vendredi 13 mars 2020

DONNE-MOI A BOIRE !



3è DIMANCHE DE CARÊME

ANNEE A

(Jn 4, 5-15.19b-26.39a.40-42)



Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar,près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph.    Là se trouvait le puits de Jacob.Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source.C’était la sixième heure, environ midi.    Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau.Jésus lui dit :« Donne-moi à boire. »    – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. 
Dans la première lecture nous sommes en présence du Peuple de Dieu confronté à la soif dans le désert du Sinaï en marche pour la terre promise. Il me semble que ce Peuple s'abandonne un peu facilement au chargé de mission: « Moïse » ;il attend tout de lui , non seulement la libération et donc la liberté, mais aussi « la table et le couvert » et il devient accusateur, violent même dans ses propos au point que l'épreuve dépassée, Moïse baptisera le lieu de la révolte « épreuve » ( Massa ) et Querelle ( Mériba )
Ne serions pas de « dignes » descendants de ce Peuple , n'attendons-nous pas trop facilement d'être pris en charge par la société, par nos responsables hiérarchiques, par les Politiques, l’Église, quand ce n'est pas par Dieu que nous rendons responsable trop souvent de tous nos maux ? Un proverbe du XVII ou XVIII è siècle nous donne la clef : « aide toi et le ciel t'aidera » ! Le ciel t'aidera , en effet, si tu as fait tout ce qui est en ton pouvoir pour trouver une issue à ta difficulté ( intellectuellement, physiquement, psychologiquement ) . Le ciel c'est à dire : Dieu, a mis en nos vies tous les moyens qui nous permettent d'être et de rester debout, Lui prend le relais lorsque, ayant tout envisagé, nous sommes devant un mur . Si nous frappons à Sa porte alors, Il ouvre, comme Il a permis à Moïse de se sortir de ce mauvais pas où il était pris à partie !
Dans la péricope de l’Évangile de ce jour, certes on peut aisément croire que Jésus a soif sous le soleil brûlant de la sixième heure (midi) et au cours d'une longue marche ! Mais Jésus voit bien plus loin que Sa propre soif physique : Ses apôtres ne sont-ils pas partis pour s'approvisionner? Il se repose un peu mais voilà qu'une occasion Lui est offerte pour entrer en dialogue avec une femme, une Samaritaine ( nous savons maintenant, pour en avoir souvent parlé dans le contexte de ce blog, que les Juifs et les Samaritains n'avaient pas d'excellentes relations ) qui vient puiser de l'eau pour son propre compte. Comme chacun sait, le bon moyen pour ouvrir une relation c'est de demander un service, Jésus saisit l'occasion qui lui est offerte et demande à boire à cette femme qui mord à l'hameçon bien plus facilement qu'un poisson. Jésus réussit sans la moindre difficulté à la faire réagir :
La Samaritaine lui dit :« Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire,à moi, une Samaritaine ? »– En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus n'en attendait pas moins ! En réalité, Sa soif Lui importe peu , c'est le ver de l'hameçon ! que la Samaritaine happe immédiatement ! Elle s'exprime ! C'est ce qu'attendait Jésus pour aller plus loin dans la rencontre . Jésus rebondit aussitôt :
Jésus lui répondit :« Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’,c’est toi qui lui aurais demandé,et il t’aurait donné de l’eau vive. » Jésus aiguise sa curiosité , Il tient à Lui permettre de poser des questions pour l'entraîner plus loin ! Jésus parle du « don » de Dieu,( langage absent du vocabulaire de la Samaritaine) , c'est-à-dire, de Lui-même, alors qu'Il est un inconnu pour cette femme, et d'une « eau vive » qui ne peut que surprendre la Samaritaine enfermée dans le matériel !
Elle lui dit :« Seigneur, tu n’as rien pour puiser,et le puits est profond.D’où as-tu donc cette eau vive ?      Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits,et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » A ce stade la samaritaine reste terre à terre  tu n’as rien pour puiser,et le puits est profond. Cette femme est réaliste et ne manque pas de faire remarquer à Jésus dans quel dénuement Il se trouve . Jésus ne semble pas avoir de réserve d'eau et Il parle d'eau vive c'est un comble ! Elle ose même Le mettre au pied du mur en Lui faisant remarquer que ce puits est un bien reçu en cadeau de leur ancêtre Jacob qui l'utilisait pour lui, sa famille, ses bêtes. Comment Jésus, ce Juif démuni et de passage, peut-Il prétendre dépasser en puissance Jacob qui avait un patrimoine ? Elle n'est pas au bout de ses surprises !
Jésus, en effet, nous surprend toujours sur le chemin de la vie ! Nous croyons parfois tout savoir de Lui, tout comprendre, or l’Évangile est toujours nouveau et restera une Bonne Nouvelle jusqu'à la fin des temps. Nous n'aurons jamais fini de l'approfondir, de le découvrir, Il est vraiment cette eau vive dont parle Jésus qui au lieu d'étancher notre soif la décuple et nous donne envie de creuser toujours davantage pour que jaillisse le source qui ne tarit pas, ne s'épuise pas, comme Bernadette à Lourdes nous allons toujours plus profond et restons des assoiffés et des affamés et il en sera ainsi jusqu'à notre dernier souffle.
Jésus suit son idée et revient à l'essentiel, Il ne discutaille pas , l'important c'est cette eau vive et Il ramène cette femme à cet essentiel qu'Il désire Lui faire découvrir !
Jésus lui répondit :« Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ;    mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ;et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »Qu'il s'agisse de l'eau d'un puits, richesse insondable, dans un Pays où elle est rare, de l'eau venue du ciel pour irriguer la terre et faire fleurir le désert cette eau là est insignifiante devant l'Eau dont parle Jésus ! L'eau du puits ne désaltère qu'un moment, « l'eau de la grâce » est une source inépuisable qui donne la Vie et ouvre à la Vie éternelle !
La Samaritaine est loin d'être insensible aux propos de Jésus, cette information l'intéresse au plus haut point. Chaque jour, et parfois plusieurs fois par jour, elle doit se déplacer et porter sur sa tête la réserve d'eau familiale aussi une eau jaillissante serait la bienvenue, c'est ce qu'elle retient pour le moment et prie Jésus de la libérer de cette corvée :
La femme lui dit :« Seigneur, donne-moi de cette eau,que je n’aie plus soif,et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. 
Tout bascule ici : Jésus ouvre une brèche qui peut déstabiliser mais aussi permettre à cette femme d'ouvrir son cœur, de se laisser rejoindre par l'Amour véritable du Dieu qui nous libère, loin des amourettes feu de paille, qui font de la personne une esclave ! Jésus pointe Son doigt sur la vie désordonnée de cette personne pour lui faire retrouver, si elle accepte, sa pureté originelle :
 Jésus lui dit :« Va, appelle ton mari, et reviens. » Jésus ose entrer dans Sa vie privée parce qu'Il la sait  prisonnière de ses passions et n'a qu'un souci, celui du Royaume qu'Il veut ouvrir à cette femme, c'est tout le sens de Sa soif lors de la rencontre, Jésus a soif des âmes . La Samaritaine ne se braque pas, ne se révolte pas, elle n'avoue pas non plus sa vie désordonnée elle souligne un aspect de sa situation, elle ne ment pas, elle ne dit pas non plus la vérité. A ce stade elle pense s'en sortir avec une pirouette et un constat superficiel :   « Je n’ai pas de mari. » Jésus garde la maîtrise de la situation, garde son calme, mais poursuit son œuvre de libération en lui permettant d'avancer elle-même sur ce chemin de retournement, de conversion, de vérité, d'accueil de l'eau vive.Pour accueillir l'eau vive désirée il convient qu'elle libère son cœur de ses esclavages . N'est-ce pas un des aspects du Carême ? Ce temps de ressaisissement que nous offre l’Église n'est-il pas offert pour nous permettre de faire le point dans notre vie spirituelle en nous laissant interrogés par l’Évangile pour nous permettre ce renouvellement intérieur qui nous conduira à la joie de Pâques ?
Jésus rebondit, Il ne devance pas la réaction de son interlocutrice, il lui permet d'aller au bout de ce qui est difficile à reconnaître :
Jésus reprit :« Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari :  des maris, tu en a eu cinq,et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ;là, tu dis vrai. » Et que fait la femme devant cette révélation inattendue ?
