vendredi 14 octobre 2016

RÉVEILLONS-NOUS !

VINGT-NEUVIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

(Lc 18, 1-8)


Interrogé par les Pharisiens: " Quand vient le royaume de Dieu? " il leur répondit, disant: " Le royaume de Dieu ne vient pas avec (des signes) à observer; et on ne dira pas: " Il est ici ! " ou: " Il est là ! " car voici que le royaume de Dieu est au milieu de vous. "

Le jour du Fils de l'Homme

Il dit à ses disciples: " Viendra un temps où vous désirerez voir un seul des jours du Fils de l'homme, et vous ne le verrez point. On vous dira: " Il est là! Il est ici! " N'y allez pas, ne courez pas après. Car, comme l'éclair qui jaillit d'un point du ciel brille jusqu'à un autre point du ciel, ainsi en sera-t-il du Fils de l'homme, en
son jour. Mais il faut d'abord qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette génération.
Et comme il arriva aux jours de Noé, ainsi arrivera-t-il aux jours du Fils de l'homme. On mangeait, on buvait, on épousait, on était épousé, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche, et le déluge vint qui les fit périr tous. Pareillement, comme il arriva aux jours de Lot: on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait; mais le jour où Lot sortit de Sodome, (Dieu) fit pleuvoir du ciel feu et soufre, et les fit périr tous. De même en sera-t-il au jour où le Fils de l'homme se révélera.
Et en ce jour-là, que celui qui sera sur la terrasse, et dont les affaires seront dans la maison, ne descende pas pour les prendre; et pareillement, que celui qui sera aux champs ne retourne pas en arrière. Souvenez-vous de la femme de Lot. Celui qui cherchera à conserver sa vie la perdra, et celui qui la perdra la gardera vivante. Je vous le dis: cette nuit-là, de deux (hommes) qui seront à la même table, l'un sera enlevé et l'autre laissé; de deux femmes qui moudront ensemble, l'une sera enlevée et l'autre laissée. " Et prenant la parole, ils lui dirent: " Où Seigneur? " Il leur dit: " Où sera le corps, là aussi se rassembleront les aigles. (Luc 17)

Entre la rencontre de Jésus et des dix lépreux et, la péricope de ce
dimanche, nous trouvons ce long passage où il est question du Fils de l'Homme, expression que nous trouvons 83 fois dans le Nouveau Testament. Il me paraît utile de nous arrêter quelques instants sur cette expression que nous retrouverons dans la conclusion de l’Évangile de ce dimanche

.L'appellation "fils de l'homme" apparaît dans le livre de Daniel (Daniel 7, 13). Elle désigne le vainqueur des puissances du monde, représentées par autant de bêtes féroces. Le Fils de l'homme est le vainqueur du combat et la royauté universelle lui est remise.

Dans les paraboles du livre d'Hénoch, le fils d'homme est un être mystérieux, séjournant auprès de Dieu, possédant la justice. Il doit venir à la fin des temps où il siégera sur son trône de gloire, juge universel, sauveur et vengeur des justes qui viendront auprès de lui après la résurrection.

Dans les Évangiles, l'expression "Fils de l'homme" apparaît exclusivement sur les lèvres de Jésus ! On peut donc penser que les évangélistes ont retenu là une de ses expressions typiques. Pourquoi Jésus se présente-t-il ainsi ?
Peut-être à cause de l'ambiguïté du titre. Car il peut être compris dans un sens banal : Jésus est "fils de l'homme", au sens où il est pleinement homme, enraciné dans une descendance, rattaché à une famille, des amis, un métier, un village... Il vit discrètement, sans revendiquer sa filiation divine. Mais l'expression renferme aussi une allusion nette à l'apocalyptique que tout juif est susceptible d'entendre. Elle laisse entrevoir l'autre face, plus mystérieuse, de son identité. Cet homme a un rapport particulier à Dieu qui "a mis en lui tout son amour". Il est le Fils de Dieu.
L'expression laisse donc ses interlocuteurs libres. Libres d'ignorer qui est Jésus, de le questionner sur son identité ou de se mettre à sa suite. Finalement :celui qui a des oreilles qu'il entende ! (Tirée de la revue « Croire aujourd'hui »)

    Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux
de toujours prier sans se décourager :

Jésus évoque ici, semble-t-il, comme le fait la première lecture d'ailleurs, la prière de demande. L'homme dans sa pauvreté et son impuissance se tourne vers son Seigneur pour implorer Son aide. Nous nous intéresserons tout à l'heure à la Parabole qui suit et, où Jésus nous révèle les qualités de cette forme de prière.

