vendredi 10 mars 2017

ECOUTEZ-LE

DEUXIEME DIMANCHE DE CARÊME
Mt 17, 5

Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère,
et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne.

Pourquoi ces trois et pas les autres ? Telle est sans doute la question qui encombre notre esprit ! Oui, pourquoi eux seulement ? Nous ne pouvons faire que des suppositions hasardeuses, Jésus, Lui, sait pourquoi.
L'intensité de ce qui suivra réclame sans nul doute, un climat de silence et d'intimité. Pierre, par ailleurs, est désigné et reconnu depuis peu, comme le successeur de Jésus : « moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » (Matthieu 16). Jean, quant à lui, sera présent aux côtés de Jésus, au pied de la croix, où Jésus lui confiera Sa Mère et, en la personne de Jean, qui représente l'humanité, nous confiera à sa mère ! « Jésus ayant vu sa mère, et auprès d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère: "Femme, voilà votre fils." 27 Ensuite il dit au disciple: "Voilà votre mère." Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui. » (Jean 19) Et, nous le savons Dieu est libre de Ses dons, mais Ses dons ne sont pas anodins, ils engendrent une responsabilité ! Pour Jacques, je ne sais pas !
Toutefois, un témoignage est crédible, dans la mesure où trois personnes disent avoir vu et entendu la même chose ! Un seul peut être pris pour un illuminé, deux risquent de se monter la tête, le troisième permet d'être pris au sérieux !
Tous, il y a peu de temps, ont entendu la première annonce de la Passion :
« Jésus commença depuis lors à déclarer à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem, qu'il souffrît beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, qu'il fût mis à mort et qu'il ressuscitât le troisième jour. » (Matthieu 16) alors que Pierre, au nom de tous vient de déclarer : " Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. (Matthieu 16) Le contexte est alourdi , le moral des troupes a besoin d'être relevé et les apôtres soudés, alors, Jésus invite ceux, du moins en ce qui concerne Pierre et Jean qui seront confrontés plus étroitement au drame de la Passion, au reniement pour Pierre et Jacques peut être ce tiers qui, le moment venu, confirmera cette expérience unique, révélatrice du mystère du Christ !
Où Jésus entraîne-t-Il ses amis ? « sur une haute montagne. » N'est-ce pas sur une montagne, le Mont Sinaï, que Moïse bénéficie de ce privilège extraordinaire de converser avec son Dieu ? Moïse, lui, devra se voiler le visage, tellement la Lumière « qui est Dieu, » l'éblouit et irradie d'ailleurs son propre visage.
La montagne est aussi un lieu recherché par Jésus pour s'y recueillir, pour converser sereinement avec son Père. C'est aussi sur la montagne qu'Il entraîne ses apôtres pour leur offrir un peu de repos, c'est sur la montagne qu'Il proclame les béatitudes...Jésus est un familier de ces lieux de recueillement qui lui offrent solitude, silence, paix .
Et n'est-ce pas sur le mont « Golgotha que se dressera la croix, étendard de notre salut ?
Il n'est donc pas surprenant que l'événement qui nous intéresse aujourd'hui se passe sur la montagne. Les trois apôtres retenus pour la circonstance, sont là et :
Il – Jésus - fut transfiguré devant eux ;
son visage devint brillant comme le soleil,
et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Jésus fut « transfiguré » son humanité, disparaît, pourrait-on dire, sous la « métamorphose » de la Transfiguration. C'est toujours Jésus certes, mais c'est un avant-goût invisible ordinairement, de son «  Être-Dieu ». Ce qui se montre aux apôtres bouleversés c'est ce que St Jean décrira par la suite dans le prologue : En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ;
« la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée. Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n'était pas la Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. (Jean 1)

C'est encore ce que nous confessons lorsque nous proclamons notre foi avec le symbole de Nicée-Constantinople le dimanche :

« Il est Dieu, né de Dieu,lumière, née de la lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu
Engendré non pas créé,
de même nature que le Père ; »

Son visage, ses vêtements, toute Son humanité s'efface pour ne laisser voir que la lumière, donc, la gloire du Ressuscité. Jésus, en cet instant veut, par avance, conforter Ses apôtres qui seront soumis à rude épreuve au moment, pendant et immédiatement après la Passion et cette mort infâme sur la croix . Cette expérience spirituelle sera bien nécessaire au moment de l'épreuve
.N'en est-il pas de même dans nos cheminements ?

