu, ça a été une extase. Je ne sentais plus rien, ni la fatigue, ni mes pieds. Toutes mes impuretés sont tombées d'un seul coup, j’étais un autre homme. J'ai prié une heure dans la cathédrale le samedi soir; j'ai prié une heure le dimanche matin avant la grand-messe... J'ai prié comme je n'avais jamais prié, j'ai pu prier pour mes ennemis... Mon gosse est sauvé, je les ai donnés tous trois à Notre-Dame. Moi, je ne peux pas m’occuper de tout... Mes petits ne sont pas baptisés. A la Sainte Vierge de s'en occuper. »

 Et tant d'autres !


A Jérusalem, où Il est arrivé, Jésus ne se cache pas, Il agit en Sauveur venu pour faire connaître Son Père et pour soulager l'homme de ses souffrances :Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque,beaucoup crurent en son nom,à la vue des signes qu’il
accomplissait.Jésus, lui, ne se fiait pas à eux,parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme Jésus n'est pas dupe, Il connaît le fond des cœurs, Il en est le Créateur ! Il connaît les fragilités des uns et des autres, Il sait que ceux qui Le louent aujourd'hui pour les bienfaits dont ils bénéficient, demain crieront avec la foule « a mort, crucifie-le ». Jésus ne se laisse pas arrêter par nos limites, Il ne manifeste aucune acrimonie, son cœur est parfaitement libre, Il est venu en Sauveur et Il est prêt à en payer le prix ! 
 
Il est bon de nous arrêter quelques instants sur les agissements de Jésus et de tenter de mettre honnêtement les nôtres en parallèle ! Avons-nous cette générosité absolue qui donne et donne encore de soi-même quelles que soient les circonstances , jusque dans d'éventuelles trahisons ? Pouvons-nous faire nôtre jusque dans les moindres détails, cette prière attribuée à St François d'Assise :

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix :
Là où il y a de la haine, que je mette l'amour,
Là où il y a l'offense, que je mette le pardon,
Là où il y a la discorde, que je mette l'union,
Là où il y a l'erreur, que je mette la vérité,
Là où il y a le doute, que je mette la foi,
Là où il y a le désespoir, que je mette l'espérance,
Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière,
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.
Ô Maître, que je ne cherche pas tant :
À être consolé... qu'à consoler,
À être compris... qu'à comprendre
À être aimé... qu'à aimer.
Car,
C'est en donnant... qu'on reçoit,
C'est en s'oubliant... qu'on trouve,
C'est en pardonnant... qu'on est pardonné,
C'est en mourant... qu'on ressuscite à la vie éternelle.
Amen. 

 
Dire cette prière est une chose, la faire sienne dans les événements de notre vie, en est une autre ! Pour cela il est indispensable « de garder son regard fixé sur Jésus » , le seul capable de nous apprendre l'amour vrai, gratuit, total !

L'Ermite

vendredi 23 février 2018

ILS DESCENDIRENT DE LA MONTAGNE

DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME

Année B


(Mc 9, 2-10)
 
L’Évangile de ce dimanche est d'une très grande intensité spirituelle, pour les apôtres, pour les disciples de Jésus que nous sommes, par grâce.

La « transfiguration », littéralement, « le changement de figure », révèle, pour un cours instant, le vrai visage de Jésus , le Fils de Dieu.
Lui, de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu Phil 2, en effet Dieu s'est caché dans notre chair, Il s'est habillé de notre chair, au point de voiler Sa divinité «et reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui; (Philippiens 2) mais la Transfiguration permet, pour un cours instant de voir Son véritable visage, resplendissant d'un éclat inégalable, d'un éclat qui vient de l'Ailleurs qui participe à la Majesté même du Père, avec qui Il est UN.

