mercredi 7 novembre 2018

ELLE A TOUT DONNE !

 XXXII e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

ANNÉE B
(Mc 12, 38-44)

En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait aux foules :« Méfiez-vous des scribes,qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques,les sièges d’honneur dans les synagogues,et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières :ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »

Cette mise en garde de Jésus peut nous paraître sévère . Souvenons-nous de la note de dimanche dernier et recherchons ce qu'en disent les évangélistes ? Les scribes sont cités cinquante neuf fois dans les évangiles, et ce n'est pas à leur avantage !
Les foules qui suivent Jésus font la différence entre les propos tenus par Jésus et ceux des scribes : « On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes (Marc 1)


N'osant pas prendre Jésus de front, les scribes murmurent contre Jésus et vont jusqu'à l'accuser de blasphème : « Or, il y avait dans l'assistance quelques scribes qui raisonnaient en eux-mêmes : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? (Marc 2)


Les scribes n'hésitent pas à voir en Jésus un suppôt de Satan : « Et les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient : " Il a Béelzéboul ! " et : " C'est par le chef des démons qu'il chasse les démons. " (Marc 3)


Ils remettent en question les mœurs des disciples de Jésus , en parlant ainsi, c'est Jésus, le Maître qu'ils veulent atteindre : « Les pharisiens et quelques scribes étaient venus de Jérusalem. Ils se réunissent autour de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées. (Marc 7) »


Et n'hésitent pas à s'attaquer aux agissements de Jésus qui tient à faire respecter le lieu saint, transformé ici, en caverne de voleurs . Ils vont même jusqu'à vouloir Le faire mourir !
Les chefs des prêtres et les scribes apprirent la chose, et ils cherchaient comment le faire mourir. En effet, ils avaient peur de lui, car toute la foule était frappée par son enseignement. (Marc 11)

Jaloux de l'autorité manifeste de Jésus, ils vont jusqu'à Le Lui reprocher et Lui demandent de rendre compte de sa conduite : «  Jésus et ses disciples reviennent à Jérusalem. Et comme Jésus allait et venait dans le Temple, les chefs des prêtres, les scribes et les anciens vinrent le trouver. Ils lui demandaient : « Par quelle autorité fais-tu cela ? Ou bien qui t'a donné autorité pour le faire ? » (Marc 11)

De son côté, Jésus n'est pas dupe, Il est conscient de leurs regards inquisiteurs, de leurs rejets, de leurs intentions dévoyées , Il en avertit Ses disciples qui ne comprennent guère ce langage « Et, pour la première fois, il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. (Marc 8) »

« Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l'homme sera livré aux chefs des prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort, ils le livreront aux païens, ils se moqueront de lui, ils cracheront sur lui, ils le flagelleront et le tueront, et trois jours après, il ressuscitera. » (Marc 10)

Aussi quand, aujourd'hui, Jésus dans Son enseignement déclare :« Méfiez-vous des scribes,qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques,les sièges d’honneur dans les synagogues,et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières :ils seront d’autant plus sévèrement jugés. » . quand Jésus dit cela, Il le fait au grand jour, en pleine assemblée, dans le Temple à la différence des scribes qui murmurent et agissent la plupart du temps dans l'ombre, en essayant de piéger Jésus.
  
Jésus ne se cache pas, et si Sa Parole peut sembler provocante, c'est pour le bien de chaque partie . Il aimerait bien que Ses mises en garde permettent la conversion des scribes et des pharisiens, Il aimerait qu'en les montrant du doigt ils soient conduits à changer de comportement ! Quant à Ses disciples et à la foule qui se bouscule pour l'approcher, pour toucher parfois ne serait-ce que les franges de Son vêtement, Jésus veut les éclairer sur les incohérence de leur vie. En soulignant les travers des scribes Il veut éveiller leur attention et la nôtre, car qui que nous soyons, nous courrons toujours ce risque de créer des relations avec les personnes qui ont un certain brio, s'expriment avec élégance, attirent l'attention par leur situation , leur position sociale, leur tenue vestimentaire etc nous voyons et nous attachons comme le dit Jésus , à l'extérieur de la coupe alors que l'intérieur est profondément pollué ! C'est là qu'il est judicieux d'exercer un bon discernement pour bien voir :« tout ce qui brille n'est point or » c'est à dire « il ne faut pas se fier aux apparences ». Ces dernières peuvent être trompeuses et nous conduire à passer à côté de vrais diamants cachés sous d'humbles coquilles. 
 
Jésus les invite, nous invite, à une authentique humilité, à la simplicité, à la prudence, à la lucidité...Ce qui blesse le plus Jésus, c'est l'attitude de ces hommes à la riche apparence qui privent de pauvres veuves de leurs biens, c'est encore plus détestable pour Jésus que toutes leurs machinations et leurs tricheries.

D'ailleurs, après cette diatribe, Jésus s'assied dans le Temple face à la salle du Trésor .Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor Que représente cette salle du Trésor ?Le trésor du temple était dans la Cour des femmes. « Une rangée de colonnes
en faisait le tour, et dans l’allée, contre le mur, se trouvaient les treize troncs, ou “trompettes”, dans lesquels on déposait les offrandes ».
Les troncs étaient appelés « trompettes » parce qu’ils étaient étroits au sommet et larges à la base. L’argent mis dans un tronc était réservé à un usage spécifique. Deux troncs étaient réservés à l’impôt du temple : un pour l’année en cours et un pour la précédente. Les troncs 3 à 7 recueillaient les sommes fixées pour, respectivement, les tourterelles, les pigeons, le bois, l’encens et les récipients d’or. Si quelqu’un avait mis de côté plus d’argent que ce qui était exigé pour un sacrifice, il déposait le surplus dans un des autres troncs. Ainsi, les troncs 8 à 12 collectaient l’argent restant des sacrifices pour le péché, des sacrifices de culpabilité, des sacrifices d’oiseaux, des sacrifices des naziréens et des sacrifices des lépreux purifiés. Le tronc 13 recevait les offrandes volontaires