Il me semble utile cependant, de nous interroger sur le sens de la prière dans notre vie. La prière de demande, est sans doute, de très loin, celle qui occupe la plus grande place dans nos vies mais il est une forme de prière, souvent oubliée dans notre quotidien hyper actif, qui, pourtant, est vitale pour notre marche avec Jésus. Il s'agit de se poser, d'écouter le Père qui parle à notre cœur, de regarder Jésus en relation avec Son Père et notre Père, Il convient pour cela, de faire silence, de laisser derrière la porte, tous nos soucis, nos demandes, et de nous tenir en la seule présence du Seigneur pour accueillir Sa lumière sur notre vie et pour notre vie. Parfois, souvent même, nous pourrons être déçus, il semble ne s'être rien passé, nous sommes restés comme une bûche morte devant Lui et, nous risquons de nous décourager, de regretter ce temps apparemment perdu ! Ne nous y trompons pas et apprenons à accueillir les visites du Seigneur dans nos vies. Comme dans la prière de demande, Dieu ne répond pas immédiatement à notre attente, mais Il prépare notre cœur à Le reconnaître présent et agissant dans notre vie. Sans Lui que serions-nous ?

Prier, c'est se tenir en Présence du Seigneur, prier c'est écouter le Seigneur qui parle à notre cœur, c'est regarder Jésus qui se retire pour recevoir du Père la Lumière, la force pour la route. Nous voyons très souvent Jésus se retirer, seul, sur la montagne, pour écouter le Père. Dans l’Évangile ne nous
dit-Il pas « quand tu veux prier, retire-toi dans ta chambre, ferme la porte et le Père qui voit dans le secret ... » La chambre dont il est question n'est autre que celle de notre cœur bien sûr, au milieu de la foule je peux me retirer dans la chambre de mon cœur pour accueillir Dieu qui passe, m'éclaire, me réoriente tout cela est le fruit du temps gratuit passé en Sa Présence !

Venons-en à la prière de demande ! Je prie mais Dieu ne m'écoute pas ! A quoi cela sert-il de prier, Dieu sait bien ce dont j'ai besoin ! Et puis, quoiqu'il en soit, Il a bien d'autres choses à faire que de s'occuper de moi minuscule vermisseau !

Tout récemment, à propos d'une intercession, une personne me disait « la Sainte Vierge a bien d'autres soucis plus importants que celui-là ! »Pour Dieu, pour Marie, tout ce qui touche à l'humanité a de l'importance ne lisons-nous pas dans Isaïe : « Parce que tu es précieux à mes yeux, honorable, et que, moi, je t'aime, je donnerai des hommes en échange de toi; et des peuples en échange de ta vie. » (Isaïe 43)

L'homme a du prix aux yeux du Seigneur, ce n'est pas pour rien qu'Il a donné son Fils, son unique, ce n'est pas pour rien que Jésus s'est livré aux mains des impies. Jésus aime l'homme d'un fol amour. Dieu, oui, Dieu le Créateur des
mondes nous aime mais il convient de ne pas se tromper sur le sens de ce verbe. Aimer, c'est éduquer, c'est permettre à l'aimé de tenir debout, d'acquérir une entière autonomie et cela ne se fait pas sans souffrance ! Grandir en taille et encore plus en esprit et dans son cœur demande des efforts considérables, des choix douloureux parfois, atteindre notre vraie stature est le travail de tout une vie , écoutons Jésus :

  « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes.Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander :‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.’ »

Jésus choisit ici une situation extrême pour nous permettre de mieux percevoir à quel point Dieu est à notre écoute, à quel point Il s'intéresse à nos maux grands ou petits, voire insignifiants à notre regard ! Un juge qui n'a ni foi ni loi et une veuve sans défense malmenée par un adversaire qui profite de la situation. Cette femme est peut-être sans défense mais elle manifeste des qualités qui suscitent notre admiration.

Au lieu de se replier sur elle-même, de s'enfermer, d'accuser ce juge inique , elle a l'humilité de l'affronter et de demander son aide. Elle est dans le besoin et ose le dire, elle ose dépendre de quelqu'un sensé lui venir en aide !

Son attitude révèle une grande force de caractère et une non moins grande persévérance. Refoulée, sachant sa cause juste, elle insiste, revient à la charge jusqu'à obtenir satisfaction !

