vendredi 11 septembre 2020

AIME D'UN AMOUR INFINI


 

XX I V e DIMANCHE

DU TEMPS ORDINAIRE

ANNÉE A



(Mt 18, 21-35)

La semaine dernière Jésus expliquait l'importance de la correction fraternelle, et cette capacité qui nous est donnée de lier et délier nos sœurs et frères de leurs manquements à notre adresse. Pierre a sans doute La semaine dernière Jésus expliquait l'importance de la correction fraternelle, et cette capacité qui nous est donnée de lier et délier nos sœurs et frères de leurs manquements à notre adresse. Pierre a sans doute été touché par cet enseignement qui lui a permis de réfléchir au pardon d'où la question qui retient notre attention en ce dimanche : 


Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander :« Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi,combien de fois dois-je lui pardonner ?Jusqu’à sept fois ? »  
Jésus disait   " Si ton frère vient à pécher, va le trouver et fais-lui tes reproches seul à seul. (Mt 18) Pierre a bien écouté et entendu : délier ? Oui ? Mais jusqu'à quel point ? Combien de fois se demande-il ? Ce genre de questionnement est loin de nous être étranger ! Que de fois n'entendons-nous pas : J'ai pardonné plusieurs fois, maintenant c'est terminé, je ne veux plus en entendre parler ! 

Je me souviens de Bernard , la soixantaine, en rupture avec sa famille et qui errait gare du Nord à Paris ! Un jour, il vint vers moi le visage éclairé par un large sourire : « ne sois pas étonnée, tu ne me verras plus, je vais reprendre contact avec ma famille » Avec lui je me réjouis Quarante huit heures après , lors d'une tournée-rue, c'était notre mode de fonctionnement, je revois Bernard le visage défait, ses yeux remplis de larmes exprimant sa douleur désespérée : « quand j'ai sonné chez ma sœur, elle a entrouvert la porte, en m'apercevant, elle l'a refermée aussi sec en criant, je ne veux plus te voir, retourne là où tu étais » Et Bernard est revenu à la rue. Je ne sais pas quel différent les séparait , Bernard ne l'a jamais dit, mais je ne peux oublier et je prie , pour sa sœur et pour lui ! Des histoires du genre j'en porte un grand nombre devant le Seigneur , pardonner est particulièrement difficile , Jésus le sait Lui qui s'est livré pour nous sauver de toutes nos bassesses et désespérances « Lorsqu'ils furent arrivés au lieu appelé Calvaire, ils l'y crucifièrent, ainsi que les malfaiteurs, l'un à droite, l'autre à gauche. Et Jésus disait: " Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. " Et se partageant ses vêtements, ils les tirèrent au sort. (Lc 23) .

Ici que répond Jésus à Pierre ?:« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,mais jusqu’à 70 fois sept fois. La Tradition veut que cette expression signifie « à l'infini » L'Amour ne se perd pas dans des comptes d'apothicaires l'Amour aime !

« L'Amour ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s'emporte pas ; il n'entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans


ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout,
il endure tout.L'amour ne passera jamais. ( 1Cor 13)

Quand l'évangéliste rappelle la demande de Pierre de pardonner, il prend le contre-pied de la vengeance à propos de Lamek, rapporté dans la genèse: Lamek sera vengé soixante-dix fois sept fois. »  « Caïn sera vengé sept fois, et Lamek, soixante-dix fois sept fois ! » (Gn 4)On connaissait la loi du talion, c'est-à-dire rendre un pour un, soit œil pour œil, dent pour dent.  Pardonner 7 fois prend le contre-pied de venger 7 fois. Ce devait être un exploit. En effet, le chiffre 7 est lui-même un chiffre parfait qui ne désigne pas une ensemble de 7, mais la plénitude, la totalité : la totalité des jours d’une semaine, c’est 7 Ce chiffre renvoie au Lévitique ch. 25, ou chacun est amené, tout comme Dieu, à remettre la dette totalement la cinquantième année. Cela s'appelle le jubilé. Cette année-là, Dieu et chacun remettent les compteurs à zéro. En l’an 2.000, cela avait été proposé partiellement entre pays riches et pays très pauvres. Il y avait le pardon à accorder au septième jour, Jour du Seigneur (si tu as pris un vêtement en gage, le jour du Seigneur, tu le rendras…). Désormais, dans la bouche de Jésus cela devient pardon tout le temps, autant qu’il le faut. L’idée de jubilé pour le pardon est demeurée jusqu’à aujourd’hui puisque l’Eglise maintient l’année jubilaire : 1900, 1950, 2.000.Emile Hennart prêtre du diocèse d'Arras. Bibliste

Pour illustrer sa réponse, Jésus va une nouvelle fois utiliser le mode « Parabole » :Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.    Il commençait,quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent).    Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser,le maître ordonna de le vendre,avec sa femme, ses enfants et tous ses biens,en remboursement de sa dette.    Alors, tombant à ses pieds,le serviteur demeurait prosterné et disait :‘Prends patience envers moi,et je te rembourserai tout.’    Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.   


