vendredi 15 novembre 2024

PETITE FILLE ESPERANCE

 

PETITE FILLE ESPÉRANCE


TRENTE TROISIÈME DIMANCHE


DU TEMPS ORDINAIRE

Année B



(Mc 13, 24-32)

Jésus parlait à ses disciples de sa venue :    « En ces jours-là, après une grande détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ;    les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées.    Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire.    Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde,
depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.

Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche.   De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte.Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père. »

Avec le chapitre 13 de St Marc nous sommes à la veille de la Passion du Seigneur, le propos de ce jour nous prépare indirectement, au grand bouleversement de la Passion/Résurrection  !

Jésus veut aider Ses disciples à voir au-delà de ce chamboulement ,en des termes de style apocalyptique, bien connu à cette époque, voir la première lecture, En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui se tient auprès des fils de ton peuple. Car ce sera un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu depuis que les nations existent, jusqu’à ce temps-ci. Mais en ce temps-ci, ton peuple sera délivré,tous ceux qui se trouveront inscrits dans le Livre.    Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle,les autres pour la honte et la déchéance éternelles Dn 12. penser aussi à l'Apocalypse de Saint Jean !

Jésus veut orienter leurs regards et leurs cœurs, au delà du drame qu'ils vivront prochainement , à savoir : Son retour en Gloire, à la fin des temps . Jésus veut les aider à voir plus loin que le grand mystère de Sa mort sur une croix, Il veut leur permettre de pressentir que ce monde n'a de sens que dans la pensée du Père et qu'il trouvera son aboutissement quand Lui, Jésus, sera « tout en tous » Jésus veut les éveiller à cette Espérance. Alors, quand tout sera sous le pouvoir du Fils, il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous. 1 Co. 15, 28

Alors, il n'y a plus de Grec et de Juif, d'Israélite et de païen, il n'y a pas de barbare, de sauvage, d'esclave, d'homme libre, il n'y a que le Christ : en tous, il est tout. Co 3,11

 

« En ces jours-là, après une grande détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ;    les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées.    Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire.    Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.

Jésus veut les établir dans l'Espérance de ce monde à venir, tendus, comme l'écrit St Paul vers ce but ultime :

 Oui, je considère tout cela comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ,

 et, en lui, d’être reconnu juste, non pas de la justice venant de la loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ, la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi.

 Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en devenant semblable à lui dans sa mort,avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts.

Certes, je n’ai pas encore obtenu cela, je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus.Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.

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 Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre. Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus

Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend même capable de tout mettre sous son pouvoir. Ph. 3 C'est justement à cette Espérance que Jésus veut les élever en leur proposant de contempler, avec Lui, un figuier qui se prépare à revivre après un hiver rigoureux !

Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier :dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche.    De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte.    Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive.    Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.    Quant à ce jour et à cette heure-là,nul ne les connaît,pas même les anges dans le ciel,pas même le Fils,mais seulement le Père. »

Ces versets peuvent être troublants et en troublent plus d'un . Il me semble toutefois qu'il est extrêmement important de nous attacher essentiellement aux deux derniers d'entre eux. Un : les Paroles du Maître subsisteront elles sont vraies de toujours à toujours

Deux : le Père seul est détenteur du secret, , le Fils Lui-même ne sait pas !

De même que la venue de l'été entraîne un bouleversement absolu dans l'évolution d'un figuier d'une saison à l'autre, de même les signes avant-coureurs du retour du Christ entraînera un bouleversement cosmique dont qu'il ne faut pas craindre les effets et manifestations puisqu'il s'agira là de l'accomplissement total du dessein du Père ! Pour nous il convient de vivre pleinement l'aujourd'hui de Dieu en ayant pour absolue certitude que ces paroles trouveront leur achèvement dans l'éternel présent divin!

Il y aura bien un moment précis, lequel est connu du Père seul, et nous sommes conviés à cette heure, dans la seule espérance qui donne foi au Christ qui affirme que ses paroles demeureront éternellement !

Rappelons que la Transfiguration, que nous célébrons le 6 août chaque année, est un avant-goût de l’Avènement du Christ quand Il reviendra dans la Gloire, quand, Lui, le Bien-Aimé du Père sera TOUT EN TOUS  !

Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous soyez en état d'échapper à tout ce qui doit arriver et de vous maintenir devant le Fils de l'homme. Lc 21,36



La petite espérance de Charles Péguy



La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance

Ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'espérance.

