vendredi 8 avril 2022

CERTAINEMENT CELUI-CI ETAIT UN HOMME JUSTE !

 

DIMANCHE DES RAMEAUX


Année C



Six jours avant la fête de la Pâque juive, Jésus vient à Jérusalem. La foule l’acclame lors de son entrée dans la ville. Elle a tapissé le sol de manteaux et de rameaux  verts, formant comme un chemin royal en son honneur.

C’est en mémoire de ce jour que les catholiques portent des rameaux (de buis, d’olivier, de laurier ou de palmier, selon les régions). Ces rameaux, une fois bénis, sont tenus en main par les fidèles qui se mettent en marche, en procession : marche vers Pâques du peuple de Dieu à la suite du Christ.

La foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem ; ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à sa rencontre et ils criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

Ces paroles sont chantées comme antienne d’ouverture au lieu où les fidèles se sont réunis : après une brève allocution, le célébrant bénit les rameaux et l’on lit le récit évangélique de l’entrée messianique de Jésus avant de se rendre en procession jusqu’à l’église.

La tradition chrétienne veut que l’on emporte, après la messe, les rameaux bénis, pour en orner les croix dans les maisons : geste de vénération et de confiance envers le Crucifié. (Église Catholique de France)

Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Ceux qui chantent cela en ce dimanche des Rameaux et de la Passion du Christ sont , pour la plupart, ceux qui Vendredi, crieront : « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas !  crucifie-Le ! crucifie-Le »Pilate décida de satisfaire leur requête. Il relâcha celui qu'ils réclamaient , le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, et il livra Jésus à leur bon plaisir ! » Matthieu précise Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte allait croissant, prit de l'eau et se lava les mains devant la foule, en disant: " Je suis innocent du sang de ce juste; à vous de voir ! " Et tout le peuple répondit: " Que son sang soit sur nous et sur nos enfants! " Alors il leur relâcha Barabbas; et, après avoir fait flageller Jésus, il le remit (aux soldats) pour être crucifié. (Mt 27)

Il nous arrive de vivre ce temps de la Passion comme un événement du passé nous oublions ces paroles du Christ Lui-même :

Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous rejette me rejette; or celui qui me rejette, rejette celui qui m'a envoyé. (Lc 10)

" En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait. " (Mt 25)

" En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. " (Mt 25)

apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Mt 28,20

Jésus est présent au milieu de nous, Il est Vivant ! Quand l’Église parle, c'est Jésus Lui-même qui nous invite , c'est Jésus qui continue de Se donner jusqu'à la fin des temps à travers les sacrements. Lui-même, Parole éternelle du Père, nous le dit dans l’Évangile . De ce fait, la Passion n'est pas un événement du passé, c'est un événement actuel , ce que nous imposons en bien ou en mal, à nos frères, c'est à Jésus Lui-même que nous l'imposons ! Blaise Pascal l'exprimait ainsi : Jésus est en agonie jusqu'à la fin des temps ! Partout où souffre une personne, aujourd’hui, sur un lit d'hôpital, sur un champ de guerre,.. c'est Jésus qui souffre Son agonie et notre mission est de tout mettre en œuvre pour éliminer la haine, la souffrance, le mal sous toutes ses formes .

Un Père de l’Église ne disait pas autrement : Tu vois ton frère, tu vois ton Dieu ! Jésus compte sur nous

Christ n'a pas de mains :
Il n'a que nos mains
Pour faire son travail aujourd'hui.
Christ n'a pas de pieds :
Il n'a que nos pieds
Pour conduire les hommes sur son chemin.
Christ n'a pas de lèvres :
Il n'a que nos lèvres
Pour parler de lui aux hommes.
Christ n'a pas d'aides :
Il n'a que notre aide
Pour mettre les hommes à ses côtés.
Nous sommes la seule Bible
Que le public lit encore.
Nous sommes le dernier message de Dieu
Écrit en actes et en paroles.
Prière anonyme du XVème siècle

Telle est notre responsabilité !

Entrons, si vous le voulez bien , dans la Passion selon St Luc, nous retiendrons

seulement quelques versets : 

« J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !    Car je vous le déclare :jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement accomplie dans le royaume de Dieu. »   Alors, ayant reçu une coupe et rendu grâce  Et cependant, voici que la main de celui qui me livre est à côté de moi sur la table.    . Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres quel pourrait bien être, parmi eux, celui qui allait faire cela.

/////////////////

 Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ?Mais il leur dit :« Les rois des nations les commandent en maîtres,et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs.    Pour vous, rien de tel !Au contraire, que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert.    Quel est en effet le plus grand :celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.  

Parce que cela me paraît totalement indécent, égoïste, inadapté, hélas à notre image, je souhaite attirer notre attention sur le contraste saisissant entre ces deux passages de la Passion selon Saint Luc .

Je remarque, dans le premier paragraphe, la solennité grave qui préside à l'Institution de la Sainte Cène :

- « Manger cette Pâque » avec le groupe des appelés, Ses successeurs, et Jésus note qu'il s'agit de la dernière jusqu'à son accomplissement dans le Royaume.