Dieu le Père est ce Roi compatissant et miséricordieux Il n'attend même pas que nous nous tournions vers Lui … En effet, conscient de notre misère, , de notre péché, Il envoie Son Fils Jésus pour nous révéler la profondeur de Son Amour et tenter de nous attirer à Lui . Jésus donne tout et jusqu'à Sa vie pour manifester l'amour incomparable du Père à notre égard. Durant trois ans Il arpente la Palestine, fait le Bien , rien que le bien, guérit les malades, soigne les blessés, rend la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la marche aux paralysés, la réintégration aux lépreux, enseigne l'unique voie susceptible de conduire à la paix du cœur ! Il va jusqu'à se donner en nourriture car Il sait que la route sera longue et semée d'embûches ! Prévoyant, Il prépare «  l' après » en formant douze hommes capables de prendre sa succession en mains pour évangéliser en Son Nom jusqu'aux extrémités de la terre, lier et délier leurs frères aux prises avec les forces du mal …Initie les sacrements pour nous permettre de reprendre force, courage, joie pour servir nos frères comme Il nous l'a montré Et que faisons-nous en réponse à cette insondable générosité ?

Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent.Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant :‘Rembourse ta dette !’    Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait :‘Prends patience envers moi,et je te rembourserai.’    Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait.    Ses compagnons, voyant cela,furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé.    Alors celui-ci le fit appeler et lui dit :‘Serviteur mauvais !je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié.Ne devais-tu pas, à ton tour,avoir pitié de ton compagnon,comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’    Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.  

 Ne nous arrive-t-il pas de nous comporter comme le serviteur de la Parabole ! Oh c'est souvent plus subtil, mais il n'en reste pas moins vrai que nous sommes parfois impitoyables à l'égard de notre prochain, quel qu'il soit ! Très souvent, comme le serviteur de la Parabole, que ce soit en quittant l'église après avoir reçu en nous , dans le Temple de notre cœur, le Christ Jésus Lui-même, ou en quittant le ministre du Sacrement de la Réconciliation , arrivant à la maison nous retrouvons nos vieux démons. Il suffit d'une bricole qui éveille en nous un souvenir et notre langue se délie , nous tenons des propos remplis de colère quand ce n'est pas de haine à l'égard de tel ou tel ! Nous gardons, parfois nous cultivons de vieilles rancunes , nourrissons d'éventuelles vengeances blessé par celui ou celle à qui nous avons fait du bien .Nous occultons totalement la miséricorde du Seigneur à notre adresse, ce Seigneur que nous portons en nous et nous écrasons l'autre comme on écraserait un moucheron ! Il n'est pas inutile de réfléchir à la cohérence de notre agir avec la foi que nous proclamons, l’Évangile que nous méditons, les sacrements que nous recevons ! Relisons très sérieusement la première lecture de ce jour écrite cent quatre vingts ans avant le Christ :


 Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ;alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme,comment peut-il demander à Dieu la guérison ?    S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable,comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ?    Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ;qui donc lui pardonnera ses péchés ?    Pense à ton sort final et renonce à toute haine,pense à ton déclin et à ta mort,et demeure fidèle aux commandements.    Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain,pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas.

Dans l’Évangile de ce jour nous constatons une nouvelle fois, que Jésus est venu « ACCOMPLIR » la loi et les Prophètes ! Jésus qui connaît le cœur de l'homme, quand Il nous apprend à prier que dit-Il : « Notre Père qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié; que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour; Pardonne-nous nos offenses, COMME nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; Ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du malin »Mt 6 Comment pouvons-nous reprendre cette prière, si nous refusons le pardon à nos frères ? Comment pouvons-nous nous présenter à la communion si nous refusons d'accueillir notre frère : « Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi laisse ton offrande devant l'autel et va d'abord te réconcilier avec ton frère,Mt 5 Le pardon est une démarche difficile,mais Pardonner, c'est déposer une rose dans le jardin de l'amour car c'est dans notre coeur que ses pétales s'ouvriront,pour venir embellir ces précieux moments de bonheur où tu connais la joie de redonner à quelqu'un une seconde chance de bonheur. " Je te pardonne " est un mot qui guérit et enrichit notre vie...(auteur inconnu)

Ceux qui pardonnent écrivait Michel HUBAUT franciscain sont les guérisseurs de l'humanité Plutôt que de ressasser l'offense ou le dommage, plutôt que de rêver de revanche ou de vengeance, ils arrêtent le mal à eux-mêmes... Pardonner, c'est l'acte le plus puissant qu'il soit donné aux hommes d'accomplir.