Et je n'en reviens pas.

Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout.

Cette petite fille espérance. Immortelle.

Car mes trois vertus, dit Dieu.

Les trois vertus mes créatures. Mes filles mes enfants.

Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.

De la race des hommes.

La Foi est une Épouse fidèle.

La Charité est une Mère.

Une mère ardente, pleine de cœur.

Ou une sœur aînée qui est comme une mère.




L'Espérance est une petite fille de rien du tout.

Qui est venue au monde le jour de Noël de l'année dernière.

Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.

Avec ses petits sapins en bois d'Allemagne couverts de givre peint.

Et avec son bœuf et son âne en bois d'Allemagne. Peints.

Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.

Puisqu'elles sont en bois.

C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.

Cette petite fille de rien du tout.

Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.

Comme l’étoile a conduit les trois rois du fin fond de l’Orient.

Vers le berceau de mon fils. Ainsi une flamme tremblante.

Elle seule conduira les Vertus et le Monde.

Une flamme percera des ténèbres éternelles.

Le prêtre dit. Ministre de Dieu, le prêtre dit :

Quelles sont les trois vertus théologales ?

L’enfant répond

Les trois vertus théologales sont la Foi, l’Espérance et la Charité.

  • Pourquoi la Foi, l’Espérance et la Charité

    sont- elles appelées vertus théologales ?

  • La Foi, l’Espérance et la Charité

    sont appelées vertus théologales

    parce qu’elles se rapportent immédiatement à Dieu.

  • Qu’est-ce que l’Espérance ?

    L’Espérance est une vertu surnaturelle

    par laquelle nous attendons de Dieu, avec confiance,

  • sa grâce en ce monde et la gloire éternelle dans l’autre.


  • Faites un acte d’Espérance. –

    • Mon Dieu, j’espère, avec une ferme espérance, que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ, votre grâce en ce monde, et si j’observe vos commandements, votre gloire dans l’autre, parce que vous me l’avez promis, et que vous êtes souverainement fidèle dans vos promesses.

      On oublie trop, mon enfant, que l’espérance est une vertu, qu’elle est une vertu théologale, et que des trois vertus théologales, elle est peut-être la plus agréable à Dieu. Qu’elle est assurément la plus difficile, qu’elle est peut-être la seule difficile et que sans doute elle est la plus agréable à Dieu.

      La foi va de soi. La foi marche toute seule. Pour croire il n’y a qu’à se laisser aller, il n’y a qu’à regarder. Pour ne pas croire il faudrait se violenter, se torturer, se tourmenter, se contrarier. Se raidir. Se prendre à l’envers, se mettre à l’envers, se remonter. La foi est toute naturelle, toute allante, toute simple, toute venante. Toute bonne venante. Toute belle allante. C’est une bonne femme que l’on connaît, une vieille bonne femme, une bonne vieille paroissienne, une bonne femme de la paroisse, une vieille grand-mère, une bonne paroissienne. Elle nous raconte les histoires de l’ancien temps, qui sont arrivées dans l’ancien temps. Pour ne pas croire, mon enfant, il faudrait se boucher les yeux et les oreilles. Pour ne pas voir, pour ne pas croire.

      La charité va malheureusement de soi. La charité marche toute seule. Pour aimer son prochain il n’y a qu’à se laisser aller, il n’y a qu’à regarder tant de détresse. Pour ne pas aimer son prochain il faudrait se violenter, se torturer, se tourmenter, se contrarier. Sa raidir. Se faire mal. Se dénaturer, se prendre à l’envers, se mettre à l’envers. Se remonter. La charité est toute naturelle, toute jaillissante, toute simple, toute bonne venante. C’est le premier mouvement du cœur. C’est le premier mouvement qui est le bon. La charité est une mère et une sœur. Pour ne pas aimer son prochain, mon enfant, il faudrait se boucher les yeux et les oreilles. À tant de cris de détresse.

      Mais l'espérance ne va pas de soi. L'espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bien heureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce. C’est la foi qui est facile et de ne pas croire qui serait impossible.

      C’est la charité qui est facile et de ne pas aimer qui serait impossible. Mais c’est d’espérer qui est difficile. à voix basse et honteusement Et le facile et la pente est de désespérer et c’est la grande tentation.