Souvenons-nous de Moïse « Or, si le ministère de la mort, gravé en lettres sur des pierres, a été entouré de gloire au point que les fils d'Israël ne pouvaient fixer leurs regards sur la face de Moïse à cause de l'éclat de son visage, tout passager qu'il fût, combien plus le ministère de l'esprit ne sera-t-il pas entouré de gloire? (2Corinthiens 3) l'Ancien Testament
décrivait déjà le visage de Moïse , brillant d'un éclat surnaturel, soulignant ainsi l'origine divine de ses rendez-vous sur la montagne, et, par déduction, de la loi mosaïque «et les fils d'Israël voyaient rayonner son visage. Puis il remettait le voile sur son visage jusqu'à ce qu'il rentrât pour s'entretenir avec le Seigneur. »  (Exode 34) 

Les personnes de Moïse et d’Élie sont les deux personnages les plus importants de la Bible juive. Ils représentent respectivement la loi (la Torah) et les visionnaires (les prophètes). La transfiguration, en décrivant la conversation de ces deux personnes avec Jésus, montre comment Jésus assume ces deux traditions, l'Ancienne et la Nouvelle Alliance.

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean,et les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. En tant que disciples du baptiste, Pierre et Jacques sont présents lors du baptême de Jésus et ils ont sans doute entendu la voix du Père «Or, il arriva en ces jours-là que Jésus vint de Nazareth de Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. Et, comme il remontait de l'eau, il vit les cieux entr'ouverts et l'Esprit qui descendait sur lui, comme une colombe. Et il y eut une voix des cieux : " Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis mes complaisances. (Marc 1)

Lorsque Le chef de la synagogue demande à Jésus d'intervenir pour sa fille gravement malade Jésus «  Il ne laissa personne l'accompagner, sinon Pierre, Jacques, et Jean son frère. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l'agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. (Marc 5)

Au Jardin des Oliviers c'est toujours Pierre, Jacques et cette fois, Jean le disciple bien-aimé « Il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Demeurez ici et veillez. » S'écartant un peu, il tombait à terre et priait pour que, s'il était possible, cette heure s'éloigne de lui. Il disait : « Abba ... Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux (Marc 14)

Au Baptême au moins deux d'entre eux entendent la voix du Père, les trois sont témoins de la résurrection de la fille de Jaïre, nous les retrouvons ici à la Transfiguration ce n'est pas innocent ! En effet, c'est encore eux qui seront invités à se faire proche de Jésus au Jardin des Oliviers. Comment tenir devant une telle souffrance et semblable débâcle, s'il n'y a pas eu, auparavant , un avant - goût du mystère. Nous savons que malgré tout cela il y aura des ratés, Pierre renie, Jacques et les autres fuient, Judas trahit, seul Jean reste debout au pied de la Croix avec Marie, la Mère de Jésus ! Nous pouvons penser qu'après la mort de Jésus, enfermés dans le cénacle, tout ces événements font surface , qu'au bout du tunnel de la Passion commence à sourdre la lumière qui sera couronnée par l'appel à la visite au tombeau vide et les différentes apparitions de Jésus après la Résurrection !

Pierre, quant à lui, ne peut pas, ne pas se souvenir des Paroles qui lui furent adressées par Jésus : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » !! et « Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » Pierre lui dit : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. » Jésus reprit : « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd'hui avant que, par trois fois, tu aies affirmé que tu ne me connais pas. » (Luc 22)

Que ce soit pour les apôtres ou dans nos vies personnelles, tout a du sens, absolument tout , le Seigneur conduit tout, et, si nous savons regarder, si nous relisons nos vies à la lumière de l’Écriture Sainte, nous sommes forcés d'admettre qu'hier préparait notre aujourd'hui, alors nous rendrons grâce et pourrons adorer en vérité !

Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.
Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage devint autre, et son vêtement d'un blanc éblouissant. (Luc 9)
Et il se transfigura devant eux: son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. (Matthieu 17)

Marc nous dit que Jésus fut transfiguré, Luc que son visage devint autre, et Matthieu son visage resplendit comme le soleil, Luc précise qu'à ce moment-là Jésus priait. Que pouvons-nous comprendre et retenir ? Que la prière , la vraie, cette prière qui plonge l'être dans le cœur du Père, est transformante et que toute proportion gardée quand nous prions vraiment, Le Père nous transforme à l'intérieur et à l'extérieur. Nous n'en avons pas nécessairement conscience, mais cela EST ! Là où Dieu est PRÉSENT , cela se voit, les incroyants, ou les mal-croyants ne le nient pas, bien au contraire.