Enfin et c'est sans doute le plus important, elle a confiance, elle a la foi , elle croit vraiment que ce juge malgré ses limites ne peut pas ne pas reconnaître
le bien fond de ses réclamations, elle ne craint pas d'insister encore et toujours jusqu'à obtention d'une réponse qui corresponde à son attente . Et c'est ce qui arrive ! Lassé, le juge lui rend justice . Et que nous dit Jésus ?
« Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ?Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice.

Si un juge inique, agacé fait justice à combien plus forte raison, Dieu qui nous aime répondra-t-il à nos supplications !
Certains diront, « non Dieu ne répond pas , non Dieu ne s'intéresse pas à ce que nous vivons ! Regardez les guerres, nos malades, les accidents, les catastrophes de tous genres etc ... »

Nous ne pouvons pas tout mettre sur le même plan :

- les guerres hélas ne sont-elles pas le résultat des ambitions des uns et des autres ? Nous pourrions écrire des pages et des pages sur cette question qui décime des populations, anéantit des Pays ! Nous sommes renvoyés à la racine du péché . La guerre naît dans le cœur de l'homme et Dieu respecte jusqu'à l'extrême, la liberté de l'homme, Il la respecte jusque dans son péché ! Souvenons-nous de Pierre qui renie trois fois son Maître, mais Pierre acceptera le Regard de Jésus et affirmera en même temps que son amour sa lamentable fragilité. Il ne s'assied pas sur sa fragilité, il se relève et clame « tu sais tout, tu sais bien que je t'aime ! »

- A la fine pointe de notre réflexion nous risquons de trouver l'homme pécheur dans le développement de certaines maladies, certains accidents et même lors de catastrophes naturelles. Il restera toujours un ersatz d’inexplicable que nous découvrirons en Dieu. Ceci ne nous empêche pas de prier et de demander avec insistance , persévérance et foi ! Jamais nous ne lasserons le Seigneur et jamais le Seigneur ne se désintéressera de nous . Il nous faut apprendre à bien regarder , à comprendre pourquoi Dieu nous fait attendre parfois.

Si Dieu semble se faire tirer « l'oreille » c'est que notre cœur n'est pas prêt à recevoir tel don, parfois même, ce que nous demandons est totalement inadapté et fruit de notre caprice. En Père très aimant, Dieu ne peut répondre positivement parce qu'Il sait, Lui, que nous allons à la catastrophe, Dieu voit plus loin que nous , souvenons nous de ce que dit Jésus dans l’Évangile : Y a-t-il parmi vous un père qui, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre? Ou, (s'il demande) un poisson, lui donnera-t-il, au lieu de poisson, un serpent? Ou, s'il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion? Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner à vos enfants de bonnes choses, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit-Saint à ceux qui lui demandent. (Luc 11)

Dieu, notre Père du ciel, répond toujours mais Il adapte sa réponse à ce que nous sommes capables de porter pour porter du fruit et un fruit qui demeure !

Si un enfant de trois quatre ans demande un couteau à son père il est clair qu'il n'obtiendra pas gain de cause, si nos demandes sont dangereuses, voire illégitimes, soyons sûrs que Dieu n'obtempérera pas, par contre, regardons, écoutons, observons et nous constaterons que quelque chose a changé dans notre vie , Dieu nous a visité différemment, mais intelligemment, sagement, il nous reste à Le remercier d'avoir été bien plus lucide que nous même. Il faut du temps parfois pour comprendre cela, mais Dieu ne nous refusera jamais sa lumière ! Et c'est là qu'intervient la grave question de Jésus : « Cependant, le Fils de l’homme,quand il viendra,trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Pour reconnaître les passages de Dieu dans nos vies la Foi est indispensable, cette foi-là nous l'avons comme cadeau à notre entrée dans l’Église, mais soit nous la laissons en veilleuse, soit nous l'étouffons ! Réveillons-nous !


Le Seigneur passe...
ouvriras-tu
quand frappe l'inconnu?
Peux-tu laisser mourir la voix
qui réclame ta foi?
Le Seigneur passe...
entendras-tu
l'Esprit de Jésus-Christ?
Il creuse en toi la pauvreté
pour t'apprendre à prier.

Le Seigneur passe...
éteindras-tu
l'amour qui purifie?
Vas-tu le fuir et refuser
d'être l'or au creuset ?

Le Seigneur passe...
entreras-tu
dans son eucharistie?
Rappelle-toi que dans son corps
il accueille ta mort.