- L'annonce discrète mais certaine que l'un d'entre eux va prendre une part active dans les événements qui suivront : « voici que la main ... »

- La curiosité, plutôt déplacée, du groupe qui s'interroge sur l'identité du traître !  « Qui pourrait bien être celui-là ? »

Et cette indifférence affichée qui fait sombrer les disciples dans ce que j'appelle volontiers une chamaillerie d'enfants gâtés , centrés sur eux-mêmes pour mesurer qui est le meilleur, le plus grand, le plus fort, le plus performant … N'est-ce pas surprenant , déstabilisant, ?

Jésus entre dans la Passion, dans ce chemin douloureux où Il va être confronté aux pires turpitudes humaines et Ses amis , ceux qu'Il continue de former, s'attardent et s'attachent à des mesquineries de jardin d'enfants

Pas de colère, pas d'impatience, chez Jésus, mais le souci d'enseigner, d'éclairer , d'aimer encore et toujours : je suis au milieu de vous comme Celui qui sert, (comprenne qui pourra !) comme Il le dit ailleurs et, sous entendu «  Comme le Fils ne peut rien faire de Lui-même , Il ne fait que ce qu'Il voit faire au Père », en conséquence, devenez serviteurs comme le Fils !Et cela met à nu tous nos calculs, toutes nos recherches de nous-mêmes, toutes nos incohérences ! De plus, quand nous participons à l'Eucharistie dominicale, notre esprit est-il présent dans notre corps ? Que faisons-nous ? Est-ce nous communions au mystère célébré ou bien nous profitons de ce bon moment de calme pour préparer le prochain repas de famille , pour nous projeter dans l'organisation d'une nouvelle sortie, de prochaines vacances etc...

Avançons avec Jésus, sur la route escarpée de la Passion :

Jésus a fait de Pierre Son successeur « je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, (Mt 16), Jésus connaît la générosité de Pierre le fougueux, mais Il connaît aussi ses fragilités, Il le prévient et l'assure d'avoir Lui-même, Jésus, prié pour que sa foi ne défaille pas Pierre le téméraire, le présomptueux affirme avec véhémence :« Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. » mais Jésus sait , Lui, et reprend « Je te le déclare, Pierre :le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que toi, par trois fois,tu aies nié me connaître. Et malgré cela Jésus continue de lui faire confiance . Après cet épisode ô combien douloureux, pour Jésus , pour Pierre aussi, qui ne peut retenir ses larmes, Pierre demeure cette pierre, ce roc, choisi par Jésus pour faire grandir l’Église parce que les dons de Dieu sont sa repentance Dieu ne révoque pas ses paroles. (Is 31)

S'il nous arrive de tomber lourdement ne craignons pas le regard gonflé de miséricorde de Jésus, Jésus continue de nous regarder avec tendresse et nous redit : n'aie pas peur, viens, suis-moi mais Il ne s'impose pas Il espère notre repentir, nos larmes. Et, soyons certains, que Jésus ne punit pas, Il ne reprend pas ce qu'Il a une fois donné !

« Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? » Un baiser ! Ce

témoignage d'affection qui développe et entretient l'amour et la confiance mutuels ! Un baiser ! donné aux proches , gage de complicité et de reconnaissance, témoignage de tendresse ! Ce baiser qu'on échange en famille au lever et avant le coucher le soir et quand l'enfant quitte la maison pour se rendre à l'école, ou qu'il en revient, ce geste si important pour l'équilibre affectif d'une personne, voilà que ce petit geste devient ici « signe de trahison  »! Celui à qui je donnerai un baiser, c’est lui, saisissez-le. Et s’approchant aussitôt de Jésus, il dit : Salut, rabbi ; et il lui donna un baiser. Jésus lui dit : Ami, c'est pour cela que tu es là. Mt.

Quel sens donnons-nous à ce geste tellement banalisé aujourd'hui ? Il n'est pas indifférent de nous arrêter pour réfléchir à la densité que nous accordons à ce témoignage d'affection pour qu'il ne soit plus galvauder et redevienne ce qu'il a longtemps été, le signe de l'affection, de la tendresse, de l'amitié sincère, de l'amour vrai !

Pierre répondit à la servante  : « Je ne sais pas ce que tu veux dire. » Et à l’instant même, comme il parlait encore,un coq chanta.    Le Seigneur, se retournant,posa son regard sur Pierre. Alors Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite :« Avant que le coq chante aujourd’hui,tu m’auras renié trois fois. »    Il sortit et, dehors, pleura amèrement.

A la Maison, au bureau, à l'école, dans la rue, osons-nous dire sans ostentation mais avec fermeté et foi : Jésus est mon ami, ma citadelle, mon roc, ma forteresse, mon libérateur , le rocher qui me sauve ( Ps 18, 61 89 …) ou bien répétons-nous aussi souvent que la question nous est posée : je ne connais pas cet homme ! Là encore, il n'est jamais trop tard, levons les yeux vers le crucifié du Vendredi Saint , en rencontrant Son Regard nous rencontrerons l'Amour, qui Lui, ne nous rejettera jamais !