Que ferons-nous quand il nous sera proposé de boire l'eau vive du sacrement de la Réconciliation ? Certains, désabusés, risquent de s'appuyer sur les fragilités de l’Église en disant les prêtres ne sont pas meilleurs que nous ! Que signifie d'aller confier mes limites à quelqu'un qui est peut-être pire que moi ? D'abord c'est dans le cœur de Jésus que je me libère, le prêtre est témoin et canal de l'eau vive, Il n'est que serviteur de l'eau Vive de la Grâce et c'est énorme mais il n'est pas Jésus ! Au sacrement du Pardon, c'est à Jésus que je m'adresse, et c'est au Nom de Jésus que le Prêtre, lui-même pêcheur pardonné, fait couler sur moi, l'eau de la grâce, cette source jaillissante !
Croyants en Jésus ressuscité tout ce que nous soulevons pour justifier notre éloignement de ce sacrement n'est que prétexte . Demandons la grâce de l'humilité pour chacun de nous afin de ne pas négliger cette opportunité qui nous est offerte pour « devenir saints comme l'est notre Père des cieux » !  Voici ce que disait Saint François d'Assise à ce propos !( je n'ai pas retrouvé la référence pour le sacrement du pardon mais ce qui suit est dans le même esprit ) Si j’avais autant de sagesse que Salomon, et s’il m’arrivait de rencontrer de pauvres petits prêtres vivant dans le péché, je ne veux pas prêcher dans leurs paroisses s’ils m’en refusent l’autorisation. ... Je ne veux pas considérer en eux le péché ; car c’est le Fils de Dieu que je discerne en eux, et ils sont réellement mes seigneurs. Si je fais cela, c’est parce que, du très haut Fils de Dieu, je ne vois rien de sensible en ce monde, si ce n’est son Corps et son Sang très saints, que les prêtres reçoivent et dont ils sont les seuls ministres.
Cette femme découvre en cet instant que Celui qui lui parle et lui demande à boire n'est pas un simple marcheur
Je vois que tu es un prophète !...    Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là,et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » 
Les différences de « doctrine » l'intriguent , le fond de sa remarque est une question : « qui dit la vérité, quel est le meilleur lieu pour adorer » et, sous-entendu, pour plaire à Dieu ?
Jésus lui dit :« Femme, crois-moi :l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette
montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.    Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ;nous, nous adorons ce que nous connaissons,car le salut vient des Juifs.   Mais l’heure vient – et c’est maintenant –où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité :tels sont les adorateurs que recherche le Père.    Dieu est esprit,et ceux qui l’adorent,c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » 
Jésus avance « au rythme » de la Samaritaine , Il ne la devance jamais, Il saisit chaque occasion pour l'entraîner plus loin . Jésus lui permet d'élargir son esprit , sa manière de rencontrer Dieu lequel ne se limite pas à un lieu, un espace, ( même s'il est bon d'avoir des lieux de recueillement) une nation... Dieu est Esprit je peux l'adorer partout. Si, un jour je suis bloqué au fin fond du monde, je peux, en descendant en moi-même y retrouver le Dieu qui me fait vivre et L'adorer, car adorer c'est reconnaître que Dieu est Dieu, c'est essayer, jour après jour de vivre en communion avec Lui, c'est reconnaître Sa Seigneurie sur ma vie, sur le monde ,c'est croire vraiment « que sans Lui, je ne peux rien faire » , sans Lui je ne suis pas  .
Tout en douceur, cette femme s'ouvre à une autre perspective , elle sait que le monde attend le Messie, qui sera l'oint de Dieu ,attendu depuis des millénaires , au fond d'elle-même elle L'espère comme tout un chacun, elle L'attend parce qu'Il fera bouger « les lignes »et fera connaître toutes choses, toutefois elle est encore loin de penser que celui qui lui parle est Celui-là et n'hésite pas à dire :
« Je sais qu’il vient, le Messie,celui qu’on appelle Christ.Quand il viendra,c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. »    
Quelle déflagration la réponse de Jésus a-t-elle provoqué en elle ! Quel bouleversement !
Jésus lui dit :« Je le suis,moi qui te parle. »   
Il n'est plus question d'eau, de cruche , d'appartenance, voit elle seulement arriver les disciples ?
À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ;ils étaient surpris de le voir parler avec une femme.Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? »ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » 
Plus rien ne la retient , elle ne voit plus rien, plus rien ne compte , la voilà devenue missionnaire, elle a besoin de partager sa découverte et pour l'étayer elle rapporte sa conversation du moins ce qui la concerne personnellement. Ce qui pourrait la desservir auprès des villageois, elle en fait un témoignage car qui d'autre que le Christ peut lui parler ainsi :
La femme, laissant là sa cruche,revint à la ville et dit aux gens :    « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait.Ne serait-il pas le Christ ? »...Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus.    Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui,ils l’invitèrent à demeurer chez eux.Il y demeura deux jours.    Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui,    et ils disaient à la femme :« Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons :nous-mêmes, nous l’avons entendu,et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Et l'inattendu se produit ! A l'écoute de Jésus Lui-même, nombreux sont ceux (Samaritains) qui non seulement accueillent Son message mais adhérent au point de devenir croyants et de Le RECONNAITRE comme SAUVEUR DU MONDE Ils précisent qu'au-delà du témoignage de la femme ils sont séduits par Jésus Lui-même ! Quelle merveille , et cela à tous les points de vue : le témoin en effet n'est pas là pour retenir la Lumière mais pour la diffuser ! Le témoin exprime son expérience, non pour attirer à soi, mais pour conduire à Jésus ! L'essentiel réside dans cette rencontre unique avec le Seigneur de nos vies , n'est-Il pas « le chemin, la vérité et la vie » ? Tout témoin est un passeur, il n'est pas le but ! Le but, c'est de permettre à nos frères d'expérimenter qui est Jésus et de voir des personnes se mettre en route, ajuster leurs pas à ceux de Jésus pour être portés, conduits par Lui , aimés.
Entre-temps, les disciples l’appelaient :« Rabbi, viens manger. »    Mais il répondit :« Pour moi, j’ai de quoi manger :c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »    Les disciples se disaient entre eux :« Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? »    Jésus leur dit :« Ma nourriture,c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.    Ne dites-vous pas :‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ?Et moi, je vous dis :Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson.Dès maintenant,  le moissonneur reçoit son salaire :il récolte du fruit pour la vie éternelle,si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur.    Il est bien vrai, le dicton :‘L’un sème, l’autre moissonne.’    Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ;d’autres ont fait l’effort,et vous en avez bénéficié. »
Quant aux disciples, à cette heure, ils n'ont pas d'autre souci que de restaurer leur Maître et de se restaurer et ils le font savoir :« Rabbi, viens manger. » Les disciples sont au même niveau que la Samaritaine :« Seigneur, donne-moi de cette eau,que je n’aie plus soif,et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. L'une et les autres reçoivent les paroles de Jésus au tout premier degrés. L'une a soif , elle veut se désaltérer, les disciples ont faim ils veulent se rassasier avec ce qu'ils ont trouvé dans les magasins , Jésus, Lui est dévoré par le feu intérieur qui l'anime et Il tente d'éveiller l'une et les autres aux nourritures spirituelles :
« Pour moi, j’ai de quoi manger :c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »    Les disciples se disaient entre eux :« Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Pour Jésus, le pain, l'eau c'est tout-à-fait secondaire, le but de Sa vie c'est : 
« Ma nourriture,c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.
D'accomplir la Volonté du Père : voilà ce qui Le comble et la volonté de Son Père « c'est qu'aucun de ceux qui Lui sont confiés ne se perde » Et nous ?