Suite aux atrocités de la guerre au Liban il poursuit :Je prenais soudain conscience que le pardon peut devenir une des plus belles manifestations de l'Esprit dans le cœur d'un homme. Car le geste de cet homme n'était pas à mesure humaine! ( un homme qui demandait une messe pour les bourreaux de son fils!) J’ai compris, ce soir-là, que « pardonner » c'était vraiment «  avoir part-au-don » de Dieu,


participé à la gratuité de son amour infini
. Notre logique humaine, celle de la spirale mortelle de la haine, de la rancune qui engendre la vengeance du mal qui engendre le mal est, par le « pardon » ,brutalement  déraisonnablement rompue.Ce qui pourrait apparaître comme une faiblesse, une capitulation, devient soudain une marche à contre-courant, un passage inattendu de l'Esprit. Quel saut incroyable! Passer de notre logique humaine à celle de Dieu, à la logique de l'amour qui, un jour, sur le Calvaire, est mort en criant : «  Pardonne-leur ! »

Pardonner n'est pas oublier et oublier  ce n'est pas pardonner. À l'entrée de la crypte du Mémorial de la Déportation à Paris figure l'inscription : « Pardonne. N'oublie pas ! »

 Pardonner ne signifie pas nier les fait. Cela conduirait à des impasses. Il est vrai que lorsqu'on subit un coup dur, une des réactions de défense les plus fréquentes est de se blinder, de se cuirasser contre la souffrance. Mais cette manière d'annuler l'événement rend toute guérison impossible, tant que l'on refusera de reconnaître l'offense avec la souffrance profonde qui l'accompagne.Toutes nos facultés sont mobilisées dans le pardon : la sensibilité, le cœur, l’intelligence, le jugement, l’imagination.certain vous diront que « le pardon n’appartient qu’a Dieu » Ce qui est encore une manière de se décharger sur Dieu de notre propre responsabilité. Or, comme toujours Dieu ne fait pas à notre place ce qu’il désire faire avec nous. Le pardon relève à la fois de l’humain et du divin.Il est vrai que le pardon n’est pas à mesure humaine et que l’homme, sans la force de l’Esprit, est incapable de pardonner, mais c’est bien l’homme, qui éclairé, animé par l’Esprit, qui doit prendre l’initiative de pardonner.

Prendre la décision de ne pas se venger le processus du pardon ne peut commencer aussi longtemps que je nourris le désir de me venger, tant que je continue  à me complaire et à m'épuiser dans la situation de victime. Ce désir de vengeance empêche toute cicatrisation - ma blessure, concentre toute mon énergie sur le passé, étouffe le présent et bouche mon avenir.

Ce désir de vengeance m'entraînera dans cette ronde infernale que nous avons évoquée, nourrira en moi le ressentiment,

Je dois reconnaître lucidement et assumer la souffrance que cette offense m’a causée. Cette étape des émotions repérées et maîtrisées est importante, car nous avons parfois tendance à les enfouir. Il importe donc de bien identifier nos blessures, en sachant que les plus difficiles à reconnaître sont celles qui rejoignent parfois d’anciennes blessures que la moindre offense réveille. C’est assez fréquent que l’incapacité à pardonner trouve son origine dans de vieilles blessures ou frustrations de l’enfance. Il ne s’agit ni de grossir ni de nier nos blessures, mais de les reconnaître pour les  assumer et les dépasser.

Il n'est jamais facile d'assumer notre finitude d’accepter de ne pas être parfait (cela s'appelle l'humilité dans la tradition chrétienne). Tous les psychologues vous le diront la  première démarche nécessaire pour trouver un équilibre intérieur est l'acceptation de soi. Celui qui ne s'aime pas  et ne  se pardonne pas ne pourra pas non plus aimer et pardonner à autrui Nous avons tous à nous pardonner à nous même de n'être pas l'homme ou la femme que nous rêvions, d’être limités en tel ou tel domaine, et d’avoir échoué sur le plan professionnel ou sentimental … bref d’être simplement des hommes et non des dieux.

Je peux aussi tenter de trouver un sens positif à cette blessure ou offense vécue. Comment vais-je me servir de cette épreuve ou de cet échec  pour grandir ? Car au sein de toute épreuve ou de tout échec, est cachée une fécondité secrète, des éléments de progrès. Combien de personnes ont vu leur vie prendre une nouvelle direction à la suite d’une grande épreuve, ont grandi intérieurement et donné un nouveau sens à leur vie.

 Le pardon est une expression extrême  de l’amour puisqu’il s’agit  d’aimer malgré l’offense subie, ce qui effectivement  demande des forces spirituelles  qui dépassent les forces humaines.

