vendredi 17 mars 2023

SERIONS-NOUS AVEUGLES NOUS AUSSI ?

 

QUATRIEME DIMANCHE


DE CARÊME


Année A


(Jn 9, 1-41)



Après avoir parcouru la Galilée Jésus est monté discrètement à Jérusalem parce que les Juifs cherchaient à Le faire mourir. C'était la fête des Tentes et Il se mit à enseigner dans le Temple, les Juifs lui dirent :

"Vous n'avez pas encore cinquante ans, et vous avez vu Abraham?" Jésus leur répondit: "En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fut, je suis."Alors ils prirent des pierres pour les lui jeter; mais Jésus se cacha, et sortit du temple. (Jn 8)

En sortant du Temple,    Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance.    Ses disciples l’interrogèrent :« Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents,
pour qu’il soit né aveugle ? »
Il me semble juste de prendre quelques instants pour entendre cette question des apôtres qui peut résonner encore dans certains milieux de nos jours et d'accueillir avec foi, la réponse de Jésus :Jésus répondit :« Ni lui, ni ses parents n’ont péché.Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.Jésus veut attirer notre attention sur les épreuves de nos vies au terme desquelles la gloire de Dieu sera manifestée.Jésus révèle que la souffrance n'est jamais une malédiction, une punition, mais une occasion pour chacun de nous, de nous interroger sur le sens de cette épreuve dans notre vie personnelle ? Il s'agit, avec la grâce de l'Esprit Saint, de découvrir le message que le Seigneur Dieu nous adresse à travers cette situation précise. Dieu est Parole dans les événements de nos vies. Avec le temps, nous comprendrons que telle épreuve m'a protégé(e) du pire personnellement ou la personne éprouvée dans ma famille, mon entourage Retenons essentiellement , que Dieu est PAROLE dans tous les événements de nos vies , qu'ils soient heureux ou douloureux, à nous de les accueillir dans la foi et d'essayer d'en découvrir le message. 

Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé,tant qu’il fait jour ;la nuit vient la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler.    Aussi longtemps que je suis dans le monde,je suis la lumière du monde. » Nous avons parlé de l'Oeuvre du Père dimanche dernier . Pour Jésus, « tant qu'il fait jour » est ce temps où Il accomplit les Écritures, « la nuit » sera le temps de la Passion / Résurrection, quant à Sa Mission de Lumière du Monde elle est de toujours à toujours, mais plus manifeste , là, au milieu de Ses apôtres. Jésus EST toujours notre Lumière mais nous devons nous efforcer , avec Sa grâce, de discerner, car l'ange des ténèbres peut très bien se faire passer pour un ange de lumière , ne soyons pas crédules mais croyants  Saint Paul fait cette recommandation :N'éteignez pas l'Esprit. Ne méprisez pas les prophéties; mais éprouvez tout, et retenez ce qui est bon; abstenez-vous de toute apparence de mal. (1Th 5)

Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ;puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle,    et lui dit :« Va te laver à la piscine de Siloé »– ce nom se traduit : Envoyé.L’aveugle y alla donc, et il se lava ;quand il revint, il voyait.    Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant– car il était mendiant –dirent alors :« N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »    Les uns disaient :« C’est lui. »Les autres disaient :« Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. »Mais lui disait :« C’est bien moi. »    Et on lui demandait :« Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »    Il répondit :« L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue,il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit :‘Va à Siloé et lave-toi.’J’y suis donc allé et je me suis lavé ;alors, j’ai vu. »    Ils lui dirent :« Et lui, où est-il ? »Il répondit :« Je ne sais pas. »    On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.    Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir.Il leur répondit :« Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé,et je vois. »    Parmi les pharisiens, certains disaient :« Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. »D’autres disaient :« Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? »Ainsi donc ils étaient divisés.    Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle :« Et toi, que dis-tu de lui,
puisqu’il t’a ouvert les yeux ? »Il dit :« C’est un prophète. »    Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir.C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents    et leur demandèrent :« Cet homme est bien votre fils,et vous dites qu’il est né aveugle ?Comment se fait-il qu’à présent il voie ? »    Les parents répondirent :
« Nous savons bien que c’est notre fils,et qu’il est né aveugle.    Mais comment peut-il voir maintenant,nous ne le savons pas ;et qui lui a ouvert les yeux,nous ne le savons pas non plus.Interrogez-le,il est assez grand pour s’expliquer. »    Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs.En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ.    Voilà pourquoi les parents avaient dit :« Il est assez grand, interrogez-le ! »    Pour la seconde fois,les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle,et ils lui dirent :« Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »    Il répondit :« Est-ce un pécheur ?Je n’en sais rien.Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. »    Ils lui dirent alors :« Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »  

La semaine dernière Jésus rencontrait la Samaritaine, une femme installée, si j'ose dire, dans une vie désordonnée, mais une femme de désir, prête à boire l'eau vive proposée par Jésus . C'est Jésus qui prend l'initiative de la rencontre en occupant la margelle du puits où la femme venait puiser l'eau.En avançant pas à pas avec Jésus, cette samaritaine devient missionnaire de la Bonne Nouvelle, en invitant le village à rencontrer Celui qui lui a rendu sa liberté originelle.

Aujourd’hui, nous contemplons une nouvelle rencontre du Verbe Incarné , c'est encore Lui qui a l'initiative, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. C'est Jésus, en effet qui voit . Première question : savons-nous VOIR ce qu'il est juste et bon de voir ? Savons-nous REGARDER avec un regard aimant les hommes et les femmes de notre temps ? Savons-nous , quand c'est nécessaire, leur apporter le secours qui leur offrira une vie meilleure ? Les apôtres , bien enracinés dans la culture de leur temps,cherchent la raison de cette cécité , Jésus, venu accomplir l'Oeuvre du Père, sans attendre la moindre demande de l'aveugle intervient et , l'envoie se laver à la piscine pour le rendre acteur de sa guérison, car Dieu ne fait rien sans notre participation : quand il revint, il voyait ! Et là, tout bascule . Jusque-là cet homme était observé , il n'était pas regardé amicalement avec compassion, mais observer avec ce que ce terme véhicule de questionnement : est-il vraiment aveugle ? Joue-t-il avec les sentiments des passants pour remplir son escarcelle ? Subitement, il existe pour ceux qui le dévisageaient sans lui adresser la parole . D'ailleurs, s'il commence à exister, il suscite bien des commentaires, nous dirions même qu'il  « fait jaser ».