.Jésus s'était donc installé, Il observait et regardait comment la foule y mettait de l’argent.Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie.. Les uns, ceux qui s’exhibent, se pavanent, les hâbleurs dirions-nous déposent ostensiblement de riches oboles alors qu'une pauvre veuve
laisse glisser seulement quelques piécettes, celles dont elles aurait bien besoin pour survivre. Les veuves, à l'époque de Jésus, et avant, était dans l'indigence, Jésus le soulignera bientôt. Elles n'avaient pas droit à l'héritage de leur mari et dépendaient de la charité publique.N'oublions pas ici la première lecture de ce jour, où la veuve de Sarepta jure par la vie du Seigneur ton Dieu ( elle s'adresse à Élie qui demande de l'aide) :je n’ai pas de pain.J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine,et un peu d’huile dans un vase.Je ramasse deux morceaux de bois,je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste.Nous le mangerons,et puis nous mourrons. »C'est souvent que l’Écriture évoque le sort de la veuve et de l'orphelin" La veuve et l'orphelin, l'émigré et le pauvre, ne les exploitez pas; que personne de vous ne prémédite de faire du mal à son frère. " (Zacharie 7) Il est demandé, d'en prendre soin, de ne pas les exploiter.

Comme toujours, Jésus va utiliser cette circonstance pour éduquer Ses disciples :Jésus appela ses disciples et leur déclara :« Amen, je vous le dis :cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres.Car tous, ils ont pris sur leur superflu,mais elle, elle a pris sur son indigence :elle a mis tout ce qu’elle possédait,tout ce qu’elle avait pour vivre. » En choisissant de suivre Jésus ,en acceptant l'appel « Viens, suis-moi » de marcher dans Ses pas, lui qui n'a pas où reposer Sa tête, Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des demeures; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête Mt 8,20, les disciples sont invités, non pas à rouler en Mercedes, à revêtir les ors d'une vie luxueuse mais à épouser l'ultime dépouillement de la croix de Jésus. Quant à nous les chrétiens qui proclamons notre foi, il ne nous est pas demandé moins, chacun selon la grâce de son état de vie.


Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur ! (Ps 145, 1b)

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.


Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.


Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !


Nous faisons mémoire aujourd'hui de tous ceux qui ont donné leur vie pour servir leur patrie et donc leurs sœurs et frères. Ne fallait-il pas un amour fou, un dépouillement total, un oubli de soi absolu, une générosité à tout épreuve pour partir sur le Front ,à 18 /20 ans ,défendre les libertés de tout un chacun ? Ils ont donné leur vie pour nous ! Ils se sont sacrifiés pour nous ! Loin de choisir ce qui brille ils ont vécu dans des tranchées, où les conditions de vie étaient sous humaines, ne manquons pas de leur rendre hommage , de les prier, de continuer à les aimer ils sont aussi nos modèles en abnégation, en don total de soi. Prions aussi pour la paix ici et partout dans le monde , faisons nôtre les paroles de Saint Paul VI lors d'une conférence à l'ONU:

«Jamais plus la guerre, jamais plus la guerre. C'est la paix, la paix, qui doit guider le destin des peuples et de toute l'humanité.» Paul VI


Ces paroles ont suscité un chant dont seul me revient le refrain :

Plus jamais, jamais la guerre le monde a soif d'amour 
 
Nous l'avions chanté, voilà quelques années,dans un amphithéâtre plein à craquer , en nous dirigeant calmement vers la sortie en raison d'une alerte à la bombe pendant une conférence de Monseigneur Oscar Roméro,défenseur des pauvres et, récemment reconnu saint par le Pape François.


L'Ermite


jeudi 1 novembre 2018

AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX !

 XXXI e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

ANNÉE B
(Mc 12, 28b-34)
 
  
Un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander :« Quel est le premier de tous les commandements ? » Il n'est pas inutile, je pense de s'interroger sur ce que représente un scribe au temps de Jésus, sur sa fonction et, par conséquent sur sa connaissance des Écritures.

Les scribes sont les spécialistes des Écritures. Diverses appellations servent à préciser leur identité : hommes du Livre, hommes de la Loi, docteurs de la Loi. Au temps de Jésus, il était courant de leur donner le titre de rabbi, « mon maître ».
     À l'origine, les scribes étaient des prêtres. Puis, à partir du IIIe siècle avant Jésus Christ, la profession fut exercée par des laïcs. L'origine des scribes remonte en fait à Esdras, prêtre de naissance et scribe de métier (Esd. 7, 6.11-12 ; Ne. 8,1) Il jouera un rôle de premier plan dans la réorganisation de la société israélite au retour de l'exil et la mise sur pieds de la nouvelle institution qu'est la synagogue : lieu de prière, de lecture et d'étude de la Loi.
     L'autorité et le prestige des scribes suivent la courbe de l'évolution de la religion juive qui, après l'exil et la faillite des institutions anciennes (royauté et sacerdoce), est progressivement devenue la religion du Livre. Toute la vie religieuse consiste donc à se pénétrer de la Torah, à l'interpréter en fonction des situations nouvelles de l'existence. Les scribes prennent en quelque sorte le relais des prophètes en tant qu'éducateurs et guides spirituels du peuple de Dieu. Les prêtres, quant à eux, sont des fonctionnaires du culte.
Les scribes sont, pour la plupart, de tendance pharisienne. Ils sont les transmetteurs et les défenseurs de la Tradition orale. Ce sont eux que les gens du peuple consultent pour éclairer leur vie de foi. Ils gagnent ainsi la faveur du peuple (voir par exemple Si 39, 1-15 Ils jouiront également d'une influence grandissante au Sanhédrin, le grand Conseil de la nation. ( Yves Guillemette, prêtre)