      La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend pas seulement garde à elle. Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs la petite espérance S'avance. Entre ses deux grandes sœurs. Celle qui est mariée. Et celle qui est mère. Et l'on n'a d'attention, le peuple chrétien n'a d'attention que pour les deux grandes sœurs. La première et la dernière. Qui vont au plus pressé. Au temps présent. À l'instant momentané qui passe. Le peuple chrétien ne voit que les deux grandes sœurs, n'a de regard que pour les deux grandes sœurs. Celle qui est à droite et celle qui est à gauche.

      Et il ne voit quasiment pas celle qui est au milieu. La petite, celle qui va encore à l'école. Et qui marche. Perdue entre les jupes de ses sœurs. Et il croit volontiers que ce sont les deux grandes qui traînent la petite par la main. Au milieu. Entre les deux. Pour lui faire faire ce chemin raboteux du salut. Les aveugles qui ne voient pas au contraire. Que c'est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs. Et que sans elle elles ne seraient rien. Que deux femmes déjà âgées. Deux femmes d'un certain âge. Fripées par la vie. C'est elle, cette petite, qui entraîne tout. Car la Foi ne voit que ce qui est. Et elle elle voit ce qui sera. La Charité n'aime que ce qui est. Et elle elle aime ce qui sera. La Foi voit ce qui est. Dans le Temps et dans l'Éternité. L'Espérance voit ce qui sera. Dans le temps et dans l'éternité. Pour ainsi dire le futur de l'éternité même. La Charité aime ce qui est. Dans le Temps et dans l'Éternité. Dieu et le prochain. Comme la Foi voit. Dieu et la création. Mais l'Espérance aime ce qui sera. Dans le temps et dans l'éternité. Pour ainsi dire dans le futur de l'éternité. L'Espérance voit ce qui n'est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n'est pas encore et qui sera Dans le futur du temps et de l'éternité. Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs, Qui la tiennent pas la main, La petite espérance. S'avance. Et au milieu entre ses deux grandes sœurs elle a l'air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n'aurait pas la force de marcher. Et qu'on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité c'est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne. Et qui fait marcher tout le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite.

      Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1912


      L'Ermite


vendredi 8 novembre 2024

APPARENCE OU DISCRÉTION ?


TRENTE DEUXIÈME DIMANCHE


DU TEMPS ORDINAIRE

Année B



(Mc 12, 38-44)

Dans son enseignement, Jésus disait aux foules :« Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.    Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »   

Apparence ou discrétion ? Quel est mon choix , ma ligne de conduite ? Ostentatoire ou modeste ? M'as-tu-vu(e) ? Est-ce que je parle, ris, agis avec discrétion ou, comme les Scribes de cette péricope, j'aime à crier haut et fort mes éventuelles performances ? Comme les Scribes encore, est-ce que je j'agis pour attirer l'attention, me faire remarquer, exprimer, par ma conduite, ma manière de vivre : « c'est môoi, avec un bel accent circonflexe ! » Suis-je de ceux et celles qui s'habillent de façon à capter l'attention, au lieu de me fondre dans la masse pour passer inaperçu(e) ?

Jésus nous met en garde :« Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Les scribes ! Les Scribes sont des gens savants et puissants. Ils sont ceux qui scrutent les Écritures et s’érigent en maîtres de leur interprétation. Ils aiment, comme le dit Jésus, être reconnus et attirer l'attention 

Encore une fois, comme les Scribes, est-ce que je recherche les premières places , la compagnie des grands de ce monde ? Est-ce que je revendique les places d'honneur ? Ce genre de recherche peut hélas contaminer ma vie, jusque dans ma relation à Dieu et Jésus le sait, car Rien ne Lui échappe. Ils font de longues prières : ( pour être vu(es) et bien perçu(e)s), alors que l'intérieur, dit Jésus ailleurs, n'est que rapine : Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, et que vous négligez les points les plus graves de la Loi: la justice, la miséricorde et la foi! Il fallait pratique ceci sans omettre cela. Conducteurs aveugles, qui filtrez le moustique, et avalez le chameau! Mt 23

«  ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »Certaines longues prières n'ont d'autre objectif que celui d'attirer l'attention. Certes, la prière est une excellente chose, à condition qu'elle produise les fruits qui lui correspondent ; la paix, la simplicité , l'amour des frères, l'attention et le souci des autres, le partage, en un mot : la conversion constante du cœur ... 