Les heures de grâce ne sont-elles pas ce roc sur lequel nous pouvons nous appuyer dans les moments plus difficiles, quand la « ténèbre » domine dans nos vies ? Dieu n'est-Il pas le plus sage des pédagogues ? Ne sait-il pas ce dont nous avons besoin pour continuer notre marche vers les sommets ?

Plus tard, Jésus mettra Pierre en garde : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment. Mais moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » (Luc 22) Tout notre vécu a du sans, hier, éclaire et fortifie aujourd'hui . Parfois nous ne comprenons pas. Restons dans la confiance, c'est Dieu qui nous conduit, une expérience en éclaire une autre, tout, absolument tout est grâce dans notre vie de foi.

Les apôtres ne sont pas au bout de leur étonnement : « Voici que leur
apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. » L'un, Moïse nous enracine dans la loi que Jésus vient parfaire, accomplir, conduire à son aboutissement, l'autre, Élie n'est-il pas prophète , un habitué de la « montagne » de son mystère, de son élévation ? N'incarne-t-il pas tous ceux qui, avec lui, comme lui annoncent ce Messie qui vient faire toutes choses nouvelles ? Les prophètes, représentés ici par Élie, sont rendus présents sur cette montagne du Thabor pour témoigner que ce qu'ils ont annoncé se réalise aujourd'hui et se réalisera par delà la mort physique du Christ Rédempteur ? Ils font aussi, l'unité entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance pour les apôtres qui sont
l’Église naissante et qui auront pour mission de la faire grandir jusqu'aux extrémités de la terre ! Mais, pour l'heure, ce que voient ces privilégiés est tellement grand, tellement beau, tellement confortable que : 


«  Pierre alors prit la parole et dit à Jésus :
« Seigneur, il est bon que nous soyons ici !
Si tu le veux,
je vais dresser ici trois tentes,
une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »


Il est des expériences spirituelles dont on ne voudrait pas voir la fin. Qui après une retraite spirituelle n'a jamais éprouvé le désir de demeurer dans le lieu béni et chaleureux ou Dieu l'a visité ? Cette tentation est fréquente , mais nous savons, au fond de notre être, que toute grâce est une force qui nous propulse vers les frères. Le don de Dieu n'est jamais pour soi tout seul, ce don est un cadeau pour mieux servir nos frères. Non pas de façon abrupte en racontant fadement l'inexprimable, mais en le distillant à doses homéopathiques parce que ce don s'est diffusé dans notre être et, à notre insu passe dans notre parole, notre comportement, notre vie tout entière. Les cadeaux de Dieu sont voulus pour nous imprégner et pour être partagés ! D'ailleurs « cet état de grâce » ne se prolonge jamais, le Seigneur a vite fait de nous rappeler à la réalité, au concret de la vie :

    Il parlait encore,
lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre,
et voici que, de la nuée, une voix disait :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
en qui je trouve ma joie :
écoutez-le ! »