Certains voient dans la question soumise à Jésus, le désir d'aller plus loin dans la rencontre du Dieu vivant et vrai. Compte tenu de la fonction du scribe, j'en suis moins sûre, j'ose m'interroger et voir, en arrière plan, le groupe des Pharisiens qui, selon son habitude cherche à piéger Jésus, pour le mettre en accusation. Par ailleurs, il semblerait que cette question soit posée alors que Jésus est rentrée depuis peu à Jérusalem, la tension monte , il faut absolument avoir des arguments de poids pour faire arrêter Jésus . Quant à nous, n'oublions pas que Jésus n'est pas venu abolir mais accomplir : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé. » Mt 5,17 

Les pharisiens ignorent , ou veulent ignorer, qu'en bon croyant, Jésus connaît l’Écriture encore mieux que tous les Docteurs de la loi réunis ! Jésus, n'hésite pas à répondre et, surtout démontre sans ambages qu'Il est venu ACCOMPLIR la loi mosaïque citée dans le Deutéronome, en première lecture de ce jour. Écoute, Israël :le Seigneur notre Dieu est l’Unique.Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur,de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. » Dt 6, 2-6 Jésus reprend donc le passage connu , le fameux Shema Israël que tout véritable israélite est sensé dire et redire pour s'en imprégner : « Que les paroles que Je t’adresse aujourd’hui soient sur ton cœur. Tu les enseigneras à tes fils, tu en parleras assis dans ta maison, en marchant sur le chemin, à ton coucher et à ton lever. Tu les attacheras en signe sur ta main et elles seront comme fronteaux entre tes yeux. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et à tes portes » 
 
 Jésus lui fit cette réponse :« Voici le premier :Écoute, Israël :le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur.Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme,de tout ton esprit et de toute ta force.Et voici le second :Tu aimeras ton prochain comme toi-même.Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Ce second commandement étant tiré du Lévitique « Le Seigneur parla à Moïse, en disant: " Parle à toute l'assemblée d'Israël, et dis-leur: Soyez saints, car je suis saint, moi le Seigneur, votre Dieu. (Lv 19) Vous traiterez l'étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous; tu l'aimeras comme toi même, (Lv.19)

Pour Jésus , dans Sa conclusion, « aimer Dieu et aimer son frère », c'est un seul et unique commandement. Ne précise-t-il pas en effet « Il n’y a pas de commandement plus grand » au singulier, alors qu'Il a parlé d'un premier et d'un second. Jésus n'hésite pas à reprendre à Son compte ce commandement de l'amour divin et de l'amour fraternel. Jésus place l'amour au-dessus de tout c'est ce qui fera dire à Saint Augustin : « aime et fais ce que tu veux » car celui qui aime ne peut nuire à quiconque.
 
« Ça veut dire quoi : AIMER, interroge Paul Baudiquey dans l'un de ses poèmes ? Et il poursuit : la question est redoutable. Deux sortes de gens la posent : Des gens blessés, trop malheureux, parce qu'ils ne sont pas, ou ne sont plus aimés et ça leur fait tellement mal qu'ils ont envie de ricaner. Et puis des gens heureux et qui n'en reviennent pas, tellement c'est incroyable d'être aimé.....aimer ça ne va pas de soi, et rien n'est jamais gagné d'avance... l'amour se prouve autant qu'il se prouve en aimant . .. Aimer c'est aller toujours plus loin, plus loin que les apparences, plus loin que les déceptions, plus loin que les lassitudes, plus loin que les solitudes...L'amour est porteur de lumière, l'amour est un feu qui brûle sans se consumer, l'amour est vigneron : il sait nous vendanger ... » Et nous savons jusqu'où l'amour a conduit Jésus ! C'est chaque jour que nous apprenons à aimer, à nous dépasser pour permettre à l'autre d'exister.C'est Saint François d'Assise qui parcourait les rues de sa ville en chantant pour être entendu de tous : « l'Amour (Jésus) n'est pas aimé, l'Amour n'est pas aimé ! » François avait compris qu'aimer son frère, c'est aimer son Dieu , pour lui Dieu et son Frère, son Frère et Dieu, c'est une seule et même personne ! Or, nous savons combien il est difficile d'aimer vraiment , une vie ne suffit pas pour apprendre à aimer ! Souvenons-nous de Thérèse de l'Enfant Jésus et de cette sœur âgée devenue difficile à vivre et auprès de laquelle la jeune sœur déployait des prouesses d'amour. Aimer c'est s'oublier, c'est se renoncer , c'est comme Jésus donner sa vie !
L'amour du chrétien devrait être le reflet de celui de son Seigneur. C'est-à-dire aimer tout homme  en toute lucidité bien sûr !

Saint Paul ne nous brosse-t-il pas un tableau saisissant de l'amour dans sa lettre aux Corinthiens ?
Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'Amour, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Quand j'aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je posséderais toute science; quand j'aurais même toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas l'Amour , je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas l'Amour, tout cela ne me sert de rien
L'Amour est patient, il est bon; l'Amour n'est pas envieux, l'Amour n'est point inconsidéré, il ne s'enfle point d'orgueil; il ne fait rien d'inconvenant, il ne cherche point son intérêt, il ne s'irrite point, il ne tient pas compte du mal; il ne prend pas plaisir à l'injustice, mais il se réjouit de la vérité; il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L'Amour ne passera jamais.
Maintenant ces trois choses demeurent: la foi, l'espérance, l'Amour; mais le plus grand des trois c'est l'Amour. (1Corinthiens 13)

Si nous voulons demeurer éternellement dans le Cœur de Dieu nous devenons devenir Amour ! Mais pas un amour à l'eau de rose, un amour vrai qui vit dans la vérité, un Amour fort qui prend au sérieux les commandements de Dieu, un Amour sincère qui ne triche pas, et je vous laisse le soin de continuer !