. Le pardon est vraiment au carrefour de l'humain et du divin. Car c'est bien l'homme qui doit pardonner, mais il ne le peut que soutenu par la grâce. Le pardon évangélique suppose que l'homme entre dans une nouvelle dimension des relations humaines : celle la gratuité de Dieu, de l'amour désintéressé du Christ.

L'acte de pardonner n'entraîne pas automatiquement l'acte de se réconcilier, contrairement à ce que certains « spirituels » écrivent parfois. Pardonner ne consiste pas à revenir à la case départ comme si rien ne s'était passé! Sans doute la suite souhaitable du pardon est la réconciliation, surtout pour des conjoints, des parents, des enfants, des amis, des collègues de travail. Mais, même si la réconciliation est possible, il ne faut pas s'imaginer qu'elle implique de se retrouver comme avant la faute. On ne peut pas reprendre la relation, comme si rien ne s'était passé, mais il  faut l'approfondir, lui donner de nouvelles bases, une autre forme.

Même si je ne peux ne pas aller jusqu'à la réconciliation, le pardon reste bénéfique pour moi-même : il me réconcilie avec moi-même, je ne suis plus dominé par le ressentiment et l’esprit de vengeance, je ne juge plus mon offenseur  et je peux lui souhaiter dans mon cœur le plus grand bonheur possible.


C’est la chaleur de l’amour qui fait l’essentiel de la croissance de tout être humain. L’homme ne grandit ne progresse que devant ceux qui croient en lui, lui font confiance. C’est vrai de l’enfant et de l’école.


C’est aussi vrai de l’adulte dans son travail ou sa vie relationnelle. C’est vrai pour celui qui est en prison pour expier ses méfaits.

Pardonner, c'est donner à chacun le temps de grandir, de chanceler, de se relever, et de tomber encore; c'est accepter que sa croissance, comme la nôtre, est une très longue histoire et même une sacrée bataille contre de multiples forces contraires, mauvaises, intérieures et extérieures. « Je suis bien pire que vous ne croyez et bien meilleur que vous ne pensez », disait Léon Bloy.

 Pardonner, c'est être convaincu que notre frère, notre conjoint, nos enfants, celui qui nous a offensés, ont besoin d'être aimés pour devenir eux-mêmes, croire que la qualité de notre amour est le facteur essentiel, déterminant de leur croissance. Nos frères attendent souvent qu'on les aime pour devenir meilleurs. Et nous, nous attendons qu'ils soient meilleurs pour les aimer!

 Le regard de confiance est celui qui ne réduit jamais l'autre à ses défauts dominants, à son passé, à son handicap ou à son blocage psychologique. Faire confiance en l'autre pour l'aider à grandir, c'est prendre la décision de mettre davantage en lumière ses efforts, ses progrès que ses déficiences. Savoir s'émerveiller de ce que les autres font de bien et savoir le leur dire.

 Si la flatterie est méprisable, par contre les compliments et les félicitations mérités sont des facteurs de transformations parfois étonnantes, tandis que la critique engendre souvent chez l’autre le découragement et la régression.


Mais, ne rêvons pas! Il est vrai que, parfois, des êtres sont tellement blessés dans leur corps, dans leur cœur, que même notre amour ou notre pardon semblent incapables de guérir les blessures profondes de leur être cassé. Douloureux constat d'impuissance mais qui ne doit pas engendrer une mauvaise culpabilité. Quand on a fait tout ce qui était en notre pouvoir d'homme, pardonner consiste alors à le confier, par la prière, à la miséricorde de Dieu.

 

Mais il y a beaucoup plus d'hommes malheureux, blessés, mal dans leur peau, que d'hommes foncièrement méchants, tant  d'hommes et de femmes ont une image si négative d'eux-mêmes - celle que leur renvoient souvent les autres! Qu’animés inconsciemment par un instinct de mort, ils finissent par se détruire eux-mêmes.

 La tradition chrétienne n’oppose pas justice et charité, car le pardon vise la personne et non l’acte mauvais qui reste mauvais et en tant que tel mérite une sanction.

 L’homme est sans cesse tenté de se faire  le centre absolu et de se substituer à Dieu. Il n’a pas compris que l’amour du Père est sa source, son identité, sa vie, sa croissance, sa raison d’être, son bonheur. Il n’a pas saisi que l’amour de Dieu n’aliène pas sa liberté mais la construit, structure tout son être.