« Vous m’avez amené cet homme en l’accusant d’introduire la subversion dans le peuple.Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation.    D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. Jésus, le Fils du Père éternel, La Parole éternelle du Père , Celui par qui tout a été fait, la Lumière née de la Lumière se tait par amour ! Jésus qui pourrait donner un signe de Sa puissance, comme un mouton qu'on mène à l'abattoir (Is 53) se laisse conduire d'une juridiction à l'autre « sans ouvrir la bouche » (Is 53) sans secouer les liens qui retiennent Ses mains, sans proférer d'injures ( Is 53) c'est à cause de nos révoltes Is 53) qu'Il est châtie et c'est par Ses blessures que nous sommes guéris , si nous le voulons , si nous accueillons son amour ! Jésus maltraité se tait ! Force du silence, puissance de l'amour qui nous apprennent la non violence, car la violence engendre la violence ! Devant l'Agneau défiguré , inclinons-nous et adorons tout en nous interrogeant sur nos comportements quand un mal nous déchire !


Hosanna , Hosanna... « Ils ( la foule) vocifèrent « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »  . Pour la troisième fois, (Pilate) leur dit :. « Quel mal a donc fait cet homme ?Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort... »

Deux remarques :

  • comme déjà souligné : la versatilité de la foule !

  • L'attitude irresponsable du Gouverneur de Province Ponce Pilate.

En ce qui concerne la foule, je nous invite à regarder dans nos vies personnelles, quelle est notre attitude quand nous nous trouvons dans un groupe , quel qu'il soit ( parents d'élèves, politique, ecclésial....) où nous avons une opinion différente de la majorité ?

Avons-nous la simplicité, habillée de courage, en y mettant les formes, d'exprimer notre point de vue et de prendre le risque d'être montré du doigt, écarté ...ou bien aboyons-nous avec les loups, quitte à retourner notre veste à la sortie si quelqu’un nous aborde en soutenant le point de vue de la minorité  étouffée ? Avons-nous le courage de nos opinions ? De nos engagements ? De notre différence ?

C'est justement la lâcheté de Pilate qui , voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : “Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde !“ »(Mt 27) Face à la vindicte populaire, Pilate, qui, au fond de lui-même, ne trouve rien de condamnable en Jésus, préfère céder et livrer Jésus à l'infamie, à une mort ignominieuse !

Là encore, ne « nous lavons-nous pas trop facilement les mains » face aux injustices flagrantes, en nous dédouanant trop facilement : ça ne me regarde pas...je ne me mêle pas des affaires d'autrui ... ce n'est pas mon affaire ….

« Père, pardonne-leur :ils ne savent pas ce qu’ils font. » Lui, le Fils de Dieu, Dieu Lui-même, qui vient d'accepter, pour nous, d'être mis au rang des malfaiteurs, cloué sur une croix, exténué de fatigue et de souffrances, tandis que ses bourreaux Le raillent : « sauve-toi toi-même et nous aussi », dans un ultime sursaut de vie trouve au plus profond de Lui-même, la force de manifester Son amour infini en jetant le trouble dans des cœurs pervertis : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font » ! Peut-on aimer mieux et davantage ? Non bien sûr ! St Paul écrit dans la Lettre aux Romains: « La preuve que Dieu nous aime , c'est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pêcheurs » Rom,5,8 Et juste avant cela St Paul précise : « C'est à peine si l'on meurt pour un juste, et peut-être quelqu'un saurait-il mourir pour un homme de bien. Mais Dieu montre son amour envers nous en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Jésus-Christ est mort pour nous. (Ro 5) Depuis ce jour unique dans l'histoire de l'humanité, chacun peut dire, « Jésus a donné Sa Vie pour moi pécheur ! » Trouverons-nous, les mots, les gestes, pour lui dire Merci !

Et tandis que Ses bourreaux continuent de le railler une voix s'élève, entendue de

tous, elle vient d'un malfaiteur, car Jésus le Maître du monde qui pourrait d'un geste, d'une parole anéantir ceux qui l'humilient, a été mis au rang des malfaiteurs, une voix réalise ce qui se passe et supplie  : « Jésus souviens-Toi de moi quand tu viendras dans Ton Royaume ! » La réponse ne se fait pas attendre : « Ce soir même tu seras avec moi dans le Paradis » Il a suffi d'un instant de lucidité pour cet homme pécheur , pour que Jésus l'entraîne , dans son sillage, là où la lumière ne s'éteint pas !

Sa mission accomplie dans le détail, jusqu'à l'extrême, Jésus peut maintenant partir en paix : « Père entre Tes mains je remets mon esprit » et le dernier mot revient au Centurion

qui surveillait l'exécution de la crucifixion . Retourné par ce qui se passe il ne peut s'empêcher d'exprimer devant tous, le plus bel acte de foi qui soit :


"Certainement, celui-ci était le Fils de Dieu".


Le Christ Jésus,
    ayant la condition de Dieu,
ne retint pas jalousement
le rang qui l’égalait à Dieu.

    Mais il s’est anéanti,
prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes.

Reconnu homme à son aspect,
    il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort,
et la mort de la croix.