Quand une situation nouvelle, inattendue, nous surprend quelle est notre réaction ? A chacun de « se » répondre !

L'ancien aveugle n'est pas dupe, il sent bien qu'il dérange , il a l'intelligence de clarifier espérant, peut-être, calmer les esprits :« C’est bien moi. » Ses interlocuteurs non seulement veulent en savoir davantage , mais les Pharisiens ne sont jamais bien loin et «On l’amène » à ces derniers ! L'expression est intéressante , on ne lui demande pas son avis, on le conduit , comme pour lui faire rendre des comptes , c'est dire le bouillonnement sous-jacent dans les esprits, la cocotte est prête à éclater ! Nous n'allons pas tarder à savoir qui sont les vrais aveugles: trois fois l'homme qui a recouvré la vue, va devoir raconter son aventure, ses parents eux-mêmes sont convoqués pour rendre des comptes ! Son récit reste inchangé : « L’homme qu’on

appelle Jésus a fait de la boue,il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit :‘Va à Siloé et lave-toi.’J’y suis donc allé et je me suis lavé ;alors, j’ai vu. » C'est aussi simple que ça ! Sauf que, Jésus a guéri cet homme un jour de Sabbat et, pour les Pharisiens, la Loi passe avant l'amour, et tout œuvre interprétée comme servile est interdite le jour du Sabbat, Jésus, le Saint de Dieu , le Fils Bien-Aimé du Père dès lors qu'Il a fait de Ses mains de la boue, qu'Il l'a appliquée sur les yeux de Son nouvel ami , JESUS, oui, JESUS est un pécheur ! Il a déjà, bien des fois, essayer d'ouvrir les yeux du cœur de Ses compatriotes , tel ce jour au début de Son ministère où Il a, en face de Lui, un homme à la main desséchée Est-il permis, le jour du sabbat, demande-t-Il , de faire du bien ou de faire du mal, de sauver une vie ou de tuer? " Et ils ( ses compatriotes) se taisaient. (Mc 3) . Personne ne répond ! Aujourd'hui, on cherche à le mettre au ban des accusés, de Le confondre d'imposture auprès de la population, parce qu'il faut l'éliminer , le faire disparaître « Dieu a parlé à Moïse ;mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »  La plupart sont enfermés dans un passé,que jésus ne réfute pas puisqu’il est venu l'ACCOMPLIR, mais leurs yeux sont aveuglés, leurs oreilles bouchées, leurs cœurs fermés « C'est pourquoi je leur parle en paraboles, parce que voyant ils ne voient pas, et entendant ils n'entendent ni ne comprennent. Pour eux s'accomplit la prophétie d'Isaïe qui dit: Vous entendrez de vos oreilles et vous ne comprendrez point; vous verrez de vos yeux, et vous ne verrez point. Car le cœur de ce peuple s'est épaissi, et ils sont durs d'oreilles, et ils ferment leurs yeux: de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur cœur ne comprenne, qu'ils ne se convertissent et que je ne les guérisse. (Mt 13) déclare Jésus en St Matthieu. Ils sont figés, ils attendent bien un Messie libérateur, mais pas celui-là, qui est « doux et humble de cœur »(Mt 28,30) qui place l'homme au-dessus de la Loi, non pour la contourner, mais pour la parfaire, aimer la Loi, oui, la respecter, oui, mais comme Il le dira du Sabbat « Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat; si bien que le Fils de l'homme est maître même du sabbat. (Mc 2) et nous pouvons remplacer Sabbat par Loi ! N'est-ce pas un risque pour nous aussi aujourd'hui ? N'oublions-nous pas souvent que nous sommes un Peuple, une Église en marche et non statique ? « On a toujours fait comme ça » ! Certes, mais l'évolution saine ça existe non ? La société évolue, ne la laissons pas prendre les commandes seule , soyons présents, actifs, imaginatifs pour semer la Bonne nouvelle dans tous les milieux, dans toutes les strates de la société : Jésus allait partout, rendons-Le présent partout !

Cet ancien aveugle se retrouve bien seul, ses parents eux-mêmes craignent d'engager une parole de foi, ils ont peur « Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs.En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ.    Voilà pourquoi les parents avaient dit :« Il est assez grand, interrogez-le ! » Ici encore il est bon de nous interroger sur notre manière de nous comporter quand des proches, des amis, remettent en question notre appartenance à l’Eglise, nos engagements au service de nos frères, nos choix fondés sur l’Évangile de Jésus-Christ !

Les Pharisiens n'arrivent pas à déstabiliser notre ancien aveugle,qui maintient sa version, il ne varie pas d'un iota, il va les piquer au vif :

Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ?Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ?

En réplique, se sentant pris à leur propre piège, les Pharisiens n'ont d'autre défense que l'injure ! L' homme les ignore, il ne s'abaisse pas à répondre sur le même ton mais enfonce malicieusement le clou ! :« Voilà bien ce qui est étonnant !Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux.    Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.    Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance.    Si lui n’était pas de Dieu,il ne pourrait rien faire. » Le voilà éclairé, non seulement grâce à ses yeux mais par l'Esprit qui visite les personnes droites Lorsqu'on vous livrera, ne vous préoccupez ni de la manière dont vous parlerez, ni de ce que vous aurez à dire: ce que vous aurez à dire vous sera donné à l'heure même. 20 Car ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous. (Mt 10) dira Jésus chez St Matthieu .Vexés, leur réplique ne se fait pas attendre, et nous retrouvons sous forme d'affirmation, le questionnement des apôtres au tout début

Ils répliquèrent :« Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance,et tu nous fais la leçon ? »Pour les Pharisiens, le handicap est la rançon du péché ! Cet homme était aveugle, donc, lui ou ses parents, ont péché et ils ne manquent pas l'occasion de le lui jeter à la figure ! Il n'y en a pas un pour envisager une autre façon de penser ,de « voir », ils sont dans leur bon droit, dans la (leur) vérité ! Ils se croient justes,saints, irréprochables ! Ils ne savent pas, ils ne peuvent pas se remettre en question, les aveugles, ce sont eux ! Jésus les gêne , Jésus doit disparaître, ils ne veulent rien savoir d'autre, ils enferment l'ancien aveugle dans un supposé péché et ferment leurs yeux à une possible nouveauté : cette Bonne Nouvelle que vient annoncer le Fils de Dieu :

" Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez: les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés. Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute! (Mt 11)

A qui est-ce que je ressemble ?