Si le Visage de Jésus resplendit comme le soleil, Il est d'une luminosité telle que c'est difficilement soutenable, certaines icônes représentent les apôtres complètement retournés, tellement la surprise est grande et le rayonnement brûlant !

Quand brûlerons-nous comme Jésus ? Quand nos frères seront-ils renversés en essayant de nous regarder !
 
Il n'y pas que le visage de Jésus qui change mais Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Marc "son vêtement d'un blanc éblouissant". (Luc 9) "ses vêtements devinrent blancs comme la lumière". (Matthieu 17)

Selon les spécialistes le blanc n'existe pas , la lumière est en effet ce qui le définit le mieux. Le blanc de blanc, comme dit la publicité, brûle les yeux, trop de lumière oblige à prendre les moyens d'atténuer cette luminosité . Les Prophètes, notamment Daniel, voient la divinité revêtue d'un manteau blanc et d'une barbe blanche ou comparée à de la laine pure ( Daniel 7 et 10) 
 
Dans la symbolique des couleurs le blanc est symbole de pureté, d'innocence. Au début du christianisme, le baptême était un rite initiatique et se nommait « l'Illumination ». Après avoir prononcé « ses promesses», le nouveau chrétien naissait à sa véritable vie . Il revêtait, selon le Pseudo-Denys, des habits d'une éclatante blancheur. Dans cette « trans-figuration » de Jésus, nous sommes invités à voir tout cela et, surtout la manifestation de Sa divinité. Si les trois apôtres choisis bénéficient de cette grâce insigne n'est-ce pas pour leur permettre de garder la foi au moment de l'abaissement « Il s'est abaissé lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse, à la gloire de Dieu le Père, que Jésus-Christ est Seigneur» (Philippiens 2)
 
N'est-ce pas pour soutenir notre marche que le Seigneur, nous fait don de moments privilégiés ( retraite, intensité dans la prière,immanence parfois, signes évocateurs...) qui nous permettent de tenir dans l'épreuve et de porter notre regard plus loin ? 
 
Élie leur apparut avec Moïse,et tous deux s’entretenaient avec Jésus. ( Nous avons évoqué le sens de cette présence plus haut) Pierre alors prend la parole et dit à Jésus :« Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes :une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »De fait, Pierre ne savait que dire,tant leur frayeur était grande. La réaction de Pierre n'a rien de surprenant ! Les apôtres vivent une grâce d'exception, d'une intensité à nulle autre pareille, on peut imaginer qu'ils éprouvent une immense paix, la grâce des grâces ! Ils sont inondés par la lumière qui émane de Jésus, ils sont associés à Son intimité, ils perçoivent Sa Gloire comment auraient-ils envie de redescendre pour affronter la banalité et parfois la cruauté du quotidien et entendre les sarcasmes des ennemis de leur Maître ? Le désir de Pierre est légitime et parfaitement altruiste puisqu'il parle de dresser une tente pour Jésus, pour Moïse et Élie, dans son élan, il en vient à s'oublier et à oublier ses frères ! La paix et la joie le (les) comblent, ils resteraient bien là pour l'éternité si une nuée les couvrit de son ombre,et de la nuée une voix se fit entendre :« Celui-ci est mon Fils bien-aimé :écoutez-le ! »

La nuée céleste qui les enveloppe est le signe de la présence divine « La nuée couvrit la tente de la Rencontre, et la gloire du Seigneur emplit la Demeure. Moïse ne pouvait pénétrer dans la tente de la Rencontre, à cause de la nuée qui reposait sur elle et de la gloire du Seigneur qui remplissait la Demeure. A chaque étape, lorsque la nuée s'élevait et quittait la Demeure, les fils d'Israël se mettaient en marche. Si la nuée ne s'élevait pas, ils restaient sur place jusqu'au jour où elle s'élevait. » (Exode 40) 