Dieu se charge de sortir les apôtres de leur « extase ».Il y a :
  • la nuée,
  • la voix du Père ,
  • Son message d'identification,
  • et cette recommandation : écoutez-Le.Les apôtres sont enveloppés dans le rayonnement de Jésus , ils font cette expérience unique de son irradiation, ils sont pris entièrement dans ce grand mystère du Christ « lumière née de la Lumière » dans son rayonnement qui illumine leur être mais , là encore, c'est un avant-goût, une préparation de ce qui va suivre . Car en réalité eux ne sont pas dans la lumière elle -même, mais dans l'ombre de cette lumière,on ne s'approche pas du feu de Dieu sans se consumer . «  Nul ne peut voir Dieu sans mourir » lit-on dans l'Exode. La Lumière, c'est le Père, le Fils en est l'émanation et les apôtres ne font que voir,( c'est déjà énorme pour fortifier leur foi !) ils restent, pour le moment, à l'extérieur de cette lumière, et quelle n'est pas leur surprise quand, de la lumière jaillit une Parole et quelle Parole ! 
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
en qui je trouve ma joie :
Les apôtres reçoivent confirmation du balbutiement de Pierre quand Il déclare « tu es le messie de Dieu » Ce Messie est le Fils Bien-aimé qui fait la joie de Dieu. S'Il fait la joie de Dieu, c'est qu'Il est en totale harmonie avec Lui ! On ne fait pas la joie de quelqu'un si on s'affiche différent, si on n'en fait qu'à sa tête... Et le Père donne un ordre, mais un ordre plein de suavité : écoutez-Le . Il leur dit, Il nous dit, écoutez-Le, c'est en L'écoutant que vous trouverez votre bonheur « à qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de vie éternelle » . Écoutez-Le dans tout ce qu'Il est, dans tout ce qu'Il dit, dans ce qu'Il fait . Écoutez Jésus c'est accueillir pleinement Sa Parole dans ce qu'elle a d'exaltant, mais aussi dans ce qu'elle a de purifiant ! Si ta main... Coupe, si ton œil,... arrache ….Oui, en ce temps de carême écouter Jésus c'est aussi cela ! Écoutez Jésus, c'est Le suivre dans tous les aspects de sa vie, les heureux et les difficiles et c'est bien ce qui bouleverse ici les apôtres cette difficulté à emboîter le pas dans ceux de Jésus à tel point que :

  
 Quand ils entendirent cela,
les disciples tombèrent face contre terre
et furent saisis d’une grande crainte.
L'exigence évangélique peut nous faire peur parfois, qui n'a jamais pensé ; « mais où cela va-t-il me mener ? » Et qui n'a jamais senti la main de Jésus l'inviter doucement, en le touchant par ses sacrements, à faire confiance, à relever la tête, à élever son cœur, à reprendre courage pour avancer ?

  
 Jésus s’approcha, les toucha et leur dit :
« Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
Jésus nous rassure, Jésus continue de nous rassurer aujourd'hui, de nous affermir et il en sera ainsi tant que nous cheminerons sur cette terre. Jésus nous relève sans cesse quand nous trébuchons, Il est toujours Celui qui nous tend Sa main, qui nous remet en route quand nous fléchissons, Jésus ouvre toujours une route nouvelle, des horizons nouveaux !

  
 Levant les yeux,
ils ne virent plus personne,
sinon lui, Jésus, seul.
L'expérience spirituelle est un moment de grâce, elle doit comme je le disais plus haut, nous permettre d'avancer plus sûrement, plus fermement
Abram s’en alla, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth s’en alla avec lui.
Comme à Abram, comme à Moïse, comme aux apôtres, comme à tout homme, toute femme qui met sa confiance dans ce Dieu Très saint et si proche , Dieu nous dit en ce Carême, « va vers le Pays que je te montrerai, sois dans la confiance, dans l'abandon, ne crains pas, je suis avec toi jusqu'à la fin des temps . »


Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

L'Ermite

vendredi 3 mars 2017

SI TU ES CAP !

PREMIER DIMANCHE DE CAREME
(Mt 4, 1-11)