Aux voisins cités plus haut ? Dubitatifs, curieux,qui, sans lui demander son avis l'amènent aux Pharisiens dont ils connaissent les prétentions et les agissements  ?

Aux Pharisiens ? Qui cherchent à le déstabiliser, à mettre en doute l'honnêteté de Celui qui a guéri et que personne ne nomme , qui se permettent même de convoquer ( le terme est fort) ses parents ?

A ses parents ? apparemment peu courageux qui laissent le nouveau « voyant » se débrouiller seul parce qu'ils ont peur d'éventuelles représailles ?

A l'ancien aveugle qui ne sait pas, mais garde son cœur ouvert pour découvrir ?

Oui, quelles sont mes réactions quand une personne subit une forme de rejet de discrimination? J'aboie et vocifère avec les loups, je m'en « lave les mains » et me défile ,je tente des stratégies de déstabilisation, d'intimidation ? Oui, quelle est mon attitude ?

En attendant, les Pharisiens furieux de se sentir floués : le jetèrent dehors. A cours d'arguments valables, les Pharisiens posent un acte, non d'autorité mais autoritaire , ils préfèrent éloigner de leurs yeux aveuglés celui qui titille, leur regard, leur intelligence, leur âme , l'ancien aveugle n'a pas tort :

Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ?

Ce n'est pas encore leur heure ! Par contre, c'est peut-être bien celle de notre ami, car Jésus n'est jamais loin de celui que l'on rejette :

Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors.Il le retrouva et lui dit :« Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit :« Et qui est-il, Seigneur,pour que je croie en lui ? »    Jésus lui dit :« Tu le vois,et c’est lui qui te parle. »    Il dit :« Je crois, Seigneur ! »Et il se prosterna devant lui.    Jésus dit alors :« Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement :que ceux qui ne voient pas puissent voir,et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

Pendant tout ce temps, comme souvent, Jésus est resté dans l'ombre , ce qui évoque dans mon esprit, ce passage de la vie de Catherine de Sienne, en butte à toutes sortes d'épreuves. La tempête calmée elle interroge Jésus : mais où étiez-vous Seigneur tandis que je me débattais, ? J'étais au cœur de tes épreuves mais tu étais absente ! »  

Notre ancien aveugle est bien présent , quand Jésus l'interroge il conserve la même simplicité, il ne joue pas à l'homme bien informé, il exprime sans faire de manières, son ignorance, sa pauvreté. Comme la Samaritaine dimanche dernier il est ouvert à la nouveauté :« Et qui est-il, Seigneur,pour que je croie en lui ? » Jésus peut se manifester à cet homme sans prétention, sans à-priori, sans préjugé :« Tu le vois,et c’est lui qui te parle. » 

Peut alors jaillir l'adhésion, la reconnaissance , la foi pure, simple, vraie suivie de d'une prosternation qui exprime la reconnaissance, la soumission, l'adoration :

« Je crois, Seigneur ! »Et il se prosterna devant lui. 

« Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement :que ceux qui ne voient pas puissent voir,et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

Certains Pharisiens ont une oreille qui traîne,de loin ils observent, regardent écoutent et tendent la perche à Jésus pour être fustigés à bon escient :   

Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent :« Serions-nous aveugles, nous aussi ? »    Jésus leur répondit :« Si vous étiez aveugles,vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’,votre péché demeure. »

En ce temps de Carême qui nous est offert pour nous renouveler au service de Jésus le Bien-Aimé du Père, au service de l'évangélisation du monde de ce temps, ne disons pas :« Serions-nous aveugles, nous aussi ? » mais supplions Jésus de mettre un peu de boue sur nos yeux infirmes afin de voir le monde et nos frères, comme Lui les voit et prions – Le avec foi : Seigneur, s'Il te plaît, fais que je voie !


Ouvre mes yeux, Seigneur
(IEV 16-09)

R. Ouvre mes yeux, Seigneur, fais que je voie !
Jésus Sauveur, je crois en toi !
Ouvre mes yeux, Seigneur, fais que je voie !
Ton amour me conduira.

1. J’étais dans la nuit, dans la détresse et dans la mort.
Du fond de l’abîme j’ai crié vers toi, Seigneur.
Tu m’as délivré, tu m’as guéri, tu m’as sauvé,
Mon âme est en paix, car tu m’aimes.


2. Aux pauvres, aux petits, Dieu garde toujours son appui.
Il guérit l’aveugle, à l’affligé il rend la joie.
Lui qui a créé tout l’univers entend ma voix,
Jamais il n’oublie ceux qu’il aime

      .Je veux te louer, Seigneur, Dieu de fidélité,
      Chanter ta bonté, te célébrer tant que je vis.
      J’ai confiance en toi, Seigneur, tu es toute ma joie,
      Je veux proclamer tes merveilles !




l'Ermite

vendredi 10 mars 2023

DONNE-MOI DE CETTE EAU !


TROISIEME DIMANCHE


DE CARÊME


Année A


(Jn 4, 5-42)



Jean est le seul Evangéliste à nous transmettre cette étape , pourtant significative, de la vie de Jésus. Jésus quitte la Judée pour se rendre en Galilée, Il traverse forcément la Samarie. Les différents qui opposent Samaritains et Juifs expliquent la réaction de la Samaritaine un peu plus tard.

Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph.    Là se trouvait le puits de Jacob.Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source.C’était la sixième heure, environ midi. Le soleil darde à cette heure, il est normal que Jésus et Ses disciples s'arrêtent pour se désaltérer, se sustenter et se reposer. Jésus s'assied sur la margelle du puits nous dit l'Evangéliste, tandis que les apôtres rentrent dans la ville pour effectuer quelques courses.Une femme de Samarie vient puiser de l'eau Jésus saisit l'occasion pour entrer en conversation :Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau.Jésus lui dit :« Donne-moi à boire. »    – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions.La Samaritaine lui dit :« Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire,à moi, une Samaritaine ? »– En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.    Jésus lui répondit :« Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’,c’est toi qui lui aurais demandé,et il t’aurait donné de l’eau vive. »Elle lui dit :« Seigneur, tu n’as rien pour puiser,et le puits est profond.D’où as-tu donc cette eau vive ?    Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits,et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »    Jésus lui répondit :« Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ;    mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ;et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »    La femme lui dit :« Seigneur, donne-moi de cette eau,que je n’aie plus soif,et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »

Remarquons le dialogue franc et direct qui s'engage entre Jésus et cette femme En lui demandant « à boire » Jésus est dès cet instant, dans Sa mission d'annonce de la Bonne Nouvelle. La femme est bien campée dans son contexte de vie : cette opposition qui sépare Juifs et Samaritains , elle n'hésite pas à exprimer son étonnement. Jésus rebondit, et renverse la situation, pour l'entraîner sur Son terrain d'évangélisation. Jésus n'entre pas dans une éventuelle polémique, Il passe de l'eau naturelle, à l'eau surnaturelle : la grâce ! Qui dit grâce, dit gratuité, la grâce est cet amour gratuit de Dieu pour toute personne. Même si ce don n'est pas réservé aux seuls baptisés, nous la recevons de façon spécifique lors du baptême afin de guérir du péché et de nous permettre d'entrer de façon plus précise dans l'intimité des trois Personnes divines, et de la communion des saints. Les sacrements sont là pour l'entretenir, la nourrir, la rendre efficace dans nos vies. La Samaritaine poursuit son idée, Jésus la sienne, Il ne cherche pas à prouver , Il dit simplement ce qu'Il est venu accomplir chez les hommes : celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ;et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »  La Samaritaine, et c'est normal, veut bien de cette eau qui la dispensera de la corvée de se rendre au puits du village pour s'approvisionner, elle est encore loin de cette eau vive qui renouvelle le fond de l'être . Toutefois, elle avance à petits pas puisque la voilà qui désire recevoir, de cet inconnu, quelque chose susceptible de changer un aspect de sa vie de maîtresse de maison. Pour le moment sa demande reste terre-à-terre, elle n'est pas du tout sur la même longueur d'onde que le Maître, ils ne parlent pas de la même eau, mais, Jésus la suit, pas à pas dans son cheminement. Prenant en compte son désir Jésus conduit la femme sur le terrain de sa vie intime et combien personnelle.Là où justement l'eau vive, l'eau de la grâce pourrait changer les choses.

Jésus lui dit :« Va, appelle ton mari, et reviens. »  La femme répliqua :« Je n’ai pas de mari. »Jésus reprit :« Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en a eu cinq,et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. »La femme lui dit :« Seigneur, je vois que tu es un prophète !...    Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là,et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »    Jésus lui dit :« Femme, crois-moi :l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.    Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ;nous, nous adorons ce que nous connaissons,car le salut vient des Juifs.    Mais l’heure vient – et c’est maintenant –où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité :tels sont les adorateurs que recherche le Père.    Dieu est esprit,et ceux qui l’adorent,c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »    La femme lui dit :« Je sais qu’il vient, le Messie,celui qu’on appelle Christ.Quand il viendra,c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »    Jésus lui dit :« Je le suis, moi qui te parle. »  

A la demande de Jésus , compte tenu de sa vie compliquée, embourbée , la Samaritaine fait un raccourci et préfère dire qu'elle n'a pas de mari ! Elle ne ment pas ; certes il y a pas mal d'hommes dans sa vie, mais au gré de ses caprices, des circonstances : désordre … vagabondage … La fidélité , elle ne connaît pas. Jésus approuve sa réponse et, là encore Il rebondit comme quelqu'un qui connaît bien la vie de cette femme, et c'est le cas ! Surprise, la Samaritaine, ne nie pas elle est honnête , elle détourne légèrement la question en s'intéressant à l'identité de son interlocuteur. je vois que tu es un prophète ! Et poursuit sur l'une des causes de dissension entre Juifs et Samaritains : l'adoration . Jésus, en fin pédagogue, ne rentre pas dans cette problématique , Il n'est pas là pour discutailler ,Il est là pour ouvrir à un autre regard sur Dieu, sur le monde, sur les frères, Il est venu libérer les enchaînés, rendre la vue aux aveugles, la parole aux muets ... ! Cette femme, ô combien enchaînée, Lui permet inconsciemment , de la faire avancer . On peut dire  familièrement, que Jésus « saisit la balle au vol » Il élargit, universalise l'adoration :l’heure vient – et c’est maintenant –où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité :tels sont les adorateurs que recherche le Père.    Dieu est esprit,et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » Jésus révèle à la Samaritaine deux immenses vérités de la foi : Dieu est Père, et il n'y a pas de lieu précis pour Le reconnaître, où que je sois,au fin fond du monde, sur terre , sur mer, dans les airs, je peux dans mon cœur, reconnaître que « Dieu est Dieu » Roi de ceux qui exercent la seigneurie, qui seul possède l'immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n'a vu ni ne peut voir, à qui (sont) honneur et puissance éternelle. Amen! (1Ti 6)