 Faire l’aveu de son péché à quelqu’un qui vous aime n’est jamais honteux mais libérateur. L’amour de Dieu est vulnérable comme celui d’une mère, il est ému jusqu’aux entrailles, quand un de ses enfants vient vers lui, déchiré et lui fais l’aveu de sa misère. Dieu ne veut jamais l’humiliation de sa créature. Il est plus préoccupé de notre avenir, de notre devenir que de notre passé. Il regarde toujours devant et jamais en arrière. J’arriverais  probablement au ciel avec des sparadraps un peu partout et des cicatrices plein le cœur. Qu’importe ! L’essentiel est d’y arriver !Non

Oui faire l’aveu de sa faute devant l’amour de Dieu n’aliène pas l’homme mais le grandit et le libère.(notes)




Et Jésus de conclure la Parabole :t

Jésus de conclure laC’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera,si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »

Ainsi c'est-à-dire :Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.et comme nous sommes insolvables si nous considérons l'insondable MISÉRICORDE du Père à notre égard ,( n'a-t-Il pas mis Son Fils unique dans l'autre plateau de la balance pour rétablir l'équilibre perdu par notre humanité?) hâtons-nous d'aimer et d'aimer toujours plus,car quoiqu'il en soit, nous serons éternellement en retard, sur l'AMOUR INFINI ! AIMONS ! PARDONNONS ! DÉLIONS CE QUE NOUS AVONS PU LIER !


Ta nuit sera lumière de midi

Si tu dénoues les liens de servitude,
Si tu libères ton frère enchaîné,
La nuit de ton chemin sera lumière de midi,
La nuit de ton chemin sera lumière de midi.
Alors, de tes mains, pourra naître une source,
La source qui fait vivre la terre de demain,
La source qui fait vivre la terre de Dieu.

Si tu détruis ce qui opprime l'homme,
Si tu relèves ton frère humilié,
La nuit de ton combat sera lumière de midi,

La nuit de ton combat sera lumière de midi.
Alors, de ton pas, pourra naître une danse,
La danse qui invente la terre de demain,
La danse qui invente la terre de Dieu.

Si tu dénonces le mal qui brise l'homme,
Si tu soutiens ton frère abandonné,
La nuit de ton appel sera lumière de midi,

La nuit de ton appel sera lumière de midi.
Alors, de tes yeux, pourra luire une étoile,
L'étoile qui annonce la terre de demain,
L'étoile qui annonce la terre de Dieu.

Si tu abats les murs entre les hommes,
Si tu pardonnes à ton frère ennemi,
La nuit de ton appel sera lumière de midi,
La nuit de ton appel sera lumière de midi.
Alors, de ton pain, pourra vivre une Église,
L'Église qui rassemble la terre de demain,
L'Église qui rassemble la terre de Dieu.



L'Ermite

vendredi 4 septembre 2020

AIME AIMER !

 

XX I I I e DIMANCHE

DU TEMPS ORDINAIRE

ANNEE A

(Mt 18, 15-20)




Se perdre pour se trouver, tel était le thème de notre dernière méditation .

Cette semaine, nous passons du chapitre 16 de St Matthieu au chapitre 18 laissant derrière nous le merveilleux événement de la Transfiguration où Jésus se laisse voir dans Sa Gloire cachée et future, pour conforter ses apôtres au moment de la Passion et pour les fortifier dans la mission qu'Il leur confiera !

La surprenante question sur Élie, la guérison du démoniaque épileptique, la deuxième annonce de la Passion, très brève celle-là, et qui attriste fortement le groupe !

La redevance du Temple acquittée par Jésus et Pierre, où Jésus, Seigneur et Maître de nos vies ne se soustrait pas aux obligations de la loi, et règle comme tout bon citoyen la redevance imposée ( à nous de réfléchir sur notre façon d'accueillir les contraintes imposées par les exigences sanitaires du moment : les acceptons nous , les esquivons-nous ou les rejetons-nous en cherchant par tous les moyens à justifier notre désapprobation ??)

L'insidieuse question sur « qui est le plus grand » à laquelle Jésus répond en plaçant un enfant dans le cercle des intéressés qui comprennent alors la vacuité de leur questionnement,

Suivie du scandale contre un petit enfant qui donne lieu à une mise en garde sévère face à tout ce qui, en nous et autour de nous, peut conduire au péché.

Et la brebis égarée, brève Parabole choisie par Jésus pour nous révéler à quel point nous sommes aimés par le Père de toute tendresse qui fait tout pour que toute personne soit sauvée !


Dans ce grand discours Jésus aborde les relations fraternelles :
Jésus disait à ses disciples :    « Si ton frère a commis un péché contre toi,va lui faire des reproches seul à seul.S’il t’écoute, tu as gagné ton frère.S’il ne t’écoute pas,prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter,dis-le à l’assemblée de l’Église ;s’il refuse encore d’écouter l’Église,considère-le comme un païen et un publicain.