Ayant entendu la réponse de Jésus Le scribe reprit :« Fort bien, Maître,tu as dit vrai :Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui.L’aimer de tout son cœur,de toute son intelligence, de toute sa force,et aimer son prochain comme soi-même,vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »

« Tu as dit vrai » ce membre de verset ne montre-t-il pas qu'en posant la question à Jésus, le scribe connaissait la réponse ? S'il reconnaît que Jésus dit vrai c'est que sa question était une mise à l'épreuve de Jésus ! Mais peu importe , l'essentiel est dans le contenu. Lui - même ajoute d'ailleurs « aimer son prochain comme soi-même,vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. » Il en sait donc pas mal sur la question ! Il sait parfaitement qu'une offrande, un holocauste, dépourvus d'amour n'ont guère de valeur ! Ce qui fait la valeur d'un acte c'est la densité d'amour qui l'habite. Je peux faire des choses extraordinaires mais sans amour elles ne sont que du vent !

Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse,lui dit :« Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. »Et personne n’osait plus l’interroger.
J'ai envie de dire et le dis : Jésus leur a cloué le bec ! Ils n'osent plus l'interroger, ils se rendent compte expérimentalement, que Jésus les dépasse non seulement en connaissance mais en amour , ils ne sont pas sans entendre et sans connaître les Paroles et les actes par lesquels Jésus manifeste l'Amour du Père :

- Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jean 13)

- Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.
Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie.
Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. (Jean 15)

- Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. (Jean 15)

- Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. » (Jean 17)

- Malheureux êtes-vous, pharisiens, parce que vous payez la dîme sur toutes les plantes du jardin, comme la menthe et la rue, et vous laissez de côté la justice et l'amour de Dieu. Voilà ce qu'il fallait pratiquer, sans abandonner le reste. (Luc 11)

  • Mais à vous qui m'écoutez je dis: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. A celui qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre; et à celui qui t'enlève ton manteau, n'empêche pas (de prendre) aussi ta tunique. Donne à quiconque te demande, et à qui t'enlève ce qui est à toi, ne réclame point. Et ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pareillement pour eux. Et si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on? Aussi bien, les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on? Les pécheurs aussi en font autant. Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on? Des pécheurs aussi prêtent à des pécheurs, afin de recevoir l'équivalent. Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour; et votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, lui qui est bon pour les ingrats et les méchants. Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. (Luc 6)

  • Et ne jugez point, et vous ne serez point jugés; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés; absolvez et vous serez absous. Donnez, et l'on vous donnera: on versera dans votre sein une bonne mesure, pressée, tassée, débordante; car avec la mesure dont vous mesurez il vous sera mesuré en retour. (Luc 6)

En somme aimer suppose que nous devenions saints comme notre Père du ciel est Saint, c'est d'ailleurs ce qu'Il nous demande :Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. (Lv.19) et le chemin de sainteté nous est tracé par Jésus : être disciples c'est
aimer TOUS ses frères, c'est être fidèles aux commandements, c'est donner sa vie,c'est faire ce que Jésus nous commande, c'est observer la loi sans oublier la justice, c'est aimer ses ennemis, bénir ceux qui nous maudissent, présenter sans mot dire , l'autre joue à celui qui nous frappe, donner non seulement son manteau mais aussi sa tunique , faire aux autres ce qu'on espère pour soi, être miséricordieux comme le Père est miséricordieux, ne pas juger, pardonner soixante dix fois sept fois ! Quel magnifique programme ! Quel difficile mais passionnant programme !

Heureux celui qui garde les mains vides,
Et laisse l'or et l'orgueil aux avides :
Un roi grandit dans le pauvre comblé.

Heureux celui qui, face aux violences,
Est lisse tel un roseau sans défense :
Les doux tiendront sur le monde ébranlé.

Heureux celui qui sait le don des larmes,
La grâce amère où la lutte désarme :
C'est l'affligé qui sera consolé.

Heureux celui dont le cœur et la tête
Ont faim et soif de justice parfaite :
Il trouvera sous la vigne le blé.

Heureux celui qui saigne mais pardonne
Et rend le bien pour le mal qu'on lui donne :
Devant son juge il paraît sans trembler.

Heureux celui qu'épargne toute fange,
Du clair regard où se mirent les anges :
Il verra Dieu sans en être aveuglé.

Heureux celui qui sème la concorde,
Les mots de miel dans les bouches qui mordent :
Un arc-en-ciel viendra l'auréoler.

Heureux tous ceux que d'autres jugent dignes
Du vieux mépris dont la croix est le signe :
Car du Royaume ils possèdent la clé. 

Hymne des premières vêpres de Toussaint 


 
C'EST CELA AIMER !
L'Ermite

dimanche 28 octobre 2018

HEUREUX !

C'EST LA FÊTE DE LA TOUSSAINT


En ce temps-là,
    voyant les foules, Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
    Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait :
    « Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux ceux qui pleurent,
car ils seront consolés.
    Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
    Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés.
    Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.
    Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
    Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
    Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi.
    Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux ! » 



  Il vient en chantant,
le peuple des sauvés;
immense fresque de joie,
amour aux cent visages
qui forment ensemble,
dans la lumière,
la seule icône de gloire:
Jésus Christ !