Je suis consciente d'avoir seulement survolé ce très beau passage d’Évangile, et j'en suis navrée mais il faudrait y passer des heures et des heures ! Ma joie serait de vous donner envie de le ruminer encore et encore pour en extraire un maximum de substance pour un Carême de LIBERATION !

Par ailleurs le monde vit actuellement au rythme du Covid19, certains ont peur , d'autres pensent qu'il y a des exagération . Une amie m'a communiqué la Lettre de Monseigneur Centène, évêque de Vannes, je vous la fais suivre ,elle peut nous éclairer, nous responsabiliser aussi.
Suite à la décision administrative préfectorale interdisant les rassemblements collectifs dans le département, n’y a-t-il pas un excès de zèle d’avoir suspendu toutes les messes publiques la semaine dernière et de continuer à les interdire dans les zones de « clusters » ?
Il n’y a que sur les réseaux sociaux que nous trouvons des gens qui sont experts en toute chose et qui donnent un avis infaillible sur tout. Le bon sens et le réalisme nous font un devoir d’entendre ceux qui sont effectivement compétents et qui sont chargés de prendre des décisions, surtout en mesure de santé publique. En l’espèce, l’Église n’est pas l’autorité sanitaire et il est de son devoir d’accepter ses préconisations et même ses conseils. Toute autre attitude relèverait d’une irresponsabilité coupable dont nous aurions à répondre, non seulement devant l’autorité civile, mais en conscience devant Dieu.