QUARANTE JOURS ET QUARANTE NUITS AU DESERT


Essayons de réaliser, sérieusement , ce que cela représente de ne rien prendre de substantiel durant une aussi longue période !
Essayons de ressentir toutes les envies qu'un tel choix peut développer dans notre être, tous les « si » qui monteraient et s'installeraient dans notre esprit !
Essayons d'éprouver tous les maux, réels ou imaginaires qui iraient grandissant , dans notre organisme !
Laissons-nous alors, approcher par cet être insidieux qui en veut à notre intégrité, comme il en voulait à celle de Job. Job, à ce moment-là, était en pleine possession de ses capacités, nous, après quarante jours et quarante nuits de totales privations, serions réduits à une extrême fatigue, assoiffés, affamés, éprouvés dans toutes nos facultés . Et voilà que ce Dominateur ricanant, se contorsionnant, provocateur à souhait, nous frôle et susurre à notre oreille épuisée : « es-tu cap ? »
Touchés à vif, nous nous redresserions, et que ferions-nous ? Répondre ici, à la place de chacun serait présomptueux de ma part , autant de personnes, autant de réactions différentes ...il n'est pas inutile de nous attarder à cette réflexion pour tenter d'appréhender le vécu de Jésus, vrai homme, Verbe incarné, venu prendre sur Lui, en Lui, toutes notre humanité.
Jésus, n'a pas fait semblant ! Jésus a connu en tant qu'homme ce tiraillement de la faim, de la soif, des envies, de l'épuisement et quand l’Insidieux vient et fait miroiter de quoi combler immédiatement Ses manques, et Jésus ne flanche pas !
Le Sournois commence par camper le tableau :« Si tu es Fils de Dieu, » ( si tu es cap!) prouve-le ! La tentation est insondable ! Démontrer d'un coup de baguette magique, « oui JE SUIS LE FILS DE DIEU, JE SUIS DIEU » et je vais te le montrer, te le prouver ! Peut-être pensons-nous qu'en répondant positivement à cette provocation Jésus se serait libérer d'un interlocuteur bien gênant ! Mais Jésus, Sagesse éternelle du Père, sait qu'en entrant dans cette provocation, c'est l'escalade, et qu' Il n'en finira pas .
De plus, la suggestion du Rusé, est fallacieuse, une telle démonstration de puissance, serait de pur orgueil, même épuisé, Jésus peut, tant bien que mal, aller se procurer du pain chez des amis. Changer des pierres en pain : «  ordonne que ces pierres deviennent des pains. » serait vouloir prouver Ses capacités, Ses pouvoirs, et mettre en évidence ce dont l'habile Maléfique n'est pas sûr à cent pour cent , à savoir : la divinité de Jésus ! Jésus n'a rien à prouver, rien à démonter, rien à faire valoir, Il est venu pour révéler l'Amour du Père Il renvoie donc ce fourbe à l’Écriture Sainte : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain,mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Jésus le renvoie à l'essentiel, le pain est utile et nécessaire mais la Parole de Dieu est indispensable, c'est une nourriture supérieure qui entretient, nourrit , développe la vie de l'esprit. Jésus lui révèle que le matériel est soumis au spirituel qui lui est supérieur. Jésus répond sans éclat ni de voix, ni gesticulations, Il remet le Provocateur à sa juste place, et se situe au-dessus d'une hasardeuse polémique.
Alors, ce chafouin ne lâche pas prise , Il déplace Jésus jusque sur le sommet du Temple dans la ville Sainte et reprend sa rengaine « Si tu es Fils de Dieu, »

« Si tu es Fils de Dieu,
jette-toi en bas ;
car il est écrit :
Il donnera pour toi des ordres à ses anges,
et :   
 Ils te porteront sur leurs mains,
de peur que ton pied ne heurte une pierre.
 »


Je le vois, gesticulant, grimaçant, ronronnant , pour convaincre Jésus d'un fol exploit, qui pourrait épater les foules qui Le porteraient en triomphe, sans négliger les courbettes, les cris de gloire...ce à quoi nous cédons si facilement et, quand nous cédons, au terme, c'est la mort infâme assurée. N'est-ce pas ce qui , aujourd'hui comme hier leurre des quantités de personnes ?
Nos jeunes actuellement qui se laissent dévoyer par des appels intempestifs au jihad. Ils seront martyrs ! Et les familles pleurent, et ces jeunes disparaissent pour un néant !
Nos adultes ici et là qui rêvent de gloire, pas de service, non, c'est trop humble ! (Serviteur ? Mais c'est s'abaisser!) De gloire ! et, pour y parvenir cèdent à toutes sortes de sollicitations de l'argent, de la chair, de la domination et deviennent des bourreaux pour leurs semblables ( je n'ose pas dire leurs frères), parfois des meurtriers, pour se tailler une place au soleil, en éliminant discrètement, celui qui fait de l'ombre ! Et cela, aujourd'hui, dans nos sociétés dites civilisées. Et n'allons pas croire trop vite que nous sommes purs de toute velléité du genre, il y a tellement de façons d'épater ses frères !
Jésus ne vient pas épater par des tours de magie ou/et de passe-passe, Jésus vient soigner, guérir, libérer, éclairer, en un mot : Jésus vient justement « sauver ce qui était perdu ». Jésus ne vient pas en remontrer, Il ne vient pas démontrer, Il vient s'agenouiller à nos pieds, Il vient nous laver :  : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,lui dira Pierre, mais aussi les mains et la tête ! » (Jean 13)