Jésus nous invite à réfléchir sur une question particulièrement épineuse qui appelle une profonde humilité . C'est la seule vertu qui permette d'entretenir des relations saines avec nos sœurs et frères ! Qu'il s'agisse des relations familiales, fraternelles au sein d'une même fratrie, ou dans le cercle familial élargi, ou de voisinages ou encore de frères et sœurs avec qui nous partageons la même foi, sans oublier ceux qui, chrétiens aussi, appartiennent à des Églises réformées et apparentées, ou à d'autres religions ! Disciples de Jésus nous avons un devoir d'exemplarité !

Les relations humaines, nous en faisons tous l'expérience, sont une question brûlante, Jésus les évoque bien souvent et de différentes façons , c'est dire leur importance !

Je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. A celui qui te frappe sur une joue, présente l'autre. A celui qui te prend ton manteau, laisse prendre aussi ta tunique. Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas à celui qui te vole. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux.

Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez quand vous êtes sûrs qu'on vous rendra, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu'on leur rende l'équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. (Luc 6)

Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. » (Jean 17)

Mes petits enfants, je suis pour peu de temps encore avec vous. Vous me chercherez


; et, comme j'ai dit aux Juifs: Vous ne pouvez venir où je vais, je vous le dis aussi maintenant. Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; COMME je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jean 13)


A l'écoute de ces paroles de Jésus comment nous sentons-nous ? N'éprouvons-nous pas un sentiment de gêne, voire de honte? Le rouge n'accentue-t-il pas nos pommettes  ? La question qui jaillit ou devrait jaillir ,n'est-ce pas : qui suis-je ? Suis-je vraiment un ami de Jésus Lui qui dit « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître. (Jean 15)

Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. (Jean 15) et ce que Jésus nous commande en premier lieu c'est DE NOUS AIMER ! Et quand je pense que certains parmi nous , ne voient pas la nécessité de s'approcher du sacrement de la réconciliation : « je n'ai rien à dire » expliquent-ils ? Rien à dire ? Notre responsabilité est insondable, comme est insondable l'Amour de Dieu ! Écoutons - nous personnellement parler de nos frères et sœurs, penser à nos frères et sœurs en humanité, réagir en cas de désaccord !

Jésus dit encore :

il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. » (Luc 18)

Est bassement riche en effet celui qui se croit supérieur aux autres, celui qui juge, son prochain, qui l'insulte , Jésus ne dit-Il pas  :

Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu'un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu'un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu. (Mt 5)

Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Aussi tout ce que vous aurez dit dans l'ombre sera entendu au grand jour, ce que vous aurez dit à l'oreille dans le fond de la maison sera proclamé sur les toits. Je vous le dis, à vous mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et après cela ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d'envoyer dans la géhenne. Oui, je vous le dis : c'est celui-là que vous devez craindre. (Lc 12)

Aimer tous ses frères, les gentils et les méchants, les beaux et les moins attrayants, les intelligents et les benêts... c'est vrai, il est difficile d'aimer chacun dans sa différence COMME Jésus nous aime ! Nous savons où cet amour l'a conduit ! Or c'est bien cela qui nous est demandé et c'est LE COMMANDEMENT PAR EXCELLENCE  puisque c'est celui qui nous rend « semblables à Jésus » ! C'est celui qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples précise Jésus, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres.

« L'amour est crucifiant » écrit Paul Baudiquey (prêtre) . Je me souviens de ce prêtre, décédé voilà quelques années, avec qui j'ai travaillé en catéchèse, il avait une organiste exécrable, d'un caractère particulièrement difficile,violente, jalouse et j'en passe, jamais ce prêtre « n'est sorti de ses gonds » par contre il prenait tellement sur lui-même pour ne pas céder au moindre mouvement d'humeur, qu'il faisait de terribles crises de foie à force de se contenir  ! Voilà un aspect de l'amour du frère !

« Aimer ne va pas de soi, il y faut un intense, un incessant et toujours neuf investissement de soi, une vigilance que rien n'épuise , que rien ne lasse » (P.Baudiquey)

Ce même prêtre, responsable pastoral du doyenné, m'a demandé un soir d'automne de l'accompagner pour célébrer les 90 ans d'un autre prêtre, toujours en activité ministérielle. Il avait apporté une bouteille de champagne, je portais un gâteau, et nous avons célébré , dans la surprise et une grande discrétion cet anniversaire ! Voilà un autre aspect de l'amour !

Aimer c'est toujours aller plus loin, l'amour est porteur de lumière, c'est un feu qui brûle sans se consumer, nous n'aurons jamais fini d'aimer , car aimer s'apprend chaque jour, chaque instant !