Le Seigneur passe...
oseras-tu
lancer ton cri de joie?
Christ est vivant, ressuscité,
qui voudra l'héberger?

Le Seigneur passe...
attendras-tu
un autre rendez-vous?
Pourquoi tarder?  Prends avec lui
le chemin de la vie.

Le Seigneur passe.

L'Ermite 

vendredi 7 octobre 2016

JESUS, MAÎTRE, PRENDS PITIÉ !

VINGT-HUITIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

(Lc 17, 11-19)


Jésus, marchant vers Jérusalem,traversait la région située entre la Samarie et la Galilée Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent :« Jésus, maître,prends pitié de nous. »

La lèpre est une maladie qui dérange, il en a toujours été ainsi. Peut-être fait-elle un peu moins peur aujourd'hui. Soignée en ses débuts, elle est devenue curable, mais, du temps de Jésus, et longtemps, longtemps après Jésus , les personnes touchées par cette maladie vivaient à l'écart de tout et de tous. La loi réglementait la distance à respecter c'est pour cette raison, que cette relation s'établit à distance.

Toutefois, ce n'est pas Jésus qui met ces personnes à distance, n'oublions pas qu'à l'occasion d'une autre rencontre, Jésus touche le lépreux qui se
présente à Lui implorant son intervention et la guérison est instantanée : « survint un homme tout couvert de lèpre. En voyant Jésus, il se prosterna la face contre terre et le supplia, disant: " Seigneur, si vous voulez vous pouvez me guérir. " Il étendit la main, le toucha et dit : " Je le veux, sois guéri. " Et à l'instant la lèpre le quitta. » (Luc 5) Ici, ce malade franchit les interdits, il se prosterne au pied de Jésus.

Dans la situation de ce dimanche, les dix lépreux s'arrêtent à distance et

crient leur supplication :« Jésus, maître,prends pitié de nous. » Il est intéressant de s' arrêter sur les termes de leur prière .

« Jésus » eux qui sont isolés, écartés de toute vie sociale, restent à l'écoute, ils connaissent le prénom du Seigneur, ils savent qu'il est en déplacement et traverse leur village , ils ont compris qu'Il est une référence sûre pour le peuple tout entier puisqu'ils l'appellent « maître » ils semblent connaître sa compassion pour les malades et la puissance des actes qu'Il pose en allant à la rencontre de Ses frères. Connaissent-ils le sens du nom de Jésus, « Dieu sauve » ? Je n'en serais pas surprise !

« Maître » Ne vous faites pas appeler maître », dit ailleurs Jésus. Tous le considèrent comme un Maître, et beaucoup l’interpellent ainsi, comme ce jeune homme, souvent appelé le jeune homme riche, qui accourt vers Jésus et s’agenouille devant lui : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (Marc 10,17-18). 

« Maître » ou « rabbi » est l’un des titres que beaucoup donnent à Jésus. Et de fait, il enseigne, et Marc précise : « avec autorité, et non pas comme les scribes. »  Jésus enseigne, il éduque, il soutient, il guérit, Jésus pardonne. Et c’est à travers ces paroles et ces gestes multiples qu’Il révèle le Père, qu’Il révèle le Royaume, qui vit en lui comme une source. Nos lépreux montrent à quel point ils sont attentifs à tout ce qui se dit de Jésus dans leur entourage, même en restant à distance ils sont attentifs et, sans nul doute, désireux que le Maître intervienne dans leur propre vie.

« Prends pitié de nous » remarquons la puissance de ces mots : tout d'abord l'impératif du verbe , mais « l'ordre » donné et reçu (prends) est adouci par la supplication qui suit : pitié de nous » Ces hommes reconnaissent leur besoin de salut, ils savent qu'ils ne peuvent approcher aussi « crient-ils » leur supplique afin d'être entendus. Ils sont malades, écartés, rejetés, leur détresse est aussi importante que leur souffrance, ils ont entendu parler des actes de Jésus, ils n'ont pas de respect humain, ils crient leur besoin de salut, de guérison pleine et entière , rien ne peut les arrêter, Jésus-Sauveur est tout proche, ils ne peuvent manquer cette occasion unique de la rencontre qui leur permettra de retrouver leur place dans la communauté de leur village.
L’Église nous offre cette année le Jubilé de la Miséricorde, comme ces lépreux, aurons-nous le courage de nous jeter au pied de « Jésus dans son prêtre, ses prêtres, » de Lui demander sa pitié pour nos vies enfermées dans le péché. Car symboliquement, la lèpre, c'est ce péché qui défigure l'image de Dieu en nous. Cette année jubilaire sera bientôt clôturée nous devrions nous presser dans nos églises pour recevoir le pardon de Jésus, pour accueillir cette grâce jubilaire. Si vous allez chez le médecin, le psychologue, dans un quelconque magasin, vous devez ouvrir votre portefeuille, chez le Seigneur tout est don, gratuité ! Isaïe ne le disait-il pas au chapitre 55 : « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, même celui qui n'a pas d'argent ! venez, achetez et mangez» .