TRÈS BELLE FÊTE DE LA TOUS SAINTS !


L'Ermite

vendredi 26 octobre 2018

QUE VEUX-TU QUE JE FASSE POUR TOI ?

 XXX e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

ANNÉE B
(Mc 10, 46b-52)




 Tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse,le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin.Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth ,il se mit à crier:«Fils de David, Jésus, prends pitié de moi!» 
 Chez Marc, ce récit de Bartimée se trouve juste avant l'entrée messianique de Jésus à Jérusalem. Ce temps fort de la vie de Jésus qui ouvre la Passion et au moment duquel Jésus est acclamé : «  Un grand nombre étendirent leurs manteaux sur le chemin; d'autres, des branchages, qu'ils avaient coupés dans les champs. Et ceux qui allaient devant et ceux qui suivaient criaient : " Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le règne de notre père David ! Hosanna au plus haut des cieux ! " (Marc 11) 
 
Une foule nombreuse accompagne Jésus, qui entend soudain, un homme nommé Bartimée , qui L'interpelle étrangement sous le vocable de « Fils de David » ! Cet homme a sûrement entendu parler de Jésus le Nazaréen que certains considèrent comme le Messie espéré et attendu. L'appeler Fils de David, c'est l'inscrire dans la lignée royale davidique et exprimer l'attente de tout un peuple ! Celle d'un Roi puissant qui changera l'ordre des choses. Cet homme n'a pas tout à fait tort mais, cette dénomination reste incomplète, Jésus est bien plus grand que David et que le roi que certains ont envie de voir en Lui, Il est surtout très différent, Il est ce Verbe incarné qui vient avec douceur et humilité pour révéler « le Dieu plein d'amour et de tendresse » qu'est le Père éternel ! !

Les cris de cet aveugle dérangent la foule qui tente de lui imposer silence. N'est-ce pas
trop souvent notre mode de fonctionnement ? Le pauvre, la personne de la rue, le mendiant , nous dérangent et nous sommes tentés de fermer les yeux pour ne pas voir ou de les renvoyer, parfois avec rudesse. N'oublions-nous pas très souvent, trop souvent, que
le Pauvre , c'est Jésus qui nous demande un simple verre d'eau, un regard de compassion, un peu de considération ? Très souvent, devant notre attitude, le Pauvre, baisse son regard, se replie et continue d'espérer. 
  
Ici l'homme ne se décourage pas et crie plus fort qu'eux tous :Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire,mais il criait de plus belle:«Fils de David, prends pitié de moi!» Si la foule le rabroue Il fait confiance « au Fils de David » il sait, à sa façon, bien limitée, qu'Il vient pour changer l'ordre des choses, Bartimée ne craint donc pas d'insister, de vociférer, pour attirer l'attention de Celui qu'il inscrit dans la lignée de David. 
 
Alors ,Jésus s’arrête ; oui, Jésus , Jésus , par cet arrêt le prend en considération, Il l'a vu et entendu, cette manière de se comporter « renverse » la foule, elle fait autorité d'autant que Jésus précise :«Appelez-le.» Appeler quelqu'un c'est , en soi, une reconnaissance, c'est lui offrir toute son attention, c'est le distinguer dans un ensemble, lui donner d'exister parmi d'autres, ici dans une foule qu'il dérange par sa présence et par ses cris. Lui, qui n'a d'autre place que celle offerte par la rue, qui n'a d'autre avoir, que celui de la pitié, voilà que le Fils de David demande qu'on l'appelle, c'est inimaginable ! Et ce qui est encore plus surprenant, n'est-ce pas le retournement de cette foule ? Il y a un instant elle bâillonnait pour ainsi dire cet homme, le traitait comme moins que rien, le déconsidérait et une parole « d'autorité » pourtant simple, sans moralisation, sans reproche, la retourne « comme une crêpe » puisqu'elle devient capable d'inviter à la confiance !

Tout grand prêtre est pris parmi les hommes ;
il est établi pour intervenir en faveur des hommes...
 Il est capable de compréhension
envers ceux qui commettent des fautes 
par ignorance ou par égarement,....
Il en est bien ainsi pour le Christ :
il ne s’est pas donné à lui-même
la gloire de devenir grand prêtre ;
il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit :
Tu es mon Fils,

On (la foule !) appelle donc l’aveugle, et on lui dit:«Confiance, lève-toi;il t’appelle.Confiance (tu as raison de croire en Lui, Jésus), résurrection (lève-toi) appel (distinction), le ton change, le contenu aussi ! C'est fulgurant ! Il suffit que quelqu'un, ici Jésus ,exprime de l'intérêt pour cette personne, et la foule bascule ! Chers amis ce basculement est aussi un appel pour chacun de nous, pour les disciples de Jésus que nous sommes devenus par le baptême ! C'est ce qui devrait se passer quasi automatiquement en présence d'un vrai chrétien. Qu'est-ce qu'un vrai chrétien me direz-vous ? Ne jouons pas sur les mots, le vrai chrétien, c'est celui qui jour après jour essaie de mettre ses pas dans ceux de Jésus, humblement, petitement, mais fermement et qui jour après jour reconnaît ses erreurs, ses faux pas et redresse le tir pour s'ajuster au plus près à la Parole de Jésus .
 
Le vrai chrétien, c'est ce père de famille qui, inquiet pour l'avenir de son fils qui semble mal dans sa peau, traîne ses études comme un boulet de canon , ce père, qui après l'avoir proposé à ce fils de 20 ans, téléphone dans une abbaye où il demande à être accueilli pour une retraite personnalisée, « père-fils » pendant une semaine.