    C’est pourquoi Dieu l’a exalté :
il l’a doté du Nom
qui est au-dessus de tout nom,

    afin qu’au nom de Jésus
tout genou fléchisse
au ciel, sur terre et aux enfers,

    et que toute langue proclame :
« Jésus Christ est Seigneur »
à la gloire de Dieu le Père.

Ph 2,6-11



L'Ermite

vendredi 1 avril 2022

VA ! DESORMAIS NE PECHE PLUS !

 

CINQUIEME DIMANCHE


DE CARÊME


Année C

(Jn 8, 1-11)


Jésus s’en alla au mont des Oliviers. Dès l’aurore, il retourna au Temple Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Le mont des Oliviers ! Comment ne pas penser à la Passion de Jésus ?

Nous verrons plus loin, dans cette péricope, ce qui guide les scribes et les Pharisiens : Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Ils cherchent en effet, et ce n'est pas nouveau, des chefs d'accusation qui leur permettraient de faire arrêter Jésus. Ils voudraient même le mettre en porte-à-faux avec Sa propre parole puisque au chapitre 3 de St Jean nous lisons :Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. (Jn 3) et au chapitre 12 Jésus dira :car je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. (Jn 12)

Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère.Le Décalogue, et après lui les Prophètes, condamnent de façon absolue l'adultère sous ses différentes formes. Cette fidélité totale exigée de la femme dès l'Ancienne Alliance peut symboliser celle que Dieu attend de son Peuple ; aussi les prophètes condamnent-ils l'infidélité à l'Alliance comme un adultère spirituel.

L'adultère reçoit dans la loi, une définition restreinte : c'est l'acte qui viole l’appartenance d'une femme à son mari ou à son fiancé Si l'on trouve un homme couché avec une femme mariée, ils mourront tous deux, l'homme qui a couché avec la femme, et la femme aussi. Tu ôteras ainsi le mal du milieu d'Israël. Dt 22,22.

La femme apparaît comme « la chose » de l'homme plutôt que comme une personne avec laquelle il ne fait qu'un dans la fidélité d'un amour mutuel Et l'homme dit: " Celle-ci cette fois est os de mes os et chair de ma chair! Celle-ci sera appelée femme, parce qu'elle a été prise de l'homme. " C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. Gn 2,23

Scribes et Pharisiens connaissent la loi et, du moins en apparence, l'observent scrupuleusement ce qui explique la violence de leur attitude à l'égard de cette femme.On peut d'ailleurs se poser la question : comment considèrent–ils l'homme dans cette situation ? En effet, pour commettre l'adultère, il faut être deux ! N'auraient-ils pas dû présenter le couple à Jésus ? Soit, ils protègent l'homme et se protègent, soit ils le nient ! D'autre part, nous savons que Jésus, s'Il n'abolit pas la Loi ,Il vient, comme Il le dit Lui-même, pour la parfaire :« Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. (Mt 5)

Scribes et Pharisiens écoutent et observent Jésus qui, pour eux, apparaît comme laxiste. Cette femme , en situation de péché , leur permet de mettre Jésus en difficulté, du moins, c'est ce qu'ils espèrent. Sans ménagement ils la conduisent à Jésus et : Ils la mettent au milieu, geste particulièrement violent qui manifeste la domination masculine , le droit de vie et de mort qu'ils pensent détenir ,alors que le loi, malgré tout, dans les cas d'adultère traite de façon égale homme et femme !Si un homme commet adultère avec une femme mariée, et s'il commet adultère avec la femme de son prochain, ils seront tous deux punis de mort, l'homme et la femme adultères. (Lév 20)

et disent à Jésus :« Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.    Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces « femmes-là ». Et toi, que dis-tu ? Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve,afin de pouvoir l’accuser  

Scribes et Pharisiens croient pouvoir coincer Jésus par cette situation : en effet Jésus parle de miséricorde, de Pardon, mais eux placent la Loi en premier donc si Jésus prend position en faveur de cette femme, publiquement, Il entraîne ceux qui Le suivent et L'écoutent, à désobéir à la Loi ! Scribes et Pharisiens marquent un point important pour faire condamner Jésus .

Que répond Jésus ? Rien à ce moment ! Par contre Jésus s’était baissé et, du doigt, il

écrivait sur la terre. On a parfois interprété ce geste et conclu que Jésus écrivait d'éventuelles fautes commises par ceux qui L'interrogent , cela me semblerait surprenant de la part de Jésus qui n'hésite jamais à dénoncer clairement les agissements de ceux qui abusent de leur pouvoir, de leur avoir, au détriment des petites gens.A ce propos, le Frère Philippe LEFEBVRE écrit dans Magnificat : « Écrivant sur le sol, Jésus leur a rappelé, le geste de Dieu et de Moïse écrivant la Loi sur la pierre,( Ex 32,16 ; 34,28 ) cette Loi qui scelle l'Alliance de Dieu et de son peuple si souvent adultère »

Jésus garde le silence espérant vraisemblablement, décourager les accusateurs de cette femme, mais eux :  

persistait(ent) à l’interroger, il se redressa et leur dit :« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »

Jésus, Lui, est sans péché, or nous avons rappelé plus haut que Jésus affirme : je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. (Jn 12) Il invite donc, de façon discrète mais ferme, Ses interlocuteurs à rentrer en eux-mêmes, à s'examiner pour les aider à prendre conscience de leur péché personnel, révélant sans doute, qu'il n'y a pas de hiérarchie dans le péché. Tout péché n'est-il pas un manque d'amour ? Et pour leur laisser le temps de la réflexion Jésus choisit le silence Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre. La pédagogie de Jésus produit ce qu'espère Jésus : Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Les plus âgés étant depuis plus de temps sur terre ont hélas, manqué plus souvent d'amour ! Le 5 Mars 2017, le Saint Père insistait sur la force de la Parole de Dieu en ces termes : « La Parole de Dieu est  l'arme la plus puissante qui soit, la seule qui vaille, la seule qui permette de déjouer le malin » Souvenons-nous de l'épisode des tentations de Jésus au désert : Jésus répond uniquement par la Parole de Dieu. Puissions-nous en faire notre épée, notre bouclier, comme le dit St Paul , dans tous nos combats ! « ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d'arrêter toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et l'épée de l'Esprit, c'est-à-dire la parole de Dieu. (Eph 6)

L'accusée voit et entend ce qui se passe, elle se retrouve seule devant Jésus : Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.    Il se redressa et lui demanda :«  Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Que peut-il se passer dans cette tête ? Ses accusateurs sont partis, elle est là , devant Celui à qui il était demandé de juger une femme en état de péché . Elle a suivi en silence le déroulement de l'action et doit se poser bien des questions ! Avant de s'exprimer de son propre chef, elle est invitée à répondre à l'apparent étonnement de Jésus, ce qu'elle fait , dépassée par, cette situation ubuesque :Elle répondit :« Personne, Seigneur. »Elle n'ajoute rien , elle constate simplement ce qui est. Après un tel vacarme, et disons-le, une maltraitance avérée ! on a envie de dire : « tout ça , pour ça ! »Mais le dernier mot revient à Jésus et avec quelle densité :

« Moi non plus, je ne te condamne pas.»Celui à qui on demandait avec véhémence de porter un jugement s'y refuse, Il ne blâme pas cette femme humiliée, Il la libère au contraire et lui rend sa dignité . Il n'y a pas de punition, pas de discours moralisant, une seule demande , pour son bien à elle :Va, et désormais ne pèche plus. Jésus lui fait confiance, Il l'envoie «  Va », c'est une femme debout, lavée, qui peut continuer sa route avec un impératif d'espérance : désormais ne pèche plus !

 « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois.    Voici que je fais une chose nouvelle :elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ?Is 1ère lecture

Jésus ne lui rappelle pas son passé récent, Il la propulse vers un avenir prometteur .Voilà notre Dieu ! Dieu ne ressasse pas notre péché, Dieu nous ouvre des horizons de lumière, Il fait de nous des témoins ? Saurons-nous accueillir cet amour infini au sacrement de la Réconciliation en cette Pâque 2022 ? Comme Saint Paul, avec St Paul , courons nous jeter dans les bras grands ouverts de Jésus qui nous attend !

Une seule chose compte :
oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant,
    je cours vers le but en vue du prix
auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus.

(Ph 3, 8-14)




Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !
 (Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.



Va !

L'Ermite

samedi 26 mars 2022

LE PERE COURUT SE JETER AU COU DE SON CADET

 

QUATRIEME DIMANCHE


DE CARÊME


Année C

(Lc 15, 1-3.11-32)



En ce temps-là,    les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.    Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui :« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs,et il mange avec eux ! »    Alors Jésus leur dit cette parabole ! Jésus répond par trois paraboles qui montent en puissance de Miséricorde .L'Eglise ne retient que la troisième pour ce dimanche.

Celle de la brebis perdue qui se termine en ces termes :    Ainsi, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance. (Lc 15) 

L'autre traite d'une drachme perdue et retrouvée, conclue par ces mots :Ainsi, je vous le dis, il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. (Lc15)

Vient ensuite la très belle et profonde Parabole du Père Miséricordieux.

« Un homme avait deux fils.    Le plus jeune dit à son père :‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’Et le père leur partagea ses biens.    Peu de jours après,le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait,     et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.    Il avait tout dépensé,quand une grande famine survint dans ce pays,et il commença à se trouver dans le besoin.    Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays,qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.    Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs,mais personne ne lui donnait rien.    Alors il rentra en lui-même et se dit :‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance,et moi, ici, je meurs de faim !    Je me lèverai, j’irai vers mon père,et je lui dirai :Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.    Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’    Il se leva et s’en alla vers son père.Comme il était encore loin,son père l’aperçut et fut saisi de compassion ;il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.    Le fils lui dit :‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’    Mais le père dit à ses serviteurs ...

Et ils commencèrent à festoyer.    Or le fils aîné était aux champs.Quand il revint et fut près de la maison,il entendit la musique et les danses.    Appelant un des serviteurs,il s’informa de ce qui se passait.    Celui-ci répondit :‘Ton frère est arrivé,et ton père a tué le veau gras,parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’  

Nous sommes en présence de trois personnes :

    Le Père, ( Notre Père) avec un cœur de Père, à nul autre pareil !