La Samaritaine semble ne pas avoir entendu ou retenu, ou accueilli les premiers mots
« l’heure vient – et c’est maintenant – elle rebondit en orientant le dialogue non sur ce qui est là, maintenant , mais sur Celui qui est attendu depuis des millénaires. Sans le chercher, elle ouvre toutes les portes pour permettre à Jésus, de la conduire là où Il le souhaite , sans brusquerie, sans intrusion, on pourrait dire « ça coule de source ». Chaque fois, Jésus saisit l'opportunité qui lui est offerte pour permettre à la Samaritaine d'avancer, sans même s'en apercevoir ! A ce moment vient l'époustouflante, la stupéfiante , révélation . Celui qui est attendu, le Messie,celui qu’on appelle Christ. Eh bien, Il est là, c'est Lui qui te parle, c'est lui qui te demande « à boire » mais pas de l'eau de ton puits, Il te demande ton amour, Il te demande de Le reconnaître, de L'accueillir dans ta vie, d'adopter Ses mœurs, Ses exigences, non pour te brimer, mais pour te dilater , pour te faire passer sur l'autre rive, de l'esclavage du péché, à la liberté des enfants de Dieu :« Je le suis, moi qui te parle. »

À ce moment-là,ses disciples arrivèrent ; quel dommage murmurons-nous ! Mais non ! Mais non ! Jésus « fait feu de tout bois » écrit quelque part Paul Baudiquey et Il ne manifeste aucune déconvenue, aucun désagrément ( à nous d'en tirer toutes les bienfaits pour notre conduite), Jésus était tout entier à la Samaritaine, Il se rend disponible pour Ses apôtres, eux, par contre, sont un peu moins disponibles, ils laissent folâtrer la folle du logis dans leurs esprits troublés :

ils étaient surpris de le voir parler avec une femme.Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? »ou bien « Pourquoi parles-tu avec elle ? » La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens :    « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville,et ils se dirigeaient vers lui.

Dans ce « chassé-croisé » la femme s'éclipse, mais pas pour longtemps, puisqu'elle laisse sa cruche ,et le texte nous donne la raison . Impressionnée par ce qu'elle vient de vivre, la voilà devenue missionnaire ! Même si elle n'est pas sûre d'elle, « Ne serait-il pas le Christ ? » elle invite les villageois à venir se faire une opinion, c'est ce que nous verrons plus tard.

Les disciples prennent le relais, ils ont faim après la marche matinale et invitent Jésus à venir se restaurer. Or Jésus a compris que la Samaritaine n'effectue qu'un aller-retour, d'où Sa réponse et l'étonnement grandissant des apôtres ! Chacun de son côté suit ce qui l'habite : les apôtres sont tenaillés par leur estomac , Jésus oublie Sa faim humaine au bénéfice de l'accomplissement de l'oeuvre du Père , c'est pour cela qu'Il est venu :

    Entre-temps, les disciples l’appelaient :« Rabbi, viens manger. »    Mais il répondit :« Pour moi, j’ai de quoi manger :c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »    Les disciples se disaient entre eux :« Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »    Jésus leur dit :« Ma nourriture,c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.Ne dites-vous pas :‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi, je vous dis :Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant,  le moissonneur reçoit son salaire :il récolte du fruit pour la vie éternelle,si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. Il est bien vrai, le dicton : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’  Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ;d’autres ont fait l’effort,et vous en avez bénéficié. »

j’ai de quoi manger Jésus explicite immédiatement après, le contenu de Sa nourriture :   « Ma nourriture,c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre et l'oeuvre du Père n'est autre que le Salut du monde. Quand Dieu envoie Son Unique et Bien-Aimé Fils c'est pour dire l'amour infini du Père pour chacune de Ses créatures Il sait que Sa volonté est de sauver jusqu'au plus petit, le plus démuni, le plus pauvre : n'est-ce pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux, qu'il ne se perde pas un seul de ces petits? (Mt 18) Jésus, vit dans le Père et le Père vit en Lui, Il ne veut rien savoir , ni rien vouloir, d'autre que le bon vouloir du Père :Car je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé. Or, la volonté de celui qui m'a envoyé, c'est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour. Car la volonté de mon Père, c'est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » (Jn 6)

Ne dites-vous pas :‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi, je vous dis :Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant,  le moissonneur reçoit son salaire :il récolte du fruit pour la vie éternelle,si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. Il est bien vrai, le dicton : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’  Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ;d’autres ont fait l’effort,et vous en avez bénéficié. »

Nous ne devons pas séparer ces versets de ce qui précède , à savoir : l'oeuvre du Père ! Nous sommes, avec les apôtres invités à lever les yeux, à voir plus haut , plus loin, à ouvrir notre cœur pour reconnaître l'accomplissement en Jésus : le Messie du Père est là , le Royaume est au milieu de nous ! Jésus a semé la Bonne Nouvelle dans la vie de la Samaritaine qui, s'est laissée bousculer dans ses certitudes, dévoiler dans son être, et, sur le champ, abandonnant ce pour quoi elle était venue ( puiser de l'eau) elle est allée annoncer au village l'étonnante  « récolte », la Bonne Nouvelle de cette rencontre possiblement transformante, invitant ceux qui le souhaitent, à Le rejoindre pour juger par eux-mêmes . La voilà la « Moisson de cette heure » et les apôtres ne pourront que constater et s'émerveiller :

Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus,à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage :« Il m’a dit tout ce  que j’ai fait. »Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux.Il y demeura deux jours.    Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui,    et ils disaient à la femme :« Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons :nous-mêmes, nous l’avons entendu,et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Jésus, bien qu'en route pour la Galilée, n'hésite pas à séjourner deux jours chez les Samaritains , eux-mêmes « appelés » par cette femme qui a su témoigner, humblement et courageusement de « l' oeuvre » de Dieu dans sa vie personnelle :« Il m’a dit tout ce  que j’ai fait. »Nous voyons ici, comme le dit l'épitre aux Hébreux l'efficacité de la « Parole de Jésus « Car elle est vivante la parole de Dieu; elle est efficace, plus acérée qu'aucune épée à deux tranchants; si pénétrante qu'elle va jusqu'à séparer l'âme et l'esprit, les jointures et les moelles; elle démêle les sentiments et les pensées du coeur. Aussi nulle créature n'est cachée devant Dieu, mais tout est à nu et à découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte ». (Hb 4)

Ce que confirment les Samaritains quand ils déclarent ::« Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons :nous-mêmes, nous l’avons entendu,et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Tout cela, à partir d'une gorgée d'eau !