L’obéissance aux autorités civiles ne cache-t-elle pas une mollesse, une tiédeur ? Jusqu’où l’Église a-t-elle à se soumettre à la loi civile ?
Pour un chrétien l’obéissance aux autorités civiles n’est pas une option facultative, elle est un devoir. C’est ce que nous dit saint Paul dans le chapitre 13 de la Lettre aux Romains : « Que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de Dieu, et celles qui existent sont établies sous la dépendance de Dieu ; si bien qu’en se dressant contre l’autorité, on est contre l’ordre des choses établi par Dieu, et en prenant cette position, on attire sur soi le jugement. En effet, ceux qui dirigent ne sont pas à craindre quand on agit bien, mais quand on agit mal. Si tu ne veux pas avoir à craindre l’autorité, fais ce qui est bien, et tu recevras d’elle des éloges. Car elle est au service de Dieu pour t’inciter au bien ; mais si tu fais le mal, alors, vis dans la crainte. En effet, ce n’est pas pour rien que l’autorité détient le glaive. Car elle est au service de Dieu : en faisant justice, elle montre la colère de Dieu envers celui qui fait le mal. C’est donc une nécessité d’être soumis, non seulement pour éviter la colère, mais encore pour obéir à la conscience. C’est pour cette raison aussi que vous payez des impôts : ceux qui les perçoivent sont des ministres de Dieu quand ils s’appliquent à cette tâche. Rendez à chacun ce qui lui est dû : à celui-ci l’impôt, à un autre la taxe, à celui-ci le respect, à un autre l’honneur » (1).
Il le redit dans la lettre à Tite : « Rappelle à tous qu’ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités, qu’ils doivent leur obéir et être prêts à faire tout ce qui est bien » (2). L’appartenance à l’Église ne dispense pas d’obéir aux lois de la cité, dans leur ordre de légitimité temporelle

Saint Pierre ne dit-il pas qu’il faut « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » ? (3)
Il ne s’agit pas du même contexte mais d’une circonstance où des hommes, en l’occurrence le grand prêtre et le conseil suprême, voulaient empêcher les apôtres de prêcher et enseigner au nom de Jésus. C’est le salut qui est en cause ici et pas l’obéissance aux lois qui organisent la cité. Cette réponse de Pierre fonde l’objection de conscience vis-à-vis de ce qui pourrait compromettre le salut éternel et s’opposer au plan de Dieu. Mais, en ce qui concerne l’obéissance aux autorités civiles, on ne peut pas opposer Pierre à Paul. Saint Pierre écrit d’ailleurs dans sa première lettre : « Soyez soumis à toute institution humaine à cause du Seigneur, soit à l’empereur qui est souverain, soit aux gouverneurs qui sont ses délégués pour punir les malfaiteurs et reconnaître les mérites des gens de bien » (4).
Jésus lui-même n’était pas un zélote, révolté contre l’autorité romaine ; interrogé sur l’obligation de payer l’impôt à César, il a répondu : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (5). Lui-même s’est soumis aux autorités jusqu’à recevoir d’elles la mort. Il n’a pas appelé à son secours « des légions d’anges » (6) et il voit dans son arrestation l’accomplissement des Écritures (7). C’est même par son obéissance qu’il nous sauve et qu’il est glorifié : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : “Jésus Christ est Seigneur” à la gloire de Dieu le Père » (8).
Nous ne pouvons pas réagir systématiquement comme si les lois civiles étaient intrinsèquement opposées à la loi de Dieu et devaient faire l’objet d’une résistance opiniâtre de la part de l’Église. L’obéissance aux lois qui organisent la Cité n’est pas une concession faite par mollesse, elle est un devoir de la part du chrétien. Si chaque citoyen ou chaque communauté n’obéissait qu’aux lois qu’il se donne à lui-même, la société retournerait au chaos.

Les martyrs n’ont-ils pas fait preuve de cette résistance ?
Il faut encore une fois comparer ce qui est comparable. Les martyrs ont été confrontés à des lois qui s’opposaient à la loi de Dieu et qui compromettaient leur salut et celui de leurs frères, pas à des lois qui concernaient le maintien de la santé publique et la lutte contre une épidémie. Leur témoignage s’est fait au prix de leur propre vie et pas au péril de la santé et de la vie de leur prochain. Leur témoignage était basé sur le commandement de l’amour de Dieu et du prochain, et s’ils ont accepté joyeusement la mort, dans l’espérance de la vie éternelle, ils ne l’ont pas procurée à leurs frères. Dieu est le Dieu de la vie pas de la mort

Les prêtres pourraient-ils arguer de la clause de conscience pour célébrer la messe publiquement, malgré tout, dans les zones d’infestation du virus ? Et les fidèles pour y assister ?
Si l’assistance à la messe quotidienne était une nécessité indispensable au salut, une clause de conscience pourrait jouer, mais ce n’est pas le cas. Participer à la messe en semaine est d’une grande fécondité spirituelle mais n’est pas une obligation demandée par l’Église. Quant à l’obligation de participer à la messe du dimanche, elle est un commandement de l’Église et donc l’Église peut, en constatant des cas d’impossibilité ou d’épreuve, en donner temporairement dispense. Sanctifier le jour du Seigneur est le troisième commandement de Dieu. Traduire ce précepte par l’assistance à la messe dominicale est le deuxième commandement de l’Église. Le chrétien qui est dans l’impossibilité de s’y conformer trouvera d’autres modalités pour sanctifier le jour du Seigneur. Mais en tout état de cause, l’Église qui donne ce deuxième commandement est à même d’en dispenser les fidèles pour des raisons graves. Même en l’absence de décision de l’évêque, les prêtres pourraient en dispenser les fidèles qui leur sont confiés si les nécessités l’imposaient.