Ils dévorent les biens des veuves dénonce Jésus, et cela peut arriver même dans nos milieux dits religieux ! Sommes-nous de ces profiteurs qui utilisent l'autre ? Le flattent pour en obtenir quelque retour ? C'est contre toutes ces déviances, car il s'agit bien de cela, que Jésus nous met en garde, Il nous appelle à la simplicité, à la vérité de l'être, au respect des plus faibles, à un juste regard sur nos frères et c'est bien ce qu'Il met en exergue dans cette étonnante scène où Lui -même se pose en observateur avisé de nos comportements humains :

Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.    Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie.    Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres.    Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

« Du temps de Jésus, comment se faisaient les offrandes au temple ?Le trésor du temple était dans la Cour des femmes. « Une rangée de colonnes en faisait le tour, et dans l’allée, contre le mur, se trouvaient les treize troncs, ou “trompettes”, dans lesquels on déposait les offrandes », lit-on dans « Le temple, son ministère et ses services » 

Les troncs étaient appelés « trompettes » parce qu’ils étaient étroits au sommet et larges à la base. L’argent mis dans un tronc était réservé à un usage spécifique. Un jour, dans la Cour des femmes, Jésus a observé des fidèles, dont une veuve très pauvre, déposer. Lc 21 ( C'est notre péricope du jour mais dans St Marc)

Deux troncs étaient réservés à l’impôt du temple : un pour l’année en cours et un pour la précédente. Les troncs 3 à 7 recueillaient les sommes fixées pour, respectivement, les tourterelles, les pigeons, le bois, l’encens et les récipients d’or. Si quelqu’un avait mis de côté plus d’argent que ce qui était exigé pour un sacrifice, il déposait le surplus dans un des autres troncs. Ainsi, les troncs 8 à 12 collectaient l’argent restant des sacrifices pour le péché, des sacrifices de culpabilité, des sacrifices d’oiseaux, des sacrifices des naziréens (Mot venant d’un mot hébreu qui signifie « celui qui est séparé », « celui qui est voué », « celui qui est mis à part ». et des sacrifices des lépreux purifiés. Le tronc 13 recevait les offrandes volontaires. »

Bruce Metzger. bibliste et théologien américain

C'est dans cette cour que nous trouvons Jésus aujourd'hui alors qu'Il vient de dénoncer l'attitude des Scribes à l'égard des veuves : « Ils dévorent les biens des veuves ».

Au temps de Jésus, et déjà dans l'Ancien Testament, les veuves étaient démunies , elles ne pouvaient plus compter sur la protection d'un mari , chargé d'assurer leur subsistance. Elles vivaient donc dans une grande précarité et se trouvaient dépourvues de tout statut social. Cf notre 1 ère lecture. Quand Élie , fatigué, demande à l'une d'entre elles de venir à son aide, cette veuve, dite de Sarepta, lui répond« Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois , je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons,et puis nous mourrons. »

Jésus est attentif aux personnes et ne demande à chacune, que selon ses possibilités, ses capacités. C'était vrai hier, c'est toujours d'actualité : Jésus demande à chacun selon ses moyens, spirituels, intellectuels, psychologiques, physiques ,socio-économiques ...

«  Jésus regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.    Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie.

Le regard de Jésus ! Pharisiens et Scribes qui sont de la même « veine » n'hésitent pas à utiliser ce qu'ils savent de Jésus, y compris Sa façon de regarder, surtout quand il s'agit de Le flatter pour tenter de le piéger, Jésus les connaît mieux qu'ils ne se connaissent et sait leur échapper « les Pharisiens s'en allèrent et tinrent conseil sur le moyen de le prendre en défaut dans ses paroles. Et ils lui envoient leurs disciples, avec des Hérodiens, lui dire: " Maître, nous savons que vous êtes sincère et que vous enseignez la voie de Dieu et (toute) vérité, sans souci de personne, car vous ne regardez pas au visage des hommes. Dites-nous donc ce qu'il vous semble: Est-il permis, ou non, de payer le tribut à César? »Mt 22,15  