Ce n'est pas facile d'aimer vraiment le frère qui nous agresse, nous bouscule, veut avoir raison à n'importe quel prix, conteste tout, fait ostensiblement le contraire de ce qui est demandé … et pourtant nous sommes appelés à l'aimer ! Il ne s'agit pas de s'exposer à ses sarcasmes, à ses violences, à ses intimidations, mais d' être prêt à le secourir le cas échéant et surtout, de prier quotidiennement et chaque fois que son souvenir se présente à notre esprit, pour qu'il, elle , ouvre son cœur au don de Dieu et que le mien, lui reste ouvert ! Car poursuit Jésus :

Amen, je vous le dis :tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel,et tout


ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.

En effet, Jésus nous demande de délier nos frères dès cette terre et il ne s'agit pas ici du seul sacrement de réconciliation dont les prêtres seuls sont les ministres, mais chaque fois que nous refusons de pardonner les offenses de nos frères, chaque fois que nous entretenons une rancune, nous lions nos frères , nous les enfermons dans le Mal ! S'ils partent ainsi vers le Royaume leur pensée nous tourmentera, ils ne jouiront pas pleinement du don de Dieu et nous - mêmes seront tourmentés ! D'où l'urgence de nous réconcilier, et d'offrir le pardon ! Voici ce qu'écrivait SAINT JEAN CHRYSOSTOME :

Le premier chemin de la conversion, c'est la condamnation de nos fautes.

Il y en a un deuxième, qui n'est pas inférieur à celui-là : c'est de ne pas garder rancune à nos ennemis, de dominer notre colère pour pardonner les offenses de nos compagnons de service, car c'est ainsi que nous obtiendrons le pardon de celles que nous avons commises contre le Maître ; c'est la deuxième manière d'obtenir la purification de nos fautes. Si vous pardonnez à vos débiteurs, dit le Seigneur, mon Père, qui est au ciel ,vous pardonnera aussi.

Mais, direz-vous, « il, elle se moquera de moi ! Il, elle me prendra pour un faible ! »,( Jésus n'a-t-Il pas été raillé, insulté sur le chemin du Calvaire ?) il, elle se détournera de moi, il, elle triomphera, se gaussera  ! C'est possible et cela arrive effectivement, l'important n'est-il pas de cultiver un cœur libre et serein ? Si la personne s'endurcit il nous reste la prière ! Jésus nous le demande, «Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin que vous deveniez enfants de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et descendre la pluie sur les justes et sur les injustes.Si en effet vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. (Mt 5)

Ce que Saint Paul traduit en ces termes :

Ne soyez en dette avec personne, si ce n'est de l'amour mutuel; car celui qui aime son prochain a accompli la loi. :  L’amour ne fait rien de mal au prochain.Donc, le plein accomplissement de la Loi,c’est l’amour. (Rm 13)

Oui,ayons à cœur de délier nos frères, c'est à ce prix que nous le serons nous-mêmes !

    Et pareillement, amen, je vous le dis,si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit,ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux.    En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom,je suis là, au milieu d’eux. »


Voilà une magnifique promesse de la part de Jésus et un encouragement à la prière pour ceux de nos frères qui nous créent des soucis ! Il ne s'agit pas de divulguer des noms mais demander la prière et/ou de prier ensemble pour la ou les personnes qui portent un contre - témoignage de vie selon l'évangile C'est même un devoir de le faire ! Dans la première lecture, Ézéchiel et nous avec lui, sommes établis « guetteurs » :« Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. » nous sommes appelés à veiller sur nos frères pour les soutenir, dans leur combat spirituel contre les forces du mal, comme ils sont d'ailleurs appelés à le faire pour nous !  Le frère qui est aidé par son frère, est comme une ville forte, et leurs jugements sont comme les barres des portes des villes Pv 18, 19

Si nous poursuivons la lecture d’Ézéchiel de la Liturgie de ce jour nous accueillons un exemple particulièrement éloquent de la Parole de Jésus : « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. (Mt 5)

Lorsque tu entendras une parole de ma bouche,tu les avertiras de ma part.    Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’,et que tu ne l’avertisses pas,si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise,lui, le méchant, mourra de son péché,mais à toi, je demanderai compte de son sang.    Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite,et qu’il ne s’en détourne pas,lui mourra de son péché,mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

L'évangile de ce jour nous dit :« Si ton frère a commis un péché contre toi,va lui faire des reproches seul à seul. S'il t'écoute , tu as gagné ton frère. S'il ne t'écoute pas prends en plus avec toi une

ou deux personnes afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter,dis-le à l’assemblée de l’Église ;s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain.Il s'agit de ce qui est connu dans la vie spirituelle comme l'exercice de la correction fraternelle. Cette pratique est exigeante, difficile et suppose que l'intervenant soit vraiment habité par un Amour pur, désintéressé, qui envisage la libération de la personne concernée bien plus que son propre intérêt, ou la réparation du mal enduré.Il est important de prier, de prendre conseil et de demander la prière d'autrui au moment où nous comptons intervenir afin que l'Esprit Saint habite le cœur des deux personnes concernées. Donnons-nous du temps, ne cherchons pas à régler au plus vite ce genre de situation , demandons au Seigneur de choisir le moment adéquat . Si nous prenons de la distance, si nous remettons cette rencontre dans le Cœur de Jésus dans un absolu désintéressement, nul doute que nous serons conduits par l'Esprit d'Amour et de Vérité, nous serons nous-mêmes étonnés et expérimenterons ce que signifie être serviteurs ! C'est ainsi que nous connaîtrons la joie parfaite dont parle Saint François d'Assise.