Jésus lui déclara :(Au Maléfique)
« Il est encore écrit :

Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Là, notre Bourreau, devrait avoir « le bec fermé »,il ne peut plus se poser de questions , il ne peut plus tergiverser, Celui à qui il vient se mesurer, n'est autre que Dieu Lui-même, enveloppé dans l'homme ! Et malgré cela, ce dévoyé, ce perturbateur, continue son escalade, et il fait cela depuis des siècles et des siècles, en ronronnant dans le cœur des humains qui , à la différence de Jésus, se laissent attirer par toutes sortes de glorioles pour briller, pour épater, ébahir, bluffer, pour démontrer leur supériorité, leur savoir faire et leur savoir être ! Vraisemblablement ce « tordu » est sourd et aveugle, pas du tout muet puisqu'il ose renchérir, il va jusqu'à l'extrême, et il agit de même dans nos vies mais nous sommes tellement infatués, parfois anesthésiés, que nous ne le voyons plus ! Jésus ne l'a pas cloué , il persévère :

Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne
et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire.
    Il lui dit :
« Tout cela, je te le donnerai,
si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »


Pouvoir, savoir, AVOIR , donc posséder et être possédé, devenir « la chose » du matériel, l'esclave de l'argent, l'esclave des biens de ce monde ! Ah, posséder ! Et je pense à une connaissance, le doigt tendu, me disant, face à un espace dont on ne voyait pas le bout, et devant sa fille : «  Ça, puis ça, et encore cela et ...c'est à nous ! » Sa fille tentait vainement de lui montrer la vanité de ses propos ...dans les mois qui ont suivi, hélas, cette personne s'est retrouvée dans une structure spécialisée parce qu'elle avait sombré dans la nuit de l'esprit ! Posséder le monde demeure un rêve mais : « que sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son âme ? » Lc 9. « Que sert à l'homme de parler la langue des anges, d'avoir une foi à transporter les montagnes, de distribuer tous ses biens de livrer son corps aux flammes, s'il lui manque l'amour ? » Cor13

« Tout cela, je te le donnerai,
si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »


L'aveuglement du Maléfique est démesuré ! Ses prétentions sont ridicules ! Et pourtant, il ose, il tente le tout pour le tout, il n'a rien puisque tout est à Dieu, et il veut s'approprier un bien qui ne lui appartient pas pour le donner à Dieu, c'est un comble ! On appelle cela de l'usurpation ! Ne crions pas trop vite au scandale car il peut nous arriver d'utiliser le bien d'autrui à un enrichissement personnel parfois en donnant à ces actes une apparente noblesse de cœur ! Car si nous entrouvrons notre porte au Rusé il nous entraîne, sans défaillir, vers un libertinage nauséabond ! Ici nous grappillons un bout de terrain, là nous nous cueillons quelques fruits dans le champ du voisin, il en a tellement , ailleurs ...et ainsi de suite, c'est insidieux et bien réel, nous perdons toute notion du juste, du vrai, du bon , du noble …
Jésus,ici, va monter d'un cran, Il ne craint pas d'identifier son interlo-cuteur, gardant le même calme, le même ton Jésus le révèle à lui-même :

« Arrière, Satan !
car il est écrit :
C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras,
à lui seul tu rendras un culte.
 »