Le regard de Jésus sur la veuve de Naïm Le Seigneur l'ayant vue, fut touché de compassion pour elle, et il lui dit: " Ne pleurez pas. (Luc 7,13) est un regard de compassion tout comme le regard qu’il porte sur la femme courbée L'ayant vue, Jésus l'appela et lui dit: " Femme, tu es délivrée de ton infirmité. " Et il lui imposa les mains; aussitôt elle se redressa, et elle glorifiait Dieu. (Luc 13,12),ou sur les dix lépreux : Les ayant vus, il leur dit: " Allez vous montrer aux prêtres. " Et, comme ils y allaient, ils furent guéris. (Luc 17,14) et sur la veuve du Temple (Luc 21,2).  Et puis Jésus « regarde vers le haut », vers le ciel, pour une prière avant la multiplication des pains Il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, prononça la bénédiction, les rompit et les donna aux disciples pour les servir à la foule. (Luc 9,16), il regarde Zachée dans son arbre Jésus leva les yeux et lui dit: " Zachée, hâte-toi de descendre, car aujourd'hui il faut que je demeure dans ta maison. (Luc 19,5) et tout nous donne à penser que c’est le regard de Jésus qui l’a traversé, bouleversé et converti, comme l’explique si bien l’exégète de Rome le père Cantalamessa. Il y a aussi ce regard rempli d'affection , à l'adresse de Pierre après la trahison  Et à l'instant, comme il parlait encore, un coq chanta. Et le Seigneur, s'étant retourné, arrêta son regard sur Pierre, et Pierre se souvint de la parole du Seigneur, comme il lui avait dit: " Avant que le coq ait chanté aujourd'hui, tu me renieras trois fois. " Et étant sorti, il pleura amèrement. Lc 22,61

Déjà, au temps des Prophètes nous apprenions que le regard de Dieu est différent du nôtre :«Ne prends pas garde à sa figure et à la hauteur de sa taille, car je l'ai écarté. Il ne s'agit pas de ce que l'homme voit; l'homme regarde le visage, mais le Seigneur regarde le cœur.»1 Sam 16. C'est justement la façon dont Jésus regarde, hier comme aujourd'hui ! Jésus ne se laisse impressionné ni par l'apparat, ni par les gros billets déposés ostensiblement dans le trésor, ce qui Le touche et le bouleverse, c'est le modeste don d'une pauvre veuve, traduit en piécettes,(non en gros billets,) glissé discrètement et modestement dans le Trésor du Temple.

Jésus, en excellent pédagogue, qui saisit la moindre occasion, pour parfaire la formation de Ses apôtres : appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres.   Mathématiquement la remarque est aberrante, elle pourrait ne pas être prise au sérieux et provoquer les gouailleries des uns et des autres ! Il n'y a en effet , aucune commune mesure entre de gros billets de banque et les piécettes d'une pauvre veuve , et pourtant ! C'est justement les piécettes et la simplicité de cette pauvre veuve qui retiennent l'attention de Jésus qui la donne en exemple à Ses disciples. Pourquoi, Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

La différence est là ! Les premiers, quand ils partagent , ont de quoi répondre à leurs besoins et envies, ce qu'ils donnent, ne les privera pas de quoique ce soit. La pauvre veuve, au contraire, donne de son nécessaire , ici, elle donne tout, elle devra travailler d’arrache-pied pour récupérer le minimum vital pour ses enfants et elle-même.

Peut-être le Seigneur veut-Il souligner surtout, l' abandon, la confiance, la liberté intérieure de cette personne .

Comme Abraham qui est prêt à donner ce qui est le plus cher à ses yeux et à son cœur," Ne porte pas la main sur l'enfant et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique. "Gn 22,13

Comme Marie qui fait confiance car rien n'est impossible à Dieu, « car rien ne sera impossible pour Dieu. "Lc 2,37

Comme Jésus Lui-même qui donne librement Sa vie « C'est pour cela que mon Père m'aime, parce que je donne ma vie pour la reprendre.Personne ne me la ravit, mais je la donne de moi-même; j'ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre: tel est l'ordre que j'ai reçu de mon Père."Jn 10, 17

Nous retrouvons cela dans notre deuxième lecture :

« Le Christ s’est offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude » (He 9, 24-28)

Demandons au Seigneur la grâce de nous laisser toucher par ces deux exemples de vie, offerts à notre réflexion . Rien pour le paraître ! Tout au service de l'Être ! Ce qui compte dans nos vies ce n'est pas l'apparence , l’esbroufe, c'est la vérité d'être ! Ce n'est pas la quantité du don mais sa qualité ! De toute notre force et dans tout ce que nous accomplissons, soyons et devenons simples , libres  et vrais !