Ses deux fils :

Le fils aîné travailleur certes, mais nous le verrons, centré sur lui, intéressé et jaloux

Le fils cadet, gai luron immature, qui rêve d'indépendance, de vie facile, de strass, de paillettes et plus,  au point de ne plus tenir en place dans sa vie terne de tous les jours et de demander son héritage , avant l'heure, pour mener une vie de jouissance loin du carcan familial !‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. ! Cette formulation a de quoi nous étonner , quelle prétention, quelle audace, comment peut-il oser ?

Un pécule, c'est une sécurité quand on prend soi même les moyens de l'alimenter or c'est loin d'être le cas . Notre cadet irréfléchi épuise la réserve. Le moment crucial arrive où il doit retourner ses poches qui ne contiennent même plus un sou vaillant pour simplement se nourrir ! Revenir à la maison serait la solution, mais quelle honte , comment oser une telle démarche ? Sa fierté, dans un premier temps, le conduit à chercher du travail mais le traitement subi le renvoie vers son père qui, lui, au moins, est juste avec ses ouvriers ! Cette différence fait tout basculer, c'est dur, mais son père, parce qu'il est PERE , si son cadet fait amende honorable, ne pourra pas lui fermer sa porte ! Il ne demanderait d'ailleurs pas à reprendre sa place, celle d'avant son coup de tête, être traité COMME les ouvriers lui suffirait, il mangerait à sa faim ! Alors il cherche les mots qui pourront toucher son Père, et, sur le chemin du retour , il les apprend pour ne pas bégayer le moment venu. Père j'ai péché

N'est-ce pas , plus proche de nous , la méthode de Ste Bernadette. Quand La toute Belle Dame décline son identité, Bernadette, sans plus attendre court et court, et répète la leçon apprise pour ne rien oublier. Le sens des mots lui échappe, mais La « Toute Belle Dame » l'a chargée d'une mission qu'il ne faut pas déformée, elle arrive, à bout de souffle, auprès du Bon Père Peyramale, qui ne sait où se mettre quand il entend la fillette prononcer des mots qu'elle n'a pas pu inventer dans son ignorance : « Que Soy era Immaculada Councepciou » « Que dis-tu là » s'exclame bouleversé, déstabilisé le Bon Père, en se cachant le visage ..

Et toi mon frère, ma sœur es-tu conscient(e) d'avoir péché , es-tu prêt, prête à courir vers ton Père au sacrement de la Réconciliation, sans condition , pour déposer ton fardeau qui alourdit ta vie, et retrouver la vraie liberté des enfants de Dieu et célébrer dans l'allégresse, la Pâque du Seigneur ?

Sentons-nous l'humilité que demande semblable décision pour ce fils cadet ? Sentons-nous le combat que suppose un tel choix ?

C'est la grande difficulté qu'éprouvent un grand nombre de nos frères qui ont abandonné pour mille et une raisons de rencontrer le Père de toute Miséricorde ! A force de reculer, de se trouver de bonnes raisons, ils ont même anesthésié le petit quelque chose enfoui au fond de leur cœur et qui tente de se rappeler à leur mémoire, ils ont trop peur de l'accueil qui pourrait leur être réservé, trop peur du regard qui sera posé sur eux, trop peur du regard de ceux qui ne se sont jamais éloignés et qui risquent de le regarder étrangement ! alors ils restent boudeurs, dans leur marasme et murmurent contre l’Église Il faut bien trouver un responsable ! Pensons-nous qu'il est de notre devoir de porter quotidiennement dans la prière ces frères anesthésiés pour qu'ils trouvent au fond d'eux-mêmes la force de se lever et de reprendre les paroles du cadet : Père j'ai péché ….

Pendant que notre cadet s'étourdit dans les fêtes et leurs musiques endiablées, il y en a UN qui veille et dont le regard scrute sans cesse l'horizon ! Il y en a un dont le regard s'use à fixer une éventuelle silhouette qui pourrait faire marche arrière ! Un qui, dans son cœur brisé, lourd de chagrin , son cœur qui saigne de cette déchirure, attend dans le silence, espère et espère encore, chaque jour, minute après minute, d'apercevoir au loin, quelqu'un qui ressemblerait à ce fils !

Tel est Dieu notre Père qui nous attend, qui guette notre retour chaque fois que nous tournons les talons pour mener notre vie à notre guise, comme bon nous semble parce que nous croyons n'avoir besoin de personne pour nous accompagner, nous soutenir, nous éclairer. Nous sommes et voulons être notre seule référence, notre seul maître, notre seule boussole : «  je sais ce que j'ai à faire moi ! Je suis grand, grande , je connais la vie etc » !

Le GUETTEUR par excellence, NOTRE PERE,car c'est bien de Lui qu'il s'agit dans cette parabole, d'aussi loin qui lui est possible d'entr' apercevoir un quelque chose qui pointe à l'horizon y dessinant un trait plus sombre, ce GUETTEUR qui tremble d'impatience, reconnaît celui qu'Il connaît si bien et s'élance vers ce qui devient peu à peu une silhouette, puis ouvre Ses bras, épuisé d'avoir attendu et les referme pour le couvrir de baisers et, avant que le dévoyé n'ait pu ouvrir la bouche ordonne l'impensable :Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,    allez chercher le veau gras, tuez-le,mangeons et festoyons,    car mon fils que voilà était mort,et il est revenu à la vie ; il était perdu,et il est retrouvé.’Et ils commencèrent à festoyer.