Quelle légitimité y a-t-il à traduire sur le plan liturgique des mesures sanitaires préconisées par le préfet (communion dans la main, bénitiers vidés, pas de geste de paix) ?
Il est bien évident que le préfet n’est pas l’ordonnateur de la liturgie, mais la légitimité de traduire en termes liturgiques les dispositions sanitaires vient de la nature même des choses. Des mesures générales qui ne seraient pas traduites par des attitudes et des pratiques concrètes n’auraient aucune efficacité. Or le but des mesures sanitaires est d’être efficace. En interdisant les rassemblements, les autorités sanitaires cherchent à éviter les contacts qui sont vecteurs de la transmission du virus.
Pour ce qui est de la communion, j’entends souvent l’objection que les mains ne sont pas plus propres que la langue, qu’elles sont le principal vecteur de transmission du coronavirus, ou qu’en donnant la communion dans la bouche le prêtre n’a pas plus de contacts avec les communiants qu’en la donnant sur la main. C’est oublier que le coronavirus est responsable d’une maladie respiratoire et qu’il est présent dans les gouttelettes qui constituent l’haleine, dans les respirations, et que le souffle même est un vecteur de transmission en particulier lorsque le communiant est debout. Si nous sommes atteints d’une maladie respiratoire, s’abstenir de communier dans la bouche est une précaution, une délicatesse vis-à-vis des personnes qui communieront après nous et que nous pourrions contaminer. Il ne s’agit pas d’interdire la communion dans la bouche, qui est le mode normal et traditionnel de recevoir la communion, mais, chaque mode présentant des risques, de recommander à chacun de prendre les précautions nécessaires pour garantir le précepte de la charité qui est le résumé et la source de tous les commandements.
C’est la raison pour laquelle j’ai recommandé de faire une communion spirituelle.
Personne ne peut revendiquer les sacrements comme un dû, ils sont toujours un don de Dieu que personne ne peut revendiquer au mépris de la charité. Et le temps d’épreuve présent nous invite à nous demander encore plus si, à chaque fois, nous nous préparons assez dignement à recevoir ce don.
Il est d’autant plus légitime de traduire sur le plan liturgique les mesures sanitaires que les personnes qui participent à nos liturgies constituent souvent un public fragile sur lequel le coronavirus peut avoir des conséquences très graves. « Nous les forts, nous devons porter la fragilité des faibles et non faire ce qui nous plait » (9).

Pourquoi, plutôt que d’inviter les gens à prier individuellement, ne pas proposer des prières collectives, des processions pour intercéder avec plus de ferveur pour les malades ?
Je sais bien que l’on fait souvent appel à un passé idéalisé pour juger ce qui se fait concrètement aujourd’hui. Autrefois, en période d’épidémie, on se rassemblait pour prier. Nous ne dédaignons pas les prières publiques et, dimanche dernier, nous sommes allés en pèlerinage à Pontivy prier Notre-Dame-de-Joie qui est intervenue dans le passé pour protéger nos ancêtres contre une épidémie. Mais les hommes du XIVe ou du XVIIe siècle n’avaient pas les notions de prophylaxie que nous avons aujourd’hui. Leur science et leur industrie étaient très limitées. Et après avoir utilisé les médicaments sommaires qu’ils avaient pu concevoir, ils n’avaient pas d’autre recours que la prière. Dieu leur venant en aide palliait les insuffisances inhérentes à leur temps et à leur degré de connaissance. Aujourd’hui aussi, Dieu le fera ! Mais en attendant, nous devons, selon le principe de saint Ignace, agir comme si tout dépendait de nous et prier en sachant que tout dépend de Dieu.
Prier pour avoir la santé sans prendre aucune précaution pour empêcher la maladie de s’étendre, ce n’est pas de la foi, c’est du fidéisme. Pire même, c’est tenter Dieu. Le premier dimanche de Carême, nous avons lu dans l’Évangile le récit des tentations de Jésus. Sommé par le diable de se jeter du haut du temple au motif que Dieu enverrait son ange « pour que son pied ne heurte les pierres », Jésus a répondu : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ».

N’est-ce pas un manque de foi de penser que les saintes espèces, corps et sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, pourraient être vecteur de maladie ou de mort ?
Là encore, attention au fidéisme. La transsubstantiation change l’identité mais pas les accidents. Les espèces et apparences du pain et du vin demeurent et restent soumises aux lois de la nature. Une hostie consacrée abandonnée dans un endroit humide se détériore, livrée aux flammes elle brûle et la présence réelle ne demeure que tant que dure le signe du pain. Quelques miracles eucharistiques célèbres et retentissants, échappant à ces lois naturelles, nous ont été donnés pour augmenter notre foi. Mais ce sont des miracles ! Nous ne pouvons demander à Dieu de réaliser un miracle permanent pour pallier nos manques de prudence. Les virus ne se désactivent pas plus en entrant dans une église catholique qu’ils ne le font en entrant dans un temple protestant. « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Rappelons-nous ce récit humoristique mais plein de sens :

« Lors de terribles inondations, un village est sur le point de se faire engloutir. Toute la population est évacuée par les pompiers, sauf le curé de ce village qui tient à rester
.
–Mais pourquoi ? Tout va disparaître !!
– N’ayez crainte, c’est Dieu qui me sauvera.
Tout le monde part, et le curé reste seul dans son église, les pieds dans l’eau, à prier.
Plus tard, l’eau a atteint le premier étage, et des pompiers sur un Zodiac arrivent près de la fenêtre :
– Montez, mon Père, montez !!
– Non, Dieu me sauvera, je le sais, je dois prouver ma foi.
Lorsque l’eau a continué de monter, le curé est en haut du clocher, un autre Zodiac des pompiers arrive auprès de lui. Même scénario, le curé refuse l’aide.
L’eau continue de monter… et le curé se noie.
Il arrive aux portes du Paradis et dit :
– Vraiment mon Dieu, je ne comprends pas. J’ai passé ma vie à Te prier, à Te servir, toute ma vie T’a été dévouée, et Tu n’as rien fait pour me sauver !
Et Dieu lui dit :
– Mais si ! Je t’ai envoyé les pompiers trois fois, mais tu n’en as pas voulu. »

(*) Titre de La DC.
(1) Rm 13, 1-7.


L'Ermite

vendredi 6 mars 2020

ECOUTEZ-LE !