Aïe ! Arrière, Satan ! C'est lui dire je sais qui tu es ! Je ne tremble pas devant toi ! Un seul a droit au culte d'adoration : « le Seigneur Dieu » Saurons-nous entendre cette affirmation de Jésus ? Saurons-nous l'accueillir dans notre vie à une époque où nous adorons tout et n'importe quoi ? Cette réalité est à ce point banalisée que nous adorons le chocolat, l'argent, les femmes, les chaussures, les ...Pensons-nous ce que nous disons ? Sommes-nous attentifs en usant et abusant du vocabulaire ?
Et saurons-nous, durant ce temps que nous offre l’Église pour nous tourner vers le Père, rester sereins et dire, dans une confiance tranquille, « Arrière Satan » , à toutes les sollicitations que notre société déploie pour nous étourdir , et nous éloigner subrepticement de notre engagement baptismal ? Alors ce Tortueux se comportera comme aves Jésus :
le diable le quitte.
Et voici que des anges s’approchèrent,
et ils le servaient.
Chers amis, prions vraiment, avec force, les uns pour les autres afin de nous laisser toucher, transformer, purifier par ce Dieu de tendresse et d'amour ! « Tout âme qui s'élève, élève le monde » écrivait Ste Élisabeth de la Trinité je crois, alors soyons, devenons de ceux-là ! Le diable n'aura plus de prise , il s'éloignera, et les anges nous serviront pour la plus grande gloire de Dieu !
Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.


P.S Veuillez m'excuser si cette méditation est un peu moins travaillée , le Seigneur m'a demandé de me faire proche durant toute cette semaine de la Sœur du monastère voisin qui accompagnait depuis quatre ans sa compagne « grabataire ». Cette dernière est entrée dans la paix de Dieu le 28 février et nous avons célébré ses obsèques, ce matin.



L'Ermite

vendredi 24 février 2017

LE ROYAUME DE DIEU D'ABORD !

HUITIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

(Mt 6, 24-34)