Chaque jour, un moine les reçoit individuellement, une heure le matin et une heure l'après-midi et au terme, père et fils tombent dans les bras l'un de l'autre, le père demande pardon à son fils pour ce qu'il n'a pas compris, n'a pas su voir, le fils accueille , il n'est pas en mesure de demander pardon, trop immature encore mais il reprend ses études et les poursuit ! Le contenu reste confidentiel l'Esprit a agi dans le secret comme Il sait si bien le faire ! Il ne s'agit pas d'imiter, mais d'entendre ce que l'Esprit nous souffle et de répondre présent ! À chacun sa grâce, à chacun son appel.

La foule ne s'excuse pas, elle obéit simplement à la demande de Jésus, elle appelle cet homme en souffrance, son ton a changé, elle l'invite à la « confiance », le terme est fort ici, elle lui demande de se lever, Bartimée n'attend pas qu'on le lui dise deux fois, d'un bond il court vers Jésus en se débarrassant de ce manteau qui tout en le couvrant l'entrave : L’aveugle jeta son manteau,bondit et courut vers !  

L'aveugle court, il ne voit pas mais son ouïe lui permet de s'orienter vers le Verbe de Dieu, il se dirige vers cette « voix » qui détient les paroles de la vie éternelle alors :Jésus.Prenant la parole, Jésus lui dit:«Que veux-tu que je fasse pour toi?»Encore et toujours,Jésus respecte la Liberté de cet homme, Jésus n'intervient que là où nous lui en donnons l'autorisation. N'ayons pas peur de dire à Jésus ce dont nous avons un cruel besoin, c'est exceptionnel qu'Il devance notre attente, Jésus ne s'impose pas, Il se propose. C'est donc à chacun de nous, Agathe, Paul, Ludivine....qu'est posée la question : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Exprimons simplement nos attentes à Jésus dans une prière confiante, soyons certains qu'Il répondra dans la mesure ou notre désir s'inscrit dans la volonté du Père. Ici Il demande à cet homme d'exprimer devant tous, son attente, et Bartimée ne minaude pas, il ne se fait pas prier, dans un élan du cœur L’aveugle lui dit«Rabbouni, que je retrouve la vue!» Pas de périphrase, l'aveugle va droit au but, retrouver ou trouver la vue est important, c'est vital pour lui, il pourra prendre sa vie en main, il ne mendiera plus et la grâce des grâces , il verra « ce Fils de David » dont il a imploré la pitié !

Voici que je les fais revenir du pays du nord,
que je les rassemble des confins de la terre ;
parmi eux, tous ensemble, l’aveugle et le boiteux,
la femme enceinte et la jeune accouchée :
c’est une grande assemblée qui revient.

    Ils avancent dans les pleurs et les supplications,
je les mène, je les conduis vers les cours d’eau
par un droit chemin où ils ne trébucheront pas.
Car je suis un père pour Israël,
Éphraïm est mon fils aîné.
Jérémie dans la première lecture

Et voilà que se réalise cette prophétie :

Et Jésus lui dit:«Va, ta foi t’a sauvé.»Jésus ne dit pas « sois guéri » Il ne se situe pas au niveau d'un bien-être physique mais au niveau du bien-être du cœur ! Tu as cru , tu clamais haut et fort ta confiance , c'est sur ce plan que je te rejoins ,ce n'est pas moi c'est toi qui permets à « la grâce » ce don gratuit du Père, de circuler en toi. C'est ta confiance, ta foi qui te tire de l'abîme des morts et te donne d'exister parmi les vivants !

Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !
(Ps 125, 3)

Bartimée peut s'associer au chant d'action de grâce du psalmiste, avec lui il peut se réjouir, il peut faire la fête et danser sa joie comme David devant l'Arche du Seigneur !

Aussitôt l’homme retrouva la vue,et il suivait Jésus sur le chemin.Et quel chemin ! Jésus, ne l'oublions pas est en route pour Jérusalem, Il avance vers Son Heure, celle pour laquelle Il a partiellement quitté le sein du Père pour clamer, Lui aussi, la folie d'amour de ce Père, tendre et miséricordieux ! Jésus est en marche et Bartimée emboîte le pas! Et nous ? 

Seigneur, je voudrais être de ceux qui risquent leur vie

Qui donnent leur vie.
A quoi bon la vie si ce n'est pour la donner.
Seigneur, vous qui êtes né au hasard d'un voyage
Et êtes mort comme un malfaiteur,
Après avoir couru sans argent toutes les routes,
Tirez-moi de mon égoïsme et de mon confort.
Que, marqué de votre Croix, je n'aie pas peur de la vie rude
rendez-moi disponible pour la belle aventure où vous m'appelez.
J'ai à engager ma vie, Jésus, sur votre Parole.
J'ai à jouer ma vie, Jésus, sur votre Amour.
Les autres peuvent bien être sages;Vous m'avez dit qu'il fallait être fou.
D'autres croient à l'ordre;Vous m'avez dit de croire à l'amour.
D'autres pensent qu'il faut conserver;Vous m'avez dit qu'il faut donner.
D'autres s'installent;Vous m'avez dit de marcher
Et d'être prêt à la joie et à la souffrance,
Aux échecs et aux réussites,
De ne pas mettre ma confiance en moi, Mais en vous,
de jouer le jeu chrétien sans me soucier des conséquences;
Et finalement de risquer ma vie en comptant sur votre Amour.
Seigneur, délivrez-moi de moi-même.
Donnez-moi Seigneur une âme accueillante
Un cœur ouvert, une main toujours prête à l'amitié,
Une âme prête à recevoir de vos mains souffrances et Joies
Une âme qu'aucun bouleversement n'effraie Qu'aucun appel ne surprend
Et qui soit prête à s'envoler vers Vous au jour où vous voudrez bien l'appeler
En votre béatitude.
Amen ! Alléluia !