La manière dont je donne est l’image du don que je fais librement de moi-même. Ainsi, quand je glisse mon offrande dans le panier de quête (si tant est que j’y pense), je suis invité à me souvenir que la quête est un geste liturgique, qui signifie la participation de toute l’assemblée à l’eucharistie. C’est pourquoi nous faisons la quête au moment de l’offertoire : voilà, Seigneur, ce que je t’offre ; voilà, Seigneur, l’offrande de ma vie, que je veux aussi déposer sur ton autel pour participer de ta Résurrection.

Ce faisant, nous ne mettons pas seulement nos pas dans ceux des deux veuves de ce jour, mais nous suivons plus résolument le Christ Jésus, qui a librement fait pour nous l’offrande de sa vie.

Mon âme exalte le Seigneur, Exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s’est penché sur son humble servante ;

désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles : Saint est son nom !

Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël, son serviteur ; il se souvient de son amour,

De la promesse faite à nos pères,

en faveur d’Abraham et de sa race, à jamais.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit,

Maintenant et à jamais, dans les siècles des siècles. Amen



Je veux chanter ton amour, Seigneur

(Dannaud/L\'Emmanuel)

Je veux chanter ton amour, Seigneur,
Chaque instant de ma vie.
Danser pour toi en chantant ma joie
Et glorifier ton Nom.


1
Ton amour pour nous
Est plus fort que tout
Et tu veux nous donner la vie,
Nous embraser par ton Esprit.
Gloire à toi !

2
Oui, tu es mon Dieu,
Tu es mon Seigneur.
Toi seul es mon libérateur,
Le rocher sur qui je m’appuie.

Gloire à toi !

3
Car tu es fidèle,
Tu es toujours là,
Tout près de tous ceux qui te cherchent,
Tu réponds à ceux qui t’appellent.

Gloire à toi !

4
Voici que tu viens
Au milieu de nous,
Demeurer au cœur de nos vies

Pour nous mener droit vers le Père.
Gloire à toi !

5
Avec toi, Seigneur,
Je n’ai peur de rien.
Tu es là sur tous mes chemins.
Tu m’apprends à vivre l’amour.
Gloire à toi !



L'Ermite

vendredi 1 novembre 2024

AIMONS

 

AIMONS !


TRENTE ET UNIÈME DIMANCHE


DU TEMPS ORDINAIRE

Année B


(Mc 12, 28b-34)

un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander :« Quel est le premier de tous les commandements ? »    Jésus lui fit cette réponse :« Voici le premier :Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur.Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »    Le scribe reprit :« Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force,et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »    Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. »Et personne n’osait plus l’interroger.

AIME ! AIMONS ! AIMEZ !

Un seul a conjugué ce verbe à toutes les personnes : LE SEIGNEUR JÉSUS qui est allé jusqu'à l'extrême de l' AMOUR ! Lui seul a donné Sa Vie, de bout en bout, par

AMOUR de l'humanité Il a commencé par épouser cette humanité en S'anéantissant dans un corps d'homme épousant toutes ses limites, Il S'est livré aux mains des hommes jusqu'à mourir sur une croix pour élever cette humanité à la dignité de FILS de DIEU !

Ayant plusieurs fois déjà « balbutié » car nous ne faisons qu'effleurer la Parole divine, balbutié cette péricope, je vous propose aujourd'hui un des nombreux poèmes où le P. Paul BAUDIQUEY évoque l'une des multiples facettes du véritable AMOUR, le seul capable de retourner le monde !

Ça veut dire quoi : Aimer ?

La question est redoutable.

Deux sortes de gens la posent :


Des gens « blessés » trop malheureux,

parce qu'ils ne sont pas

    - parce qu'ils ne sont plus – aimés

    et ça leur fait tellement mal

    qu'ils ont envie de ricaner.

    Et puis des gens heureux

    qui n'en reviennent pas,

    tellement c'est incroyable d'être aimé.

    En dehors de ceux-là, il n'y a personne :

    des morts-vivants,

    hommes et femmes de peu de poids !

Car l'amour est un fardeau

il est très lourd à porter :

il nous met dans la dépendance

et nous n'aimons pas ça.

L'autre se met à compter, autant et plus que moi :

me voici dépourvu et mendiant..

Aimer , c'est prendre le risque

d'être « envoyé sur les roses »


On s'expose « au droit de réponse »

et celle-ci peut être parfaitement cruelle.