Chers amis, voilà notre Dieu : Nous devrions le crier à la ronde, monter sur les toits pour annoncer la nouvelle d'un Dieu qui ne cesse de nous attendre , les bras ouverts pour célébrer notre retour ! Dieu notre Père ne cesse de nous attendre, de nous pleurer et quand nous pensons effectuer un semblant de pas vers Lui , c'est Lui qui fait le plus dur, qui nous hisse sur Ses épaules de Père, comme la brebis perdue, et se réjouit avec l’Église ! Le croyons nous avec nos entrailles  ?

La fête bat son plein, on mange, on chante, on danse, on boit, tous sont heureux sauf un petit mouton noir, noir de colère, de jalousie quand il apprend la raison d'une telle abondance, d'une telle joie, il refuse d'avancer, de partager la joie commune, prêt à rebrousser chemin. Son Père le supplie. Lui qui a tant pleuré le cadet va-t-il devoir pleurer l'aîné ? Patient, comme Il sait l'être, Il ECOUTE et Il entend les reproches étonnants de cet aîné qu'Il aime comme Lui-même Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres,et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.   Le Père découvre douloureusement que ce fils, sur qui Il pensait pouvoir s'appuyer, ce fils qu'Il aime s'est conduit et se conduit, comme un mercenaire. Dans sa colère, ce fils aîné inverse la situation , il révèle ses motivations profondes, il ne travaille pas pour le bien commun, il se situe à l' extérieur du bien familial et inconsciemment, s'abaisse lui-même au niveau des employés, qui, au fond sont plus fils que lui, puisqu'ils se réjouissent du retour du cadet et participent à la fête. Il n'est pas fils , il est aux travaux forcés ! Il n'a pas travaillé par amour, mais par devoir, par intérêt, dans l'espoir d'en tirer un profit personnel. Le retour du cadet lui importe peu ! Il n'est qu'amertume et reproches : Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras ! Son cœur est embourbé, c'est un nœud de serpents emmêlés les uns dans les autres . Il va plus loin encore ,Il foule à ses pieds le bonheur d'être sans interruption, en compagnie de son Père , il est jaloux et qui dit jalousie, dit rivalité ! L'aîné ne voit pas un frère dans son cadet mais un rival, il se sentait bien en fils unique durant les péripéties de vie du plus jeune. Au fond, il ne l'aimait pas, c'était un gêneur et son retour met en lumière ses passions cachées et inavouables.

Loin d'entrer dans sa colère, loin de lui faire la morale, de le réprimander d'une quelconque façon, le Père souligne l'insondable bonheur de « l'être ensemble » et montre son insondable amour , cet amour absolument gratuit qui n'attend rien d'autre

que la confiance, cette confiance manifestée par le retour du cadet, sûr qu'il serait accueilli : Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.    Il fallait festoyer et se réjouir ;car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »

Fils cadet ou fils aîné, en ce temps de Carême, Dieu garde Son cœur et ses bras ouverts. N'ayons pas peur de nous jeter dans Ses bras , Il saura nous enlacer dans Sa tendresse et nous serrer sur son cœur en nous disant : « viens c'est pour toi que Jésus, mon unique , a versé Son Sang »

c’est bien Dieu
qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui :
il n’a pas tenu compte des fautes,
et il a déposé en nous la parole de la réconciliation.
    Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ,
et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel :
nous le demandons au nom du Christ,
laissez-vous réconcilier avec Dieu.
    Celui qui n’a pas connu le péché,
Dieu l’a pour nous identifié au péché,
afin qu’en lui nous devenions justes
de la justice même de Dieu.

2 Co

Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette méditation de Paul BAUDIQUEY, prêtre assomptionniste je me permets de l'ajouter en conclusion. Paul Baudiquey commente avec poésie et profondeur l’œuvre de Rembrandt sur le Père Miséricordieux.

« le retour du fils prodigue ». Paul Baudiquey est l’auteur du livre « Un Évangile selon Rembrandt » (Mame , Paris collection Un certain regard, janvier 1989).



L’homme qui a peint le « retour du prodigue » est un homme sans façade. Un homme lavé de toute parole vaine. L’œuvre est immense. Elle s’ouvre sur l’espace d’une confidence unique dans toute l’histoire de l’art occidental. C’est le premier portrait « grandeur nature » pour lequel Dieu lui-même ait jamais pris la pose. Le Père en majesté inscrit sa majuscule au commencement de tout. Voûté comme un arc roman, et de courbe plénière. Sa stature s’accomplit dans l’ovale géniteur qui rayonne au tympan.