Abbé JOLY
Le beau risque de la Foi 


 
L'Ermite

vendredi 19 octobre 2018

AU PLUS PRES DE JESUS !

 XXIX e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

ANNÉE B
Mc 10, 35-45)
«  Saint Marc n’a rien caché des ambitions et des querelles au sein du groupe des Douze et des malentendus entre eux et Jésus. Ce qui d’ailleurs plaide en faveur du caractère authentique de son Évangile, et en faveur de l’humilité des apôtres, puisqu’ils n’ont pas censuré les passages où ils donnaient d’eux-mêmes une image peu glorieuse. Il leur a fallu beaucoup de temps pour découvrir qui était Jésus et pour accepter de le suivre sur les chemins de sa mission de Messie-Serviteur et non pas se servir de lui dans leur campagne électorale, et l’amener à se soumettre à leurs projets. Ils ont l’honnêteté de montrer en quoi ils ont manqué de courage, de lucidité, et comment ils se sont trompés au sujet de leur maître et même parfois l’ont abandonné ou trahi.
A l’occasion du Concile Vatican II, après des siècles de chrétienté, l’Église a reconnu que sa mission universelle reçue du Christ a pu la conduire au cours des siècles à des pratiques parfois violentes de pression sur les consciences, de domination culturelle, d’obligation de rites et de rubriques pour tous, de gouvernance dictatoriale. Dans leurs manières de vivre et de célébrer ensemble, les communautés chrétiennes de tous temps, elles aussi, n’ont pas été et ne sont pas encore exemptes de rivalités, de recherches de pouvoir et de grandeur semblables à celles que manifestent Jacques et Jean dans l’Évangile de Marc. Tout cela nous invite à nous laisser remettre en cause à chaque instant par l’Évangile que nous proclamons, car nous ne sommes pas meilleurs que nos Pères. La réponse de Jésus à la demande des deux apôtres nous interpelle encore aujourd’hui P. M. Scouarnec »

En ce temps-là, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent :« Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. » 
En accueillant ce verset, je suis reportée bien des années en arrière, quand, tout enfant, je souhaitais obtenir quelque chose de maman, et qu'il me semblait que « ce n'était pas gagné »! Nos deux apôtres, ne sont-ils pas puérils en présentant de la sorte leur requête  au Maître ? Voilà une façon bien enfantine de se comporter qui, chez des adultes, s'apparente à de la manipulation.

A nous de faire très attention à la façon dont nous exposons nos désirs, veillons à respecter la liberté de nos interlocuteurs, c'est à eux de juger, et à eux seuls de l'opportunité de répondre positivement ou non à nos requêtes! Jésus n'est pas dupe, Il ne s'engage pas sans connaître de quoi il s'agit.

Il leur dit :« Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Avant de s'engager Jésus invite Ses deux disciples à préciser leur attente . Jésus, n'est pas pour rien la Sagesse éternelle du Père ! Quant aux fils de Zébédée, « ils persistent et signent », dirions-nous aujourd'hui. Ils aiment Jésus, ils apprécient Son enseignement, Sa proximité au quotidien et souhaitent vivre de ce bonheur pour l'éternité. Avouons que semblable demande, si elle révèle une certaine naïveté, voire de l'ambition, n'est pas dépourvue de bons sentiments, seule, la précision « de la place de choix revendiquée », nous permet de tiquer !

Ils lui répondirent :« Donne-nous de siéger,l’un à ta droite et l’autre à ta gauche,dans ta gloire. » Sous entendu, là nous serons bien ! Peut-être voient-ils la glorification de Jésus comme le développement de Son passage sur terre ! Ce qui est partiellement vrai,. Jacques et Jean ne tarderont pas à l'apprendre : la Gloire est l'épanouissement d'une vie donnée, où Lui, Jésus, accomplit avec minutie la volonté du Père et cela jusqu'à l'extrême de L'amour , jusqu'au don extrême de sa vie sur l'ignominie de la croix, ils ne vont pas tarder à le découvrir. 
 
Jésus leur dit :« Vous ne savez pas ce que vous demandez.Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire,être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ? » Comprennent-ils la profondeur de la question de Jésus ? Comprennent-ils que le disciple n'est pas plus grand que son Maître «  Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n'est
pas plus grand que son maître. Si l'on m'a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. Si l'on a observé ma parole, on observera aussi la vôtre. (Jean 15) » Ils lui dirent :« Nous le pouvons. » 

Ne sont-ils pas présomptueux ? Ils ne semblent pas avoir compris que, par eux-mêmes, ils ne sont rien sans la force de l'Esprit qui leur sera envoyé quand Jésus remontera vers le Père. Jacques et Jean se situent ici au niveau terre à terre de leur désir, de ce compagnonnage que leur offre Jésus, mais que viennent les épreuves alors, quelle sera leur conduite ? A l'exception de Jean tous prennent la fuite au moment de la Passion, Jésus sait bien qu'Il leur demande et leur demandera beaucoup , ici, les disciples sont encore dans l'euphorie de la rencontre avec ce Maître incomparable, comme chacun de nous l'est aux moments des grands événements qui jalonnent une vie: baptême, pour ceux qui le reçoivent adultes, communion, confirmation, mariage, entrée dans les ordres .. ; Mais que viennent les difficultés, les trahisons de toutes sortes, comment réagissons-nous à ces moments de doute ?