 La voix céleste affirme la divinité du Fils pour enjoindre les disciples à l’écouter. Selon le texte évangélique. Écouter Jésus, c’est-à-dire, lui obéir avec intelligence, c’est donc obéir à la Sagesse éternelle, dont la Loi et les Visionnaires bibliques furent des expressions partielles. La religion juive trouve ici son accomplissement et son dépassement dans la religion chrétienne, laquelle contient la religion juive et la transcende. Dans la Bible, Moïse et Élie avaient eu la révélation de leur message sur une montagne : « Lorsque le Seigneur eut achevé de parler à Moïse sur la montagne de Sinaï, il lui donna les deux tables du témoignage, tables de pierre, écrites du doigt de Dieu. (Exode 31) et Élie se leva, mangea et but, et, avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, à Horeb. (1Rois (CP) 19) 
la transfiguration donne un visage à cette révélation. Ce que ces deux personnes avaient entre-aperçu sur leur montagne était la Raison divine faite homme, Jésus. Les apôtres vont devoir, maintenant, se rendre à l'évidence : ils viennent de recevoir une grâce incomparable, chargée de force et d'intelligence de la foi . Cette grâce exceptionnelle est comme un fortifiant qui devrait leur permettre d'affronter, le moment venu, la dure réalité du rejet de leur Maître, ils doivent à présent revenir à la réalité du quotidien. Ce qui vient de se passer est un avant-goût de ce qu'ils vivront et que tout chrétien est appelé à vivre durant l'éternité. Pour le moment il convient de continuer le combat contre les passions qui agitent l'être intérieur mais aussi celles du monde environnant, la route est encore longue, ils ne doivent pas céder à la « gourmandise spirituelle : « dressons ici trois tentes... » le monde les attend , tout en continuant à se former à l’École de Jésus, il leur revient d'annoncer la Bonne Nouvelle de l'Amour infini de Dieu aussi : Soudain, regardant tout autour,ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.Ils descendirent de la montagne,et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu,avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.Et ils restèrent fermement attachés à cette parole,

Comblés , débordants d’allégresse, ils osent ouvrir les yeux, et, stupéfaction : ils ne virent plus que Jésus seul ! L’Évangile ne dit rien de ce douloureux moment où il est impératif de revenir à la banalité du quotidien , nous savons simplement qu'Ils descendirent de la montagne, Sans doute ne réalisent-ils pas encore le privilège dont ils ont été gratifiés et qui engage l'a-venir, ils apprennent seulement qu'il ne doivent raconter à personne ce qu’ils avaient vu,avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, Et c'est Jésus qui leur en donne l'ordre en des termes qui malgré tout les dépasse. La Passion-Résurrection le prouvera ce n'est qu'avec la venue de l'Esprit Saint que tous ces événements trouveront leur accomplissement et que leurs yeux s'ouvriront vraiment. « Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: "C'est le Seigneur!" Simon-Pierre, ayant entendu que c'était le Seigneur, mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu, et se jeta dans la mer. » (Jean 21)

Jésus s'approcha, et prenant le pain, il leur en donna; il fit de même du poisson. C'était déjà la troisième fois que Jésus apparaissait à ses disciples, depuis qu'il avait ressuscité des morts.Lorsqu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre: " Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci?" Il lui répondit: "Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime." Jésus lui dit: "Pais mes agneaux." Il lui dit une seconde fois: "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu?" Pierre lui répondit: " Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime." Jésus lui dit: "Pais mes agneaux." Il lui dit pour la troisième fois: "M'aimes-tu?" et il lui répondit: "Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez bien que je vous aime." Jésus lui dit: "Pais mes brebis." (Jean 21)



Simon avait bien besoin d'être conforté dans Sa Mission de Pasteur universel, de colonne de l’Église naissante, devant ses frères, Jésus, le Miséricordieux le sait, et le confirme dans l'appel initial « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église … Pais mes agneaux, paix mes brebis ! » 
 
Je marcherai en présence du Seigneur
sur la terre des vivants
. (114, 9)

Je crois, et je parlerai,
moi qui ai beaucoup souffert. 
Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !

Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?
Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple,
à l’entrée de la maison du Seigneur,
au milieu de Jérusalem !
L'Ermite