J'ai vu l'eau vive (Jacques Berthier)

(Berthier/Sodec)

1.
J’ai vu l’eau vive jaillissant du coeur du Christ,
Alléluia ! Alléluia !
Tous ceux que lave cette eau
Seront sauvés, et chanteront :
Alléluia ! Alléluia ! Alléluia !


.
2.
J’ai vu la source devenir un fleuve immense,
Alléluia ! Alléluia !
Les fils de Dieu rassemblés
Chantaient leur joie d’être sauvés,
Alléluia ! Alléluia ! Alléluia !

3.
J’ai vu le temple désormais s’ouvrir à tous,
Alléluia ! Alléluia !
Le Christ revient victorieux
Montrant la plaie de son côté,
Alléluia ! Alléluia ! Alléluia !

4.
J’ai vu le Verbe nous donner la paix de Dieu,
Alléluia ! Alléluia !
Tous ceux qui croient en son nom
Seront sauvés et chanteront :
Alléluia ! Alléluia ! Alléluia !



J'AI SOIF !

L'Ermite

vendredi 3 mars 2023

JESUS S'APPROCHE , ET LES TOUCHE


DEUXIEME DIMANCHE


DE CARÊME


Année A


(Mt 17, 1-9)




Six jours après, dit le texte intégral. Après quoi ? Après la très belle Profession de Foi de Pierre qui fut suivie de l'annonce de la Passion / Résurrection ,où la réaction de Pierre lui valut d'être fermement remis à sa place par le Maître : Arrière de moi, Satan ! tu m'es scandale; (Mt16) . On comprend que Jésus choisisse cette circonstance pour se retirer avec quelques uns sur la Montagne de manière à fortifier leur foi.

(Six jours après) Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère,et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. En lisant   ce verset une question jaillit chez beaucoup d'entre nous : pourquoi pas les Douze ? Nous ne pouvons qu'envisager des hypothèses. Au chapitre 16 de ce même Évangile , Pierre est pressenti pour être la « pierre de fondation » :

" Tu es heureux, Simon Bar-Jona, car ce n'est pas la chair et le sang qui te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. (Mt 16)

En tant que pierre de fondation, il semble normal que Pierre soit appelé à être témoin de cette expérience spirituelle si forte.

Bien plus tard, après le repas Pascal, c'est Luc qui nous rapporte cet épisode, alors que Jésus vient d'annoncer la trahison de l'un d'entre eux , les apôtres se chamaillent à propos de la première place, Jésus s'adresse directement à Pierre, Il l'appelle, non seulement à la vigilance, mais pointe aussi sa fragilité .De plus Jésus lui révèle qu'Il lui garde toute sa confiance et lui demande , le moment venu, d'affermir ses frères. Pour devenir et être cette colonne qui maintient la cohésion du groupe après l’événement de la croix, il convenait de détenir des éléments suffisamment solides qui permettraient de tenir dans l'Espérance. Je pense, et je crois, que la Transfiguration participe puissamment à cette mission de cohésion, d'affermissement du groupe :

Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment. Mais moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères. "Lc 22,31

Nous retrouverons Pierre , Jacques et Jean quand au Jardin des Oliviers Jésus les entraîne pour participer, en quelque sorte, au moment crucial de Son combat " Ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à éprouver de la tristesse et de l'angoisse. Alors il leur dit: " Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici et veillez avec moi. "

C'est encore à Pierre que Jésus s'adresse pour lui faire prendre conscience de sa, et de leur pauvreté ,sans doute veut-Il les rendre plus présents, plus impliqués :

Et il vient vers les disciples et il les trouve endormis; et il dit à Pierre: " Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi! Veillez et priez, afin que vous n'entriez point en tentation. L'esprit est ardent, mais la chair est faible.

Enfin, Jésus invite trois apôtres, sans doute pour accréditer le témoignage de Pierre quand il devra affermir ses frères . Si Pierre, en tant que pierre de fondation, avait été seul à vivre ce moment, sa parole pouvait être mise en doute , deux, ils pouvaient être accusés de connivence, trois, cela donnait du poids aux paroles du premier et permettait d'éloigner doutes et contestations .

Dans ce premier verset de notre péricope nous avons également la Montagne Dans le Nouveau Testament, c'est Matthieu qui en parle le plus : onze fois, contre huit Saint Luc, sept St Marc et cinq St Jean !

Du désert, le démon conduit Jésus sur une haute montagne pour faire miroiter à Ses yeux, les Royaumes de la terre ;

Jésus choisit la montagne pour donner à ses disciples et à la foule l'extraordinaire sermon sur la montagne dont, la charte des chrétiens ;

c'est en descendant de la montagne que Jésus touche un lépreux, alors que c'est formellement interdit par la loi, et le guérit ;

Plus tard, après avoir renvoyé les foules, Jésus se retire sur la montagne pour prier après la multiplication des pains ;

ayant guéri la fille de la cananéenne, Il se rend sur une montagne mais Il est rejoint par la foule qui lui amène un grand nombre de personnes atteintes de handicaps et c'est sur le Mont des oliviers que Lui-même sera crucifié .