L'amour, en ce sens , est l'échec de Dieu,

avant même d'être le nôtre:

on n'est jamais sûr que l'autre répondra,

on est sans pouvoir sur sa liberté,

ses acquiescements et ses refus.

Aimer, ça ne va pas de soi,

et rien, jamais n'est gagné d'avance.

Il faut un intense, un incessant et toujours neuf

investissement de soi.

Un éveil, une vigilance que rien n'épuise,

que rien ne lasse.

L'amour n'est pas un instinct :

l'instinct est de s'emparer pour survivre.

L'amour est un don, plus obstiné, plus entêté,

que tous les désirs de survivre et de posséder.

On le dit « aveugle »

et il l'est malgré son absolue claire-voyance

car il demeure fermé

à toutes les bonnes raisons qu'on lui oppose,

à commencer par la soi-disant folie de sa déraison.

Dieu, Lui-même, se l'entend dire tous les jours,

Lui, qui supporte tout, tolère tout

et qui use si peu de sa « « toute-puissance »

pour mettre un peu d'ordre et châtier les coupables...

Un Père qui laisse tout faire, ça ressemble à quoi …



Que de mépris, de hargne et de haine on devine

à l'égard de tous ceux et celles

que ça n'intéresse pas d'avoir le dessus,

qui n'ont que faire d'être obéis au doigt et à l’œil,

inexorablement.

Ils déclenchent plus de réprobation

que les voleurs et les assassins.

Ils font justice de toute bonne conscience.

L'amour est un appel

à cette autre part de nous-mêmes

qui est vulnérable et sans défense.

Un appel totalement dépourvu

du pouvoir de s'imposer comme tel.

Il ne sait qu'attendre, patienter, espérer,

en pure perte de soi ,

en pur désir que l'autre s'attende à nous ,

s'éveille, consonne,

ouvre sa porte et nous accueille.

A tout refus il ne sait qu'opposer

l'obstination d'un don plus total.

Il est sans défense parce qu'il n'a rien à perdre

tout à attendre, à recevoir et à donner !



L'amour se prouve

autant qu'il s'éprouve

en aimant !



Aimer, c'est éprouver le goût de l'autre

et, d'abord, que l'autre a du goût :

il y a tant de gens « insipides ».

Tout d'un coup

- « coup de foudre » le bien nommé -

ou lentement,

quelqu'un se met à avoir un goût

que les autres n'ont pas.

Une impérieuse nécessité, un manque fondamental

se sont ainsi donné rendez-vous

pour nous tenir « par le bout du cœur »

La carapace vole en éclats ;

on devient fragile et comme blessé à vif :

on rêvait de se faire tout seul

et l'autre vous devient indispensable.



Il est beau ce cri de Prouhèze

à l'Ange qui lui demande de renoncer

en ce monde à ce Rodrigue

qu'elle aime plus que son âme :

« il ne saura donc jamais ce goût que j'ai ! »

Le goût de l'autre s'éprouve sur ses lèvres.

Le goût de l'autre embaume comme le parfum des terres .

Le goût de l'autre prend forme d'un visage :

tout l'univers se recompose en lui

et devient beau à n'y pas croire,

Le goût de l'autre a parfum de caresses,

le goût de l'autre est attente et prémices.

Le goût de l'autre est recueillement

et silence adorant,

retenue et respect, attente immobile.



Car le goût de l'autre échappe aussi

et fuit comme une eau vive.


Et c'est tant mieux,

car c'en serait fait et de lui et de moi,

si nous nous « tenions »

si nous nous appartenions.

S'appartenir : appartements, propriétés,

installations …

On n'entre pas en amour

comme on se met en ménage.

Il faut un lieu et la maison peut être ce lieu,

si elle est elle-même « acte d'amour » : demeure,

foyer et source.

Mais le propre de la source est justement

d'aller plus loin.



Aimer, c'est toujours aller plus loin...

Plus loin que les apparences,

plus loin que les déceptions,

plus loin que les lassitudes

plus loin que les solitudes.

L'amour est nomade.

Il parcourt le désert à la recherche d'un puits.

Il peuple le désert, le peuple de désir,

le peuple d'Espérance.

C'est en étant nomade que l'amour est fidèle,

fidèle à la quête inlassable de l'autre,

à la quête infatigable de l'autre et des autres.

Il va, d'étapes en étapes, accompagné des siens,

de ceux qu'Il a fondé et dont Il se reçoit.