Elle est vivante, énergique, la parole de Dieu ;
elle juge des intentions et des pensées du cœur.
Le verset évangélique de cette liturgie me touche beaucoup, je le mets en exergue car il exprime la puissance de la Parole de Dieu qui, si nous ouvrons notre cœur, non seulement y établit Sa demeure, mais nous aide à discerner ce qui est bon ou non, pour notre vie, au quotidien. Laissons-nous habiter et transformer par cette Parole de vie, jour après jour, pour devenir ces « autres Christ » que nous évoquions la semaine dernière.
Aujourd'hui, Jésus poursuit Son enseignement, Il continue de dérouler devant nous, le rouleau des exigences du Royaume, de ces choix que nous sommes invités à effectuer pour vivre en Fils de Dieu :
Jésus disait à ses disciples :« Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre,ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre.Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. »
Certains rapprochements dans la vie sont totalement incompatibles, c'est le cas de Dieu et de l'argent ! L'argent est au service de l'homme mais le contraire serait une erreur. L'argent est utile dans nos sociétés pour subvenir à nos besoins, pour nos échanges, toutefois, il ne sert à rien de le thésauriser, nous le disions récemment Et Jésus précise : « Et que servirait-il à un homme de gagner l'univers, s'il perdait son âme? ou, que donnerait un homme en échange de son âme? » Mt 16
L'important, n'est-ce pas la vie de l'esprit ? Jésus n'inaugure t-il pas sa vie publique par un séjour de quarante jours et quarante nuits au désert où Il eut faim et où Il fut tenté par le démon ? : « Le diable, de nouveau, l'emmena sur une montagne très élevée, et lui montrant tous les royaumes du monde, avec leur gloire, il lui dit: " Je vous donnerai tout cela, si, tombant à mes pieds, vous vous prosternez devant moi. Alors Jésus lui dit: " Retire-toi, Satan; car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul.(Mt 4) » Jésus nous apprend à choisir, à bien choisir, à considérer ce qui est essentiel et ce qui n'est qu'accessoire, Jésus nous invite à la confiance absolue, à l'abandon actif dans les mains de son Père et notre Père : « C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas,pour votre vie, de ce que vous mangerez,ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez.La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture,et le corps plus que les vêtements ?Regardez les oiseaux du ciel :ils ne font ni
semailles ni moisson,ils n’amassent pas dans des greniers,et votre Père céleste les nourrit.Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? » Jésus nous invite à nous attarder sur la création qui nous environne, les oiseaux, les fleurs … En effet qui peut prétendre être mieux habillé qu'eux ? Même l'artiste, pour aussi doué qu'il soit, ne peut prétendre habiller de la sorte les fleurs des champs ou les oiseaux si divers que nous contemplons ? La dite « Haute couture » n'aurait-elle pas intérêt à s'en inspirer ? Qui peut reproduire de façon très exacte les nuances de plumage ou de pétales que nous offre la nature environnante ? Alors pourquoi nous inquiéter ? Dieu ne nous demande pas l'impossible, Il compte sur nous pour aller au bout de nos possibilités, et, lorsque nous pensons avoir atteint l'extrême de nos capacités et compétences, alors, dans un acte d'amour, il convient de s'en remettre à Son Amour infiniment plus juste, plus inventif que le nôtre. Il nous étonne alors, car Il intervient bien au-delà de notre attente, Dieu est Bon et Il n'abandonne pas ceux qui s'en remettent à Sa Providence.
En effet : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson,ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait,moi, je ne t’oublierai pas,– dit le Seigneur. » Alors pourquoi craindre ? Nous devons apprendre à grandir dans la foi ! Seigneur, augmente en nous la foi ! Qui d’entre vous, en se faisant du souci,peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.Or je vous dis que Salomon lui même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux. Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? Ne vous faites donc pas tant de souci ;ne dites pas : ‘Qu’allons-nous manger ?’ou bien : ‘Qu’allons-nous boire ?’ou encore : ‘Avec quoi nous habiller ?’Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. »
Ne devrions-nous pas écrire ce dernier verset en lettres d'or et l'afficher dans nos maisons ? Dieu sait ce dont nous avons besoin, si à un moment, quelque chose, qui nous semble important, voire indispensable vient à nous manquer , asseyons-nous, mettons-nous en prière, demandons au Seigneur de nous éclairer, ce manque est un appel, Dieu veut nous faire comprendre quelque chose, Dieu nous visite, le Seigneur passe dans notre vie, Il nous parle, écoutons, et la lumière viendra. Faites cette expérience et vous verrez ! Peut-être comprendrons-nous que l'essentiel est ailleurs ! Peut-être ouvrirons-nous notre vie à l'entraide et au partage ! Peut-être découvrirons-nous que nous pouvons vivre autrement, et que ce manque n'est au fond pas aussi indispensable que nous le pensions ! Nous serons désormais capables d'accueillir ce dernier verset : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice,et tout cela vous sera donné par surcroît.Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ;à chaque jour suffit sa peine. » Nous expérimenterons ce que signifie devenir libres ! Nous comprendrons vraiment que l'argent n'est qu'un moyen, que l'important est d'avoir le nécessaire non du superflu. Tout ce qui n'est pas donné, partagé, est perdu ! Nous pensons que beaucoup d'argent nous permet de ne manquer de rien alors que cet argent peut nous renfermer sur nous-mêmes, nous rendre suffisants, imbuvables pour les autres ! Qu'il engendre des rivalités, y compris au sein de la famille, qu'il nourrit les guerres et surtout qu'il nous manque l'essentiel l'amour ! Car l'argent peut rendre dur, égoïste. Ce qui fait la valeur d'une vie ce n'est pas le compte en banque, c'est le service, c'est l'amour ! Les saints n'avaient pas un sou vaillant, mais ils avaient un cœur débordant d'amour pour Dieu et pour leurs frères en humanité !


Je n’ai de repos qu’en Dieu seul,
mon salut vient de lui.
Lui seul est mon rocher, mon salut,
ma citadelle : je suis inébranlable.

Mon salut et ma gloire
se trouvent près de Dieu.
Chez Dieu, mon refuge,
mon rocher imprenable !

Comptez sur lui en tous temps,
vous, le peuple.
Devant lui épanchez votre cœur :
Dieu est pour nous un refuge.