Quant à l'Ancien Testament la montagne est le lieu privilégié des grandes Théophanies :

C'est sur le Mont Sinaï que Dieu révèle Son Nom : Dieu dit à Moïse : « Je suis celui qui suis. Tu parleras ainsi aux fils d'Israël :'Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est : JE-SUIS.' » (Ex 3)

Dieu donne rendez-vous à Moïse sur le Mont Sinaï où Il lui remet Tables de la Loi :Le Seigneur dit à Moïse : « Monte vers moi sur la montagne et reste là ; je vais te donner les tables de pierre, la loi et les commandements que j'ai écrits pour qu'on les enseigne. » (Ex 24)

C'est sur cette montagne que Dieu s'entretient familièrement avec Moïse :: « Je t'en prie, laisse-moi contempler ta gloire. » Dieu répondit : « Je vais passer devant toi avec toute ma splendeur, et je prononcerai devant toi mon nom qui est : , LE SEIGNEUR. Je fais grâce à qui je veux, je montre ma tendresse à qui je veux. » Il dit encore : « Tu ne pourras pas voir mon visage, car on ne peut pas me voir sans mourir. » Le Seigneur ajouta : « Voici une place près de moi, tu te tiendras sur le rocher ; quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher et je t'abriterai de ma main jusqu'à ce que j'aie passé. Puis je retirerai ma main, et tu me verras de dos, mais mon visage, personne ne peut le voir. » (Ex 33)

« Dans la plupart des religions , la montagne est considérée comme le point où le ciel rencontre la terre. Nombreux sont les Pays qui ont leur Sainte montagne là où le monde fut créé, où les dieux habitent, d'où vient le salut. La Bible a retenu ces croyances mais les a purifiées.et nous trouvons dans St Jean au chapitre 4 « ce n'est plus sur telle ou telle montagne que Dieu veut être adoré mais en esprit et vérité ». (Vocabulaire théologique biblique)

Notre Montagne, aujourd'hui c'est en premier lieu notre cœur, ce sont nos églises, lieux de recueillement où Jésus habite en permanence.

Parce qu'elle élève l'esprit, parce qu'on y trouve le silence, la solitude, un climat adapté pour prier et entendre la seule voix de Dieu, la montagne attire, permet de s'isoler et de mettre en condition pour mieux entendre la voix du Seigneur, pour vivre des temps forts spirituels.

Jésus choisit le Mont Thabor en Galilée, pour se révéler confidentiellement à Ses apôtres  c'est là que nous Le retrouvons. Gravissons discrètement cette montagne dans les pas de Jésus :

Il fut transfiguré devant eux ;son visage devint brillant comme le soleil,et ses vêtements, blancs comme la lumière. 

Nous arrivons au sommet de ce petit mont de 575 mètres . Le groupe n'a pas le temps de se poser, qu'immédiatement, Jésus n'est plus le même, tout en étant Lui, nous comprenons aisément le trouble des apôtres . Il fut transfiguré ! Jésus change d'aspect , Il prend un caractère éclatant , éblouissant, où la lumière domine  :son visage devint brillant comme le soleil,et ses vêtements, blancs comme la lumière. Après l'épisode de la femme adultère, Jésus dit de Lui-même :"Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie." (Jn 8) C'est cette expérience que font les apôtres , ils sont enveloppés dans cette lumière qui rejaillit sur eux forcément, ils ne voient que de la lumière qui les éblouit, les saisit et :

Voici que leur apparurent Moïse et Élie,qui s’entretenaient avec lui.  Moïse et Élie qui s'entretiennent avec Jésus témoignent ainsi, de la mission de Jésus venu accomplir la Loi et les Prophètes ; nous trouvons cela dans le chapitre des béatitudes justement : Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir, mais parfaire. Car, je vous le dis en vérité, jusqu'à ce que passent le ciel et la terre, un seul iota ou un seul trait de la Loi ne passera pas, que tout ne soit accompli. (Mt 5) Et nous retrouverons cette même assertion après la Résurrection quand Jésus se rend présent aux disciples d'Emmaüs dépités :Il leur dit: " C'est bien là ce que je vous ai dit quand j'étais encore avec vous: qu'il fallait que tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes s'accomplît. " Alors il leur ouvrit l'intelligence pour comprendre des Écritures; et il leur dit: " Ainsi il est écrit que le Christ devait souffrir et ressusciter des morts le troisième jour, et que le repentir pour la rémission des péchés doit être prêché en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. Vous êtes témoins de ces choses. (Lc 24)

Il n'est pas surprenant que cet événement bouleverse les apôtres et leur donne envie de s'installer , ou, tout au moins, de prolonger ce moment merveilleux :

Pierre alors prit la parole et dit à Jésus :« Seigneur, il est bon que nous soyons ici !Si tu le veux,je vais dresser ici trois tentes,une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » 

Pierre ne cache pas le bonheur qu'il éprouve , il aimerait bien ne pas en voir le terme . N'est-ce pas la réaction de tous ceux qui se retirent quelques jours pour approfondir leur foi , pour avancer dans l'intimité avec Jésus ? La plupart aimeraient, non seulement prolonger, mais demeurer dans cette nouvelle situation qui les établit dans l'harmonie et une paix profonde avec le Christ Seigneur! Mais, la mission, la famille, les engagements, les rappellent à leur quotidien et ils redescendent à regret de leur « petite montagne » de quelques jours !

Pierre envisage des tentes non pas pour ses frères et lui-même mais pour continuer de goûter cette Présence irradiante d'un Jésus enveloppé de lumière en compagnie des représentants de toute la longue marche de l'humanité qui préparait l'extraordinaire arrivée de Celui, Présent, qui sauverait le monde . Pierre est encore dans sa « gourmandise spirituelle » quand , avec ses compagnons ils se trouvent eux-mêmes saisis, recouverts , littéralement renversés , bouleversés :

Il parlait encore,lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre,et voici que, de la nuée, une voix disait :« Celui-ci est mon Fils bien-aimé,en qui je trouve ma joie :écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.    

Tandis que Pierre cherche des arguments pour convaincre Jésus de prolonger ce moment indescriptible , eux-mêmes enveloppés dans la nuée , entendent une voix qui ne trompe pas et révèle, sans ambages, l'identité de Fils du Seigneur Jésus ! Chaque mot pèse et bouleverse les écoutants :

Celui-ci : celui dont le visage et les vêtements sont devenus éblouissants : JESUS !