DEUXIEME DIMANCHE

DE CARÊME

ANNEE A

(Mt 17, 1-9)


Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère,et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. L’Évangile dit exactement : Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, (Mt 17)
Mais après quoi ? Soyons curieux et allons voir : « Jésus commença depuis lors à déclarer à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem, qu'il souffrît beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, qu'il fût mis à mort et qu'il ressuscitât le troisième jour. Pierre, le prenant à part se mit à le reprendre, disant: " A Dieu ne plaise, Seigneur! cela ne vous arrivera pas. " Mais lui, se tournant, dit à Pierre: " Va-t'en! Arrière de moi, Satan! tu m'es scandale; car tu n'as pas le sens des choses de Dieu, mais (celui) des choses des homes Mt 16) C'est donc six jours après l'annonce de Sa Passion que Jésus prend avec Lui Pierre, Jacques et Jean . Cette perspective, même s'ils ne comprennent pas tout de cette annonce les bouleverse et Pierre réagit avec fougue au point d'être sévèrement mais avec un immense amour , repris par le Maître.
Pourquoi choisir ces trois, demandons-nous ? Sans doute parce qu'ils seront témoins de Son agonie au Jardin des Oliviers :Et il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il commença à sentir de la frayeur et de l'angoisse. Et il leur dit : " Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici et veillez. " S'étant un peu avancé, il tomba sur la terre; et il priait que cette heure, s'il était possible, s'éloignât de lui, et il disait : " Abba, Père, tout vous est possible, détournez de moi ce calice; cependant, non ce que je veux, mais ce que vous (voulez) ! " Et il vient et il les trouve endormis, et il dit à Pierre : " Simon, tu dors ! Tu n'as pas eu la force de veiller une heure ! Veillez et priez afin que vous n'entriez point en tentation. L'esprit est ardent, mais la chair es faible. " (Mc14) Pour fortifier leur foi le moment venu,pour les aider à traverser l' épreuve de Sa Passion, de Sa Mort, pour leur permettre de continuer de croire malgré l'apparent échec : « tout ça pour ça ! » C'est à dire : tout ce chemin parcouru ensemble, ces moments forts de fraternité, ces temps de reprise , souvent sur la montagne, ces miracles, les envois en mission avec des recommandations, cette résurrection de la fille de Jaïre dont les trois seront les seuls témoins et tant d'autres moments extraordinaires ! Tout ça pour finir sur une croix entre deux larrons !
Sans doute Jésus a-t-Il jaugé leurs capacités de rassembleurs, Il aurait bien pris Pierre seul,ne lui dira-t-il pas Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment. Mais moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères. " Il lui dit: " Seigneur, je suis prêt à aller avec vous et en prison et à la mort. " Mais il dit: " Je te le dis, Pierre, le coq ne chantera pas aujourd'hui que tu n'aies trois fois nié me connaître. (Luc 22) mais qui aurait cru à partir du Témoignage d'un seul ? Pour qu'un témoignage soit accueilli , trois personnes sont nécessaires, Jésus le sait et agit en conséquence !
Il fut transfiguré devant eux ;son visage devint brillant comme le soleil,et ses vêtements, blancs comme la lumière.   Jésus  se manifeste ici comme le Tout Autre, dans la majesté de SON ETRE DIVIN . Cet événement est tellement grand , tellement sublime qu'il nous est difficile d'exprimer ce que nous éprouvons à l'écoute de ce mystère. Je cède la place à Saint Léon le Grand Pape de 440 à 461, voici ce en dit :  «  Jésus prévoyait de fonder l'espérance de l'Église, en faisant découvrir à tout le corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l'honneur qui avait resplendi dans leur chef.Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu'il parlait de la majesté de son avènement : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Et l'Apôtre saint Paul atteste lui aussi : J'estime qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous. Et encore : Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. Cependant, pour confirmer les Apôtres et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s'est ajouté à ce miracle.En effet, Moïse et Élie, c'est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s'entretenir avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s'accomplirait de façon certaine la prescription : Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie,qui s’entretenaient avec lui.Sans doute aussi , par cette présence de Moïse et d’Élie, Jésus confirme-t-Il ce qu'Il nous disait il y a quelques dimanches : « je ne suis pas venu abolir mais accomplir » Jésus manifeste ici qu'Il assume totalement TOUTE L' ECRITURE, tout ce qu'elle rapporte de l'économie du Salut . Moïse et Élie ne Lui sont nullement étrangers, Il reconnaît que l'un et l'autre ont rempli une mission reçue de Dieu Père et Fils et Esprit Saint. St Jean en conclusion du Prologue ne dit-il pas : «   la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. » (Jn 1) Les témoins sont physiquement renversés par cette manifestation de la divinité de Jésus et de la vie en Dieu en même temps ils éprouvent un tel bien-être, une telle joie, que Pierre oublie La Passion évoquée par Jésus, la Mission elle-même , il prit la parole et dit à Jésus :« Seigneur, il est bon que nous soyons ici !Si tu le veux,je vais dresser ici trois tentes,une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »Pierre envisage et propose « un arrêt sur image » prolongé celui-là ! Un peu comme lorsque nous participons à une retraite spirituelle. On se sent si bien dans le silence, la prière, à l'écoute du Maître qu'on souhaiterait finir sa vie de cette façon, en semblable lieu ! Pour Pierre comme pour chacun de nous cela peut être la tentation de fuir l'engagement, de s'installer une fois pour toutes dans une certaine béatitude en attendant le Passage à la Béatitude éternelle ! Nous sommes loin dans cette proposition de ce qui est demandé à Abraham, pourtant bien âgé déjà : « Quitte ton pays,ta parenté et la maison de ton père,et va vers le pays que je te montrerai » Jésus n'a pas eu à réagir, ni Pierre à rechercher le matériel adéquat, c'est le Père Lui-même qui va le tirer de sa rêverie :
Il parlait encore,lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre,et voici que, de la nuée, une voix disait :« Celui-ci est mon Fils bien-aimé,en qui je trouve ma joie :écoutez-le ! »    Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis
d’une grande crainte.La surprise des apôtres est immense, ils n'étaient pas encore en route lors du baptême de Jésus,ils n'ont pas entendu cette parole du Père. En cet instant, c'est pour eux l'authentification de ce qu'ils croient avec des hauts et des bas ! Là, le Père Lui-même prend la Parole, en leur présence et désigne Jésus comme Son FILS BIEN AIME ! C'est fulgurant, éblouissant, foudroyant, il n'est pas surprenant de les voir saisis de crainte et complètement tourneboulés ! ( j'apprécie particulièrement l'icône de la Transfiguration où l'iconographe représente ces témoins complètement renversés tellement la surprise les dépasse et les bouleverse) Bien des fois ils ont entendu Jésus dire : « mon Père et Moi », mais là, en cet instant, ils L'entendent ,Lui, le Père, et cela les bouleverse et les remplit d'un respect inouï! Ce qu'ils pressentaient leur est révélé et ça les renverse, ils sont saisis d'une crainte révérencielle, dépassés , submergés, c'est tellement fort ! Ils n'osent plus se relever , ils ne peuvent pas se relever d'eux mêmes ! L'émotion est à son comble ! alors
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit :« Relevez-vous et soyez sans crainte ! »C'est Jésus qui vient à leur aide  comme Il le fait chaque fois que nous allons au bout de nous-mêmes et ne voyons plus d'issue. Comme Il relève les apôtres abasourdis, Jésus nous relève, que nous le sachions ou non, que nous reconnaissions Sa Présence dans nos vies ou non ! C'est à chacun de nous que Jésus dit, dans le tréfonds de notre cœur : « relève-toi, sois sans crainte »Jésus s'approche et les touche comme Il s'approche de nous et nous touche aujourd'hui à travers les sacrements de l’Église si nous acceptons de les accueillir et le temps de Pâques est un temps privilégié à cet effet . Comme les apôtres, rejoints pas Jésus osons lever les yeux vers Lui. Ici Levant les yeux,les apôtres ne virent plus
personne,sinon lui, Jésus, seul.Ce grand moment d'intimité et de confidence est terminé il convient de revenir à la réalité concrète du quotidien, de repartir , le cœur enthousiasmé par cet événement mais en restant discret c'est l'ordre de Jésus :En descendant de la montagne,Jésus leur donna cet ordre :« Ne parlez de cette vision à personne,avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » Pourquoi leur est-il demandé de se taire ? En s'exprimant de la sorte, Jésus confirme d'une part la révélation que les apôtres viennent d'avoir et, d'autre part Il leur demande d'attendre Sa résurrection pour partager ce qui vient de se passer cet événement fera d'eux des témoins . De leurs yeux de chair , par grâce et par anticipation ils ont vu la Gloire qui sera celle de Jésus après Sa résurrection et la notre si notre vie est en adéquation avec Jésus Parole du Père !Ce n'est pas, en effet, sur la foi de fables ingénieusement imaginées que nous vous avons fait connaître la puissance et l'avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais en témoins oculaires de sa majesté. En effet, il reçut honneur et gloire de Dieu le Père, lorsque de la gloire magnifique une voix se fit entendre qui disait: " Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances. - Et nous, nous entendîmes cette voix venue du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la montagne sainte.Et ainsi a été confirmée pour nous l’Écriture prophétique, a laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour vienne à poindre et que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs. Mais sachez avant tout qu'aucune prophétie de l’Écriture ne procède d'une interprétation propre, car ce n'est pas par une volonté d'homme qu'une prophétie a jamais été apportée, mais c'est poussés par l'Esprit-Saint que les saints hommes de Dieu ont parlé. (2P 1)
Chaque fois que nous participons à l'Eucharistie nous pouvons entendre dans notre cœur, la voix du Père dire de nouveau :
« Celui-ci est mon Fils Bien aimé ECOUTEZ-LE »