Les Saints nous apprennent à faire des choix radicaux ! Certes nous ne sommes pas tous appelés à prendre les mêmes options, mais nous sommes tous invités à marcher dans les pas du Maître selon la grâce qui nous est offerte. Il n'est pas inutile de relire ici la mise en route de François d'Assise, époux
de Dame Pauvreté. François, par la grâce de Dieu est devenu un homme libre face à l'argent, face aux affections même légitimes, face à ses peurs, ses émotions, réentendons, le cœur ouvert , sa rencontre de l'Amour qui est Dieu :
François se décide à rejoindre le Comte Gauthier qui, avec quelques chevaliers français, avait mis son épée au service du Pape. Mais en cours de route, à Spolète, Saint François tombe malade. Il est au lit quand une voix lui dit:
"Où vas-tu?"
- En Pouille pour devenir chevalier.
"Dis-moi, François, du maître ou du serviteur, qui des deux est le plus capable d'être généreux à ton égard?"
- Le Maître! répond François. 
Alors reprend la voix, "Pourquoi abandonnes tu le maître pour le serviteur et le prince pour le vassal? "
- Que veux tu que je fasse Seigneur ?
"Retourne dans ton pays". 
Cette voix venait de Dieu. Il n'en comprit pas bien le message, et songeur retourna à Assise.
Mais sa vie prit un autre cours en retournant chez lui. Il sentait que sa vie était superficielle et vide.
Ses parents songèrent à le marier. Saint François le jeune homme qui faisait avec joie l'aumône, comprit que le Maître qu'il fallait servir c'était le Christ et que sa fiancée était "Dame Pauvreté". C'était en 1205. Il avait 23 ans. Désormais tout son argent passerait pour l’Église et les aumônes. Mais il se rendit compte qu'il fallait faire plus.
Il fit un pèlerinage à Rome et rencontra un pauvre. Il échangea ses habits avec lui et se mit à mendier à la porte d'une église, faisant ainsi l'expérience de Dame Pauvreté. A la fin du jour, il donna le fruit de sa quête au pauvre, reprit ses habits et rentra tout joyeux à Assise. Il savait que la grande pauvreté ne lui ferait pas peur. 
 Un jour, François était à cheval près d'Assise, un lépreux vint à sa rencontre. François avait horreur des lépreux: il refusait de les voir ou de s'approcher de leur habitation. Si il devait croiser un lépreux il tournait la tête et se bouchait le nez avec les doigts. Ce jour la, il se fit violence, descendit de cheval, donna une pièce d'argent au lépreux en lui embrassant la main. Il remonta à cheval et continua son chemin. A partir de la, il commença à se mépriser de plus en plus. Quelques jours plus tard, muni de beaucoup de pièces il alla rendre visite aux lépreux de l'hospice. Les ayant tous réunis, il donna une aumône et embrassa la main de chacun d'eux. Il s'était vaincu lui même, et à partir de cette époque il séjourna parmi les lépreux et les servait humblement.
 Pas très loin de chez lui, il y avait la vieille chapelle San Damiano, en ruine. Il n'y restait qu'un seul ornement: un grand crucifix peint sur bois. Le crucifix s'anima et Saint François entendit ces mots:
"François, ma maison tombe en ruines et s'écroule. Va et reconstruis-là."
François répondit: "Volontiers, Seigneur"
Pour trouver de l'argent afin de rénover la petite chapelle, Saint François partit vendre des draps au marché de Foligno, à côté d'Assise. Peu de temps après, François se mit à vivre en ermite. François devint vite la risée publique. On le prenait pour un fou. Le père de François eut vent de ce que l'on pensait sur son fils. Il devint fou furieux et alla chercher François, le ramena chez eux, l'enferma dans sa cave, le battit et le laissa au régime pain sec pendant plusieurs jours. Mais sa mère, Dame Pica le délivra. Le père déshérita son fils et voulut le chasser de la ville. Le père alla voir les consuls, mais ils s'en lavèrent les mains... ensuite, il alla voir l’Évêque en traînant son fils avec lui... François se déshabilla entièrement et devant toute une foule s'écria " En toute liberté désormais, je pourrai dire: Notre Père, qui êtes aux cieux! Pierre Bernardone que voici n'est plus mon père, et je lui rends non seulement son argent que voici, mais encore tous mes vêtements. J'irai nu à la rencontre du Seigneur. "


Elle est vivante, la parole de Dieu,
énergique et plus coupante qu'une épée à deux tranchants ;
elle pénètre au plus profond de l'âme,
jusqu'aux jointures et jusqu'aux moelles ;
elle juge des intentions et des pensées du cœur.
Pas une créature n'échappe à ses yeux,
tout est nu devant elle,
dominé par son regard ;
nous aurons à lui rendre des comptes.
(Hébreux 4)

L'Ermite