EST MON FILS BIEN-AIME : sans doute ont-ils déjà entendu rapportée cette même parole au moment du baptême et voilà que cette extraordinaire révélation leur parvient en direct , ils en sont témoins désormais : le Père affirme que Jésus EST SON FILS et pas un Fils quelconque puisque en LUI LE PERE TROUVE SA JOIE

EN QUI JE TROUVE MA JOIE le Père trouve en Lui SA JOIE, SON BONHEUR. La source de la JOIE du Père c'est JESUS le FILS UNIQUE QUI A REPONDU OUI, quand le Père pose la question : qui enverrai-je ? Jésus répond : voici , je viens pour accomplir Ta volonté ! Jésus est sa joie, parce qu'Il choisit de tout donner et de se donner Lui-même et cela pour chacun de nous ,pour nous faire partager ce bonheur du Salut, d'appartenance à la grande famille de l'Amour universel !!

ECOUTEZ-LE pour cela une condition est nécessaire : se mettre à l’Écoute de l'Amour ! C'est donc devenir « tout ouïe », ne rien perdre de ce que l'Esprit du Seigneur murmure dans nos cœurs . C'est vrai pour les apôtres, c'est vrai pour chacun de nous , être orienté de façon à ne rien perdre des paroles du Seigneur

Il n'y a rien d'étonnant de voir les apôtres renversés, retournés, comme les représentent de nombreuses icônes, n'osant plus bouger, encore moins se relever. Ils sont là, cloués au sol, saisis par une saine et sainte crainte, ils ont entendu LA VOIX qui les aime, qui aime l'humanité ils se sentent mis à nus , transparents à cette PRESENCE UNIQUE, ils n'osent plus faire le moindre mouvement, c'est un peu comme si le temps et la vie et.. s'étaient arrêtés. La crainte éprouvée c’est un peu d'effarement , c'est tellement grand, mais beaucoup de prise de conscience de leurs limites, de leur péché, ils sont là en Présence de LA SAINTETE, c'est tellement autre, qu'ils en deviennent comme paralysés, ah oui , faire que cet instant dure éternellement est plus que jamais désiré, sauf que :

Jésus s’approcha, les toucha et leur dit :« Relevez-vous et soyez sans crainte ! »  

Jésus-Dieu qui vient d'être manifesté dans la gloire qui est Sa véritable identité, Jésus-Dieu, tout en douceur, tout en simplicité, dans le silence de la montagne, s'approcha, se fit proche, au plus près de l'humanité dans ces trois témoins, Jésus-Dieu ( c'est inconcevable, inimaginable, troublant) Dieu s'approcha et les toucha. Jésus-Dieu toucha spirituellement et physiquement ( sentez-vous cette main de Dieu, affectueuse, rassurante,apaisante ) l'humanité et, tout en nuance, l'appelle à se relever, il serait plus juste de dire, à se laisser relever, mettre debout pour avancer ! Doucement ils sortent de leur torpeur contrôlée, maîtrisée et se tiennent debout les yeux toujours baissés parce que intimidés : ils n'ont pas moins que Dieu devant eux !

 Levant les yeux,ils ne virent plus personne,sinon lui, Jésus, seul.Réconfortés par le geste chargé d'amour de Jésus-Dieu,ils lèvent timidement les yeux et ne voient plus que JESUS SEUL ! Tout est redevenu comme avant . Ils retrouvent le Jésus de l'appel, le Jésus des prédications itinérantes, le Jésus qui partage leur vie de chaque jour, le Jésus, qui réprimande, encourage, entraîne , Celui à qui Pierre, juste avant cet épisode a dit : Tu es le Christ le Fils du Dieu vivant ! Mais c'est l'Esprit Saint qui lui a soufflé cela, des mots qui le dépassaient, comme le dépasse ce qu'il vient de vivre et qu'il va devoir enfouir dans un coin de son cœur jusqu'au moment où il devra AFFERMIR ses frères, soutenu alors par ses deux compagnons ! A cette heure où tout est redevenu comme avant ou presque il est juste de redescendre :  

   En descendant de la montagne,Jésus leur donna cet ordre :« Ne parlez de cette vision à personne,avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

En demandant fermement, de garder le silence sur cet événement, Jésus indique qu'Il est bien ce Messie attendu depuis des siècles mais, d'une part l'heure , Son heure, n'est pas encore venue de dévoiler , à tous, de façon claire Son identité profonde et d'autre part, tous ne sont pas au même niveau pour comprendre la totalité du mystère. La Résurrection sera l'étape décisive qui ouvrira les yeux de beaucoup et jusqu'à ce centurion qui gardait le tombeau :À la vue du tremblement de terre et de ces événements,la Passion, la Croix, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus au tombeau, furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » Mt 27,54

Chers amis chacun de nous est appelé à se laisser transfigurer, illuminer, irradier ,au jour le jour, en ECOUTANT Jésus qui nous parle, au présent, à travers l’Écriture Sainte, à travers les sacrements de l’Église, jusqu'à l'heure, notre heure du Passage, où nous entrerons dans le Royaume de LUMIERE ET D'AMOUR !


Nous avons quitté nos chemins

(CFC/Berthier/Langree/Studio SM)

1.
Nous avons quitté nos chemins de peine
pour goûter près de Toi le repos ;
Seigneur, tu le sais, nous cherchons le Père,
apprends-nous à prier.
2.
Saurons-nous veiller quand la chair est faible ?
Ton désir nous soutient dans la foi ;
Seigneur, nous croyons : Tu connais le Père,
montre-nous sa beauté.
3.
Un instant, nos yeux ont surpris ta gloire :
Te voici rayonnant de splendeur ;
Seigneur, notre joie, Tu as vu le Père,
Ton visage est clarté.
4.
Dans la nuit des temps se cachait ta face :
les prophètes annonçaient ta venue;
Seigneur, aujourd’hui, à la voix du Père,
nous t’avons reconnu.
5.
Il nous faut encore soutenir l’épreuve,
traverser avec Toi d’autres nuits ;
Seigneur, Fils de Dieu, conduis-nous au Père,
transfigure nos vies.


L'Ermite