Pour ceux qui ne lisent pas le Journal LA Croix je joins cet écrit de Monseigneur Daucourt, aujourd'hui retraité, il peut aider à réfléchir et bien se situer dans ce drame qui touche tout disciple de Jésus .

Chers amis,
Depuis que sont connues les terribles révélations concernant Jean Vanier vous êtes très nombreux à me manifester votre sympathie et à me partager vos réactions. Je vous remercie beaucoup pour votre amitié et vos prières.

Je suis moi-même sidéré et d’abord profondément attristé pour les personnes abusées par Jean et pour les communautés de l’Arche touchées par ce scandale et desquelles j’ai tant reçu.


Je rends hommage aux femmes qui ont osé parler pour que l’Arche trouve un chemin juste et vrai et évite de pareilles dérives. Je pense à leurs souffrances. Je suis en admiration devant ce qu’ont fait, écrit et dit les responsables de l’Arche, Stéphane Posner, Stacy Cates-Carney, Pierre Jacquand et Mgr d’Ornellas pour que nous soyons dans la vérité. L’Arche sera plus libre.

Habité par une tristesse infinie, je suis bouleversé et très secoué. Entre Jean et moi depuis près de 50 ans s’était établi un lien très fort. Il m’a beaucoup apporté, beaucoup aidé. Lui et les membres des communautés de l’Arche ont profondément marqué mon ministère de prêtre et d’évêque, vous le savez, vous l’avez constaté. Jean m’a toujours donné de très sages conseils. Il m’a même une ou deux fois empêché de couler alors que me submergeaient les eaux de grandes épreuves dans mon ministère. Oui, le bien qu’il m’a fait et qu’il a fait à des milliers de personnes est immense et demeure. Avec lui et dans les communautés de l’Arche, j’ai appris ce qu’est l’Église : une communauté de miséricorde et d’espérance, de fête et de pardon et de service, dans laquelle pauvretés et richesses sont mises en commun par ses membres qui tous ont besoin les uns des autres (cf. le lavement des pieds) pour grandir et avancer. Jean et l’Arche m’ont conduit et tenu au cœur de l’Évangile. Ma gratitude est, reste et restera toujours immense.

C’est de ces sommets lumineux que maintenant j’attrape le vertige car je dois aussi regarder cette face cachée de Jean qui nous est révélée. Je tombe dans l’incroyable et dans l’incompréhensible. Et pourtant c’est vrai, c’est vérifié, c’est prouvé. Si Jean avait eu des écarts contraires à la chasteté et à un juste comportement moral chrétien, je l’aurais regretté sans juger, trop conscient que je suis de ne pas pouvoir jeter la première pierre. Mais il s’agit de bien autre chose : Jean a porté atteinte à la liberté de plusieurs femmes, à leur intégrité. Il a abusé d’elles en accompagnement spirituel y compris sexuellement et les a fait souffrir. C’est totalement condamnable.