Comment Saint François, cheminant avec frère Léon, lui exposa ce qu'est la joie parfaite.

Comme saint François allait une fois de Pérouse à Sainte Marie des Anges avec frère Léon, au temps d'hiver, et que le froid très vif le faisait beaucoup souffrir, il appela frère Léon qui marchait un peu en avant, et parla ainsi : « O frère Léon, alors même que les frères Mineurs donneraient en tout pays un grand exemple de sainteté et de bonne édification, néanmoins écris et note avec soin que là n'est pas point la joie parfaite. »

Et saint François allant plus loin l'appela une seconde fois : « O frère Léon, quand même le frère Mineur ferait voir les aveugles, redresserait les contrefaits, chasserait les démons, rendrait l'ouïe aux sourds, la marche aux boiteux, la parole aux muets et, ce qui est un plus grand miracle, ressusciterait des morts de quatre jours, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »

Marchant encore un peu, saint François s'écria d'une voix forte : « O frère Léon, si le frère Mineur savait toutes les langues et toutes les sciences et toutes les Écritures, en sorte qu'il saurait prophétiser et révéler non seulement les choses futures, mais même les secrets des consciences et des âmes, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »

Allant un peu plus loin, saint François appela encore d'une voix forte : « O frère Léon, petite brebis de Dieu, quand même le frère parlerait la langue des Anges et saurait le cours des astres et les vertus des herbes, et que lui seraient révélés tous les trésors de la terre, et qu'il connaîtrait les vertus des oiseaux et des poissons, de tous les animaux et des hommes, des arbres et des pierres, des racines et des eaux, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »

Et faisant encore un peu de chemin, saint François appela d'une voix forte : « O frère Léon, quand même le frère Mineur saurait si bien prêcher qu'il convertirait tous les fidèles à la foi du Christ, écris que là n'est point la joie parfaite. »

Et comme de tels propos avaient bien duré pendant deux milles, frère Léon, fort étonné, l'interrogea et dit : « Père, je te prie, de la part de Dieu, de me dire où est la joie parfaite. » et saint François lui répondit : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu'il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres ; allez-vous en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu'il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu'à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d'injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

Et si nous persistons à frapper, et qu'il sorte en colère, et qu'il nous chasse comme des vauriens importuns, avec force vilenies et soufflets en disant : « Allez-vous-en d'ici misérables petits voleurs, allez à l'hôpital, car ici vous ne mangerez ni ne logerez », si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

Et si nous, contraints pourtant par la faim, et par le froid, et par la nuit, nous frappons encore et appelons et le supplions pour l'amour de Dieu, avec de grands gémissements, de nous ouvrir et de nous faire cependant entrer, et qu'il dise, plus irrité encore : « ceux-ci sont des vauriens importuns, et je vais les payer comme ils le méritent », et s'il sort avec un bâton noueux, et qu'il nous saisisse par le capuchon, et nous jette par terre, et nous roule dans la neige, et nous frappe de tous les nœuds de ce bâton, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni, que nous devons supporter pour son amour, ô frère Léon, écris qu'en cela est la joie parfaite.

Et enfin, écoute la conclusion, frère Léon : au-dessus de toutes les grâces et dons de l'Esprit-Saint que le Christ accorde à ses amis, il y a celui de se vaincre soi-même, et de supporter volontiers pour l'amour du Christ les peines, les injures, les opprobres et les incommodités ; car de tous les autres dons de Dieu nous ne pouvons nous glorifier, puisqu'ils ne viennent pas de nous, mais de Dieu, selon que dit l'Apôtre : « Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu de Dieu ? et si tu l'as reçu de lui, pourquoi t'en glorifies-tu comme si tu l'avais de toi-même ? ». Mais dans la croix de la tribulation et de l'affliction, nous pouvons nous glorifier parce que cela est à nous, c'est pourquoi l'Apôtre dit : « Je ne veux point me glorifier si ce n'est dans la croix de Notre-Seigneur Jésus Christ. »






Paix, Joie, Amour sont condensés dans : AMOUR !

L'Ermite