Et Jésus développe Sa pensée :
« La coupe que je vais boire, vous la boirez ;et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé.Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche,ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. » Il ne les trompe pas ! Et le message passe puisque Jean, dans sa première lettre deviendra capable d'écrire :

« Et voici par quoi nous savons que nous le connaissons: si nous gardons ses commandements. Celui qui dit le connaître et ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n'est point en lui. Mais celui qui garde sa parole, c'est en lui véritablement que l'amour de Dieu est parfait; par là nous connaissons que nous sommes en lui. Celui qui dit demeurer en lui doit lui aussi marcher comme il a marché lui-même. (1Jean 2) 
Et comment a-t-Il marché ce Jésus à qui plus jeunes, les fils du tonnerre (Jacques et Jean) demandent une telle faveur ? Isaïe nous en brosse un tableau difficile à imiter, et c'est à boire cette coupe que Jésus les invite :
Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera.Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes.  

Voilà le chemin que les apôtres et, après eux, tout vrai disciple doit emprunter pour être un véritable ami de Jésus ! Boire à « la coupe de Jésus » c'est en premier lieu se laisser purifier par l'amour d'un Dieu qui nous désire resplendissants de sainteté ! Or, la purification passe forcément par la souffrance , c'est Luc qui écrit dans les Actes, à propos des difficultés rencontrées par Paul et Barnabé :
Quand ils eurent évangélisé cette ville ( Paul et Barnabé) et fait un assez grand nombre de disciples, ils retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche, affermissant l'âme des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi et (disant) que c'est par beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume de Dieu. Après leur avoir établi des Anciens dans chaque église par imposition des mains, après avoir prié et jeûné, ils les recommandèrent au Seigneur, en qui ils avaient cru. (Actes 14)

C'est aussi , avec Jésus, entrer dans la compassion en partageant et portant la souffrance de nos frères en humanité, selon notre grâce propre , car c'est cela alléger, avec Jésus, le fardeau de nos frères !

Il y a Jacques et Jean mais il y a les dix autres ! Ils ont entendu la demande audacieuse de leurs frères , cela ne leur plaît pas du tout : Les dix autres, qui avaient entendu,se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. Au fond, ils ne sont pas meilleurs, au lieu de tenter de comprendre , d' éclairer leurs frères , ils laissent leur colère exprimer les passions qui les troublent et Jésus n'a pas besoin de les interroger pour discerner ce qui les habite, leur réaction les dévoile, Jésus les appelle et enchaîne immédiatement Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez :ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ;les grands leur font sentir leur pouvoir.Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi.Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur.Celui qui veut être
parmi vous le premier sera l’esclave de tous :car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi,mais pour servir,et donner sa vie en rançon pour la multitude. »  

Jésus révèle aux dix qu'ils sont habités par d'autres passions pas plus louables que celles de Jacques et de Jean. Dans l'ordre évangélique pour « être grand, il faut être infiniment petit » et Jésus sait parfaitement de quoi Il parle Lui «  qui était dans la condition de Dieu, il n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu'au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l'abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père. (Philippiens 2) 

 Lui, Jésus, le Fils bien-aimé, l'égal du Père s'est fait infiniment petit pour s'approcher de l'humanité et lui permettre de se laisser approcher, de se laisser aimer. Lui, Jésus, l'égal du Père se mettra à genoux aux pieds de Ses apôtres pour les leur laver ; en précisant « c'est un exemple que je vous donne » ce qui laisse entendre qu'il leur revient d'en chercher et de trouver bien d'autres façons humbles et désintéressées de se mettre au service de leurs frères pour que ceux-ci comprennent que seul l'Amour sauve le monde ! C'est aussi ce que souligne la seconde lecture de notre liturgie :
« en Jésus, le Fils de Dieu,nous avons le grand prêtre par excellence,celui qui a traversé les cieux ;tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. » 
Pour s'approcher du Trône de la grâce, ou de la Gloire réclamée par Jacques et Jean, il nous faut apprendre nous aussi à servir nos frères avec Amour de façon désintéressée et en payer le prix ! 


« Père, c'est à Toi que je m'adresse ce soir avec une confiance tranquille et paisible. Ton Fils m'a appris que Tu étais mon Père... Je viens donc simplement Te dire que je suis Ton enfant, et je Te le dis sérieusement, et pourtant avec l’envie de rire et de chanter, tellement c'est beau d’être Ton fils ; mais, c'est aussi sérieux, car Tu m'as tellement aimé, et moi si peu ! Père, fais de moi ce que Tu veux. Ta volonté, je le sais, elle est que je devienne semblable à ton Unique, le frère aîné qui m'a appris ton Nom : que je marche sur le même chemin. Je n'ai point de force pour cela, mais j’ai la Tienne... Père, me voici : travaille en moi, taille et coupe, je ne Te ferai jamais l'injure d'avoir peur ou de croire que Tu m’oublies ; et si je trouve la croix très lourde, je pourrai du moins Te répéter inlassablement que je crois à ton Amour et que j’accepte Ta volonté.je sais, Père, je n'ai jamais fini de Te faire de la peine, mais Tu ne finiras jamais de me pardonner. Quant à l'amour, je serai toujours battu ; non pourtant, car Tu me donneras le Tien. Tu me donneras ton Amour, ton Fils en qui je pourrai tout. Ainsi soit-il. » P. Lyonnet prêtre Jésuite

et la conclusion d'une autre prière du même prêtre :

Tu ne pourras empêcher que partout où Tu m’enverras, joyeux et désolé, malade ou bien portant, comblé ou humilié, l’Esprit en moi ne clame vers Toi, véhément, appelant ton Amour impérieusement, pour mes frères les hommes qui ne savent pas que Tu es Père. Ô Père, voici ma vie, mais donne-moi mes frères, que je Te les rende. Amen. » 
 
N'avons-nous pas là une belle conclusion pour la journée des missions ?


L'Ermite