Mais ce n’est pas tout et c’est ici que je ne comprends plus rien. C’est par le Père Thomas que Jean a été initié à ces scandaleuses pratiques. Il adhérait (au moins jusqu’en 2005) aux théories érotico-pseudo mystiques de ce religieux. Jean Vanier, professeur de philosophie, homme de grande culture, de renommée internationale, ami et défenseur des opprimés et de tous les pauvres, comment croyait-il que ces théories et pratiques aussi stupides que nuisibles, avait comme origine un secret confié au Père Thomas (par Dieu ? La Vierge Marie ? En tout cas dans une soi-disant expérience prétendument spirituelle engendrant une perversion) ? Un secret que pour le moment l’Église ne peut pas comprendre (dixit le Père Thomas qui, à l’époque, ne s’est pas étonné que Jean XXIII demande à Jean Vanier de se séparer du Père Thomas car ce pape ne pouvait pas comprendre !) Je ne sais pas comment Jean pouvait croire et vivre cela et écouter cette « petite voix de la conscience » dont il nous parlait si souvent. S’il s’est tu sur ses actes et a menti en disant ne pas connaître ceux du Père Thomas, est-ce parce qu’il jugeait quand même que c’était mauvais ou parce qu’il pensait lui aussi que nous ne pourrions pas comprendre pour le moment ? En tout cas c’est inacceptable et ça dépasse l’entendement quand on a aimé Jean Vanier, qu’on connaît la profondeur de son message et le rayonnement de sa personnalité. Pourtant je ne peux que reconnaître cette stupéfiante réalité, m’interroger et accepter dans la douleur de ne pas avoir de réponse.

Pourquoi a-t-il nié jusqu’au bout (sauf peu avant sa mort en demandant pardon à une des personnes mais en lui disant : « je croyais que c’était bon pour toi ») ? J’ai entendu quelqu’un dire que Jean pouvait être un schizophrène amnésique dont des actes ne touchent plus la conscience. Je ne sais pas si ceci tient debout en psychologie et psychiatrie. En tout cas, ça n’enlève rien ni à la gravité des actes commis, ni aux souffrances causées, ni à notre désolation. Ça montre aussi comment, de sa jeunesse à sa mort, Jean a subi d’une manière incroyable l’emprise du Père Thomas.

Les révélations qui ont été faites ont des conséquences incalculables. Je pense d’abord aux communautés de l’Arche et de Foi et Lumière tellement secouées. J’ai confiance en leur avenir car j’ai la certitude que ce sont les personnes avec un handicap qui, par leur simplicité et leur force pour vivre au présent, vont nous aider tous à avancer par la grâce de Dieu. Présence mystérieuse de Jésus qui s’est identifié à eux, ne sont-ils pas tous des sources d’unité ?
Cette affaire est aussi un sale coup pour la mission de l’Église et pour ceux qui hors d’elle sont au service des pauvres, des handicapés, des exclus, des opprimés. Je pense également à tous les chercheurs de sens qui se tournent ou se tournaient vers Dieu, vers l’Évangile.

Je ne peux oublier ceux qui constamment attaquent les chrétiens (« tous hypocrites dans cette église hypocrite »). Ces derniers vont trouver de l’eau pour leur moulin.

Je ne me console pas mais par la prière et la Parole de Dieu, je tente de fortifier ma foi et mon espérance pour traverser ce ravin. Ma foi est intacte mais elle est interrogée.
Reconnaissons-le : un sérieux coup de frein est donné à l’annonce de la Bonne Nouvelle. Je ne me console pas mais par la prière et la Parole de Dieu, je tente de fortifier ma foi et mon espérance pour traverser ce ravin. Ma foi est intacte mais elle est interrogée. Elle ne me donne pas des réponses et solutions à tout. Marchant avec ma raison, elle m’oblige à regarder les réalités humaines en face et à en tenir compte. Je refuse de « spiritualiser » faussement cette tragédie avec des mots pieux et je continue d’avancer en étant sûr que ni la mort, ni la vie… ni aucune créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur (Rm 8, 38-39).

Je m’interroge encore sur une autre conséquence. C’est Jean Vanier qui, par ses retraites et conférences, ses livres et ses contacts, maintenait le lien historique et spirituel entre l’Arche et son berceau, c’est-à-dire l’Évangile et donc le Seigneur Jésus. La référence à Jean lui-même va certainement s’atténuer et donc aussi la référence explicite au berceau de l’Arche. Pour assurer l’avenir d’une Arche ouverte à tous, il faut espérer qu’il y aura toujours en son sein des chrétiens capables de rendre compte en paroles et en actes de ce qu’elle a reçu à son berceau car l’Évangile fait partie de l’identité de l’Arche. C’est en tout cas ma conviction personnelle.

Chers amis, « en prière avec vous au milieu des ruines de Jérusalem », m’a écrit un ami moine. Oui, il y a des ruines et tous les habitants du pays de l’Arche sont en exil et nous avec eux. Il n’y a plus « le prophète » et nous peinons à écouter sa voix d’autrefois pourtant toujours valable. Mais « le temple » (= l’Arche + Foi et Lumière) n’est pas détruit et les petits et les pauvres sont des prophètes qui appellent à l’amour, fruit de la compassion, de la justice et de la vérité. Nous avons tous à faire en sorte que notre exil soit un exode qui à travers cette épreuve nous conduira à la liberté d’une terre promise. Les deux coordinateurs internationaux de l’Arche, dans leur message aux communautés ont écrit : ce que nous apprenons aujourd’hui est une épreuve et nous déstabilise mais ce que nous perdons en certitude, nous espérons le gagner en maturité et poursuivre l’Arche avec davantage de justesse et de liberté. Oui, je le crois, une épreuve peut nous faire perdre pour gagner plus et mieux. Et même : les ronces qui entravent notre marche alimentent un feu qui éclaire le chemin, comme l’a écrit frère Alois de Taizé. Prenons appui sur le Seigneur. Demandons la lumière et la force du Saint-Esprit. Prions pour l’Arche et Foi et Lumière et pour tous leurs membres et leurs amis. Il faut que tous puissent chanter dès maintenant : Voici Dieu qui vient à mon secours. Le Seigneur avec ceux qui me soutiennent. Je te chante car Tu me relèves (Taizé).

Avec ma prière aussi pour vous tous et mon amitié.

Gérard Daucourt, 24 février 2020


L'Ermite