Il sait faire halte dans l'innocence du jour ;

les oasis, comme une visitation de l'ombre

et de l'eau

Mais une urgence secrète lui enseigne à repartir


et la marche reprend à la rencontre d'inconnus,

comme autant de surprises.


En dehors de cette souveraine liberté

du don et de l'accueil,l'amour ignore tout ; il ne veut rien savoir.

Il ouvre sur ce qui va venir :

l'amour et l'à-venir vont la main dans la main,

tournant résolument le dos au passé figé et clos.

Le passé n'est pas nié, ni oublié, car l'homme à l'égal de l'arbre,

ne peut pas vivre sans racines.

Mais les racines qui clouent au sol

sont point d'appui et sont tremplin ;

elles libèrent l'audacieux élan du tronc

et des ramures

et servent son désir de peupler l'espace

et d'étreindre le ciel.

L'Amour déplie : il donne à l'aimé

de s'ouvrir à tout son déploiement.

Il est le contraire même de l'enfermement,

à l'opposé de toute main-mise.



L'amour et la surprise iront toujours de pair :

ceux que nous aimons nous surprendront

toujours ;

ceux que nous aimons, nous étonneront toujours ;

ceux que nous aimons nous émerveillent encore.



L'Amour est porteur de lumière,

comme le visage qu'il anime et qu'il transfigure ;

on y voit luire la lumière du blé

et la flamme du vin .

L'Amour est un feu qui brûle sans se consumer,

qui mord profond, comme mord la flamme

dans la chair d'un quartier de hêtre,

éclatant de sa déchirure.

L'Amour est bûcheron des certitudes ;

Il s'entête au plus vrai

il sait porter ses coups..

L'Amour est vigneron : il sait nous vendanger.

Viendra le jour des Noces

dont l'attente nous consume :

aucune goutte, d'aucune grappe n'y sera oubliée,

aucune goutte d'aucune grappe n'y sera perdue .

Paul BAUDIQUEY ( Pleins signes-Cerf)



LE CHANT D'ASSISE

O mes bien-aimés, soyez humbles.

O mes bien-aimés soyez doux

. Ne vous inquiétez ni d’honneurs, ni de dignité, ni de louanges.

Fuyez les vanités. Toutes les vanités.

Et dites-vous que le savoir des anges

Ne suffit même pas pour comprendre ce qui de Dieu seul est compris

Ai m e z ! Aimez et ne jugez pas.

Si vous voyez une homme pécher mortellement,

haïssez le péché, mais ne jugez pas l’homme.


Ne le méprisez pas. Ne méprisez personne.

Car vous ne savez pas le jugement de Dieu.

Et tel semble damné qui est sauvé, peut-être.

Et tel semble sauvé qui est déjà damné.

Vous ne savez pas qui sont ceux à qui Dieu tendra la main.

Ô vous tous, gens de la terre, qui cheminez si douloureusement.

Ayez d’abord la Charité.

Aimez-vous les uns les autres.

Consolez-vous les uns les autres

Soutenez-vous les uns les autres.

Fût-on brûlé d’amour à en mourir.

On n’aime pas encore assez.

On n’aime jamais assez.

L’amour est tout qui est Dieu même.

Et que votre amour ne soit pas borné.

Car le Seigneur, mon Dieu, n’admet.

Ni vos frontières ni vos murs.

Christ a dit : Tu ne tueras point.

Je vous salue et vous bénis.

A Dieu, pour chacun d’entre vous, je demande.

La grâce de force pour renoncer le mal.

La grâce de Sérénité dans l’oblation.

La grâce de Joie dans l’épreuve.

Et que, par la vertu de la Croix acceptée.

Par la parole et par le sang de Jésus-Christ.

La terre enfin soit délivrée du mal. Amen! Amen !

Ainsi, sur Assise endormie.

Où le tombeau basilical si lourdement proclame.

Que son chant ne fut pas compris.

L’âme du petit pauvre.

Chante inlassablement pour le salut des hommes.

ASSISE ! ASSISE ! ASSISE !

Capitale spirituelle du monde.

Lieu de l’amour et de la joie de l’Évangile.

Luira-t-elle jamais cette aube.

Où tous nos vains orgueils.

Où tous nos vains espoirs viendront, pieds nus, vers saint François.

Faire leur amende honorable !

AIMEZ ET NE JUGEZ PAS !

Léon Chancerel

L'Ermite