Son visage d’aveugle. II s’est usé les yeux à son métier de Père. Scruter la nuit, guetter, du même regard, l’improbable retour ; sans compter toutes les larmes furtives… il arrive qu’on soit seul ! Oui, c’est bien lui, le Père, qui a pleuré le plus. Je regarde le fils. Une nuque de bagnard. Et cette voile informe dont s’enclôt son épave. Ces plis froissés où s’arc-boute et vibre encore le grand vent des tempêtes, des talons rabotés comme une coque de galion sur l’arête des récifs, cicatrices à vau-l’eau de toutes les errances. Le naufragé s’attend au juge, « traite moi, dit-il, comme le dernier de ceux de ta maison ». II ne sait pas encore qu’aux yeux d’un père comme celui-là, le dernier des derniers est le premier de tous. II s’attendait au juge, il se retrouve au port, échoué,
déserté, vide comme sa sandale, enfin capable d’être aimé. Appuyé de la joue – tel un nouveau-né au creux d’un ventre maternel – il achève de naître. La voix muette des entrailles dont il s’est détourné murmure enfin au creux de son oreille. II entend. Lève les yeux, prosterné, éperdu de détresse, et déjà tout lavé dans la magnificence… Lève les yeux, et regarde, ce visage, cette face très sainte qui te contemple, amoureusement. Tu es accepté, tu es désiré de toute éternité, avant l’éparpillement des mondes, avant le jaillissement des sources, j’ai longuement rêvé de toi, et prononcé ton nom. Vois donc, je t’ai gravé sur la paume de mes mains, tu as tant de prix à mes yeux. Ces mains je n’ai plus qu’elles, de pauvres mains ferventes, posées comme un manteau sur tes frêles épaules, tu reviens de si loin ! Lumineuses, tendres et fortes, comme est l’amour de l’homme et de la femme, tremblantes encore – et pour toujours, du déchirant bonheur. II faut misère pour avoir cœur. Et d’une patience qui attend, et d’une attente qui écoute, naît le dialogue insurpassable. Notre assurance n’est plus en nous, elle est en celui qui nous aime. Accepter d’être aimé… accepter de s’aimer. Nous le savons, il est terriblement facile de se haïr; la grâce est de s’oublier. La grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ. Encore faut-il avoir appris ce que tomber veut dire, comme une pierre tombe dans la nuit de l’eau; Ce que veut dire craquer, comme un arbre s’éclate aux feux ardents du gel, sous l’éclair bleu de la cognée. Que peuvent savoir de la miséricorde des matins, ceux dont les nuits ne furent jamais de tempêtes et d’angoisses ? Pour retentir à ces atteintes, il faut avoir vécu, – et vivre encore – en haute mer menacé sans doute, naufragé peut-être, mais à la crête des certitudes royales, l’amour alors peut faire son œuvre nous féconder, nous rajeunir. Que nous soyons dans l’inquiétude, le doute et le chagrin, que nous marchions, le cœur serré, dans la vallée de l’ombre et de la mort ! Que nos visages n’aient d’autre éclat que ceux, épars, d’un beau miroir brisé… Un amour nous précède, nous suit, nous enveloppe… L’inconnu d’Emmaüs met ses pas dans les nôtres, et s’assied avec nous à la table des pauvres. Malgré tous les poisons mêlés au sang du cœur, au creux de ces hivers dont on n’attend plus rien, rayonne désormais un été invincible. Morts de fatigue, nous ne saurions rouler que dans les bras de Dieu. Nous avons rendez-vous sur un lac d’or ! Icône de la Trinité de Roublev Le miroir est sans rides. Du fond de toute détresse émerge enfin un vrai visage, exténuées, extasiées, nos faces vieillies de clowns sont l’icône de son Christ, pour l’émerveillement des saints.

Et l’icône est plus fine, plus précieuse, plus belle, quand l’homme qui l’a peinte est passé par l’enfer. Trinité de ROUBLEEV et « Trinité » REMBRANDT, du fond des terres où rayonnent ces images, le Père ne cesse de s’engendrer du Fils, de s’engendrer des fils, sous le couvert fécondateur de mains plus vastes que des ailes. L’ombre d’un grand oiseau nous passe sur la face. Les vrais regards d’amour sont ceux qui nous espèrent. Paul Baudiquey



Laissez-vous réconcilier avec Dieu, votre Père
Laissez-vous réconcilier avec le Christ, votre frère
Acceptez-vous de prendre la main qu'il vous tend
Et de vous déclarez comme témoin en suivant son chemin?

Réconciliez-vous, réconcilions-nous maintenant

Laissez-vous réconcilier avec Dieu qui est lumière
Laissez-vous réconcilier avec la vie toute entière
Dans notre monde ingrat et plein d'agitation
Ouvrons nos cœurs et vivons dans la réconciliation

Réconciliez-vous, réconcilions-nous maintenant

Que chaque jour soit la fête du jubilé
Que chaque jour soit la fête pour aimer
La réconciliation entre les nations, entre les familles
Entre frères et sœurs du même sang

Réconciliez-vous, réconcilions-nous maintenant

Réconciliez-vous, dirigeants de nos pays
Réconciliez-vous pour dissiper tous vos conflits

Soyez le guide luttant pour plus de justice
Envers les opprimés, abusés, oubliés, repoussés

Réconcilions-nous avec tout l'univers
Que notre monde soit achevé dans l'unité
Réconciliez-vous, réconcilions-nous maintenant

Paroliers : John Littleton




L'Ermite