Et ce don n'est pas pour soi seulement , il est offert à toute personne de bonne volonté ! Serons-nous assez missionnaires pour annoncer la Miséricorde du Seigneur ? Saurons-nous dire le mot qu'il faut, au moment le plus adapté pour éveiller nos frères ? Il ne s'agit nullement de « prêchi-prêcha » mais d'être suffisamment attentifs pour saisir, l'instant offert par l'Esprit Saint pour dire, à notre tour la Parole qui sauve ! Pour offrir ce que nous avons nous-mêmes reçu gra-tui-te-ment !

Notons l'extrême délicatesse de Jésus, Il ne demande pas aux lépreux de s'approcher, non ! Il les envoie, parce que, dans Son Cœur Il connaît la suite, Il connaît son intention agissante :
« À cette vue, Jésus leur dit :« Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés. »

En cours de route, ils furent purifiés, parfaitement guéris, leur peau est toute neuve et leur cœur sans doute aussi ! Les voilà renouvelés corps et âmes !
Mais pourquoi aller se montrer aux prêtres ? Parce que ceux-ci ont le pouvoir de les intégrer dans la communauté des vivants ! Dans l’Église aussi, c'est le Prêtre qui a ce pouvoir de réintégrer le pécheur dans la communauté des croyants . Certains disent « moi je préfère m'adresser à Dieu directement » ils refusent toutes les médiations ! Pourtant, Jésus est notre Médiateur auprès du Père de Miséricorde, et, qui dit prêtre dit, Église, qui dit Église, dit Jésus , donc, au même titre que Jésus l’Église est, aujourd'hui notre médiatrice auprès du Père, seule à faire de nous des hommes et des femmes libres, libérés de l'esclavage du péché ! il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme,qui s'est donné lui-même en rançon pour tous. C'est là le témoignage rendu en son propre temps,…Tim 1

Jésus qui est le médiateur de la nouvelle alliance Héb 12,24

En s’incarnant, Jésus a pleinement satisfait notre besoin d’intermédiaire de l’humanité. Il était le seul à pouvoir le faire.

Le rôle de Jésus médiateur est vital dans la réconciliation de l’homme avec Dieu. Il est l’intermédiaire qui, par son œuvre, va permettre le rétablisse-ment de la relation entre Dieu et les hommes. Ce rôle de médiateur découle de l’appartenance de notre Seigneur à deux mondes différents : le monde de Dieu par sa divinité et le monde de l’homme par son humanité. Et, nous bouderions ce don acquis par la mort et la résurrection du seul Médiateur ?
Chemin faisant, la lèpre a disparu, « L’un d’eux, voyant qu’il était guéri,revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce Or, c’était un Samaritain. » Un sur Dix ! De plus, un Samaritain, donc plus exclu que tous de par son appartenance,de plus il sait pertinemment qu'il ne peut s'approcher de la communauté juive . Que fait-il alors ? Il rebrousse chemin pour se présenter, lui, au Prêtre Jésus ,il sait, dans son cœur, que Celui qui l'a guéri l'accueillera pleinement. L'homme se jette aux pieds de Jésus. Le remercie en se prosternant et glorifie Dieu ! Jésus nous montre aussi qu'il n'est pas venu pour quelques uns seulement,Jésus offre son salut à tous.
Accueillir le don de Dieu est une chose, rendre grâce pour ce don en est une autre ! Quand Dieu nous visite par Ses grâces, par Ses sacrements, savons-nous Le remercier ? Nous le savons pourtant que tout, absolument tout vient de Lui , demandons la grâce de la reconnaissance, sachons dire merci, pour cette nouvelle journée offerte, pour cette guérison obtenue, pour la santé, le travail , pour ces menues joies quotidiennes que nous glanons ici et là et qui nous comblent, pour Jésus qui nous visite par son Eucharistie, et tout sacrement! Dire merci, c'est revenir sur ses pas en prenant le temps de reconnaître la geste de Dieu dans ma vie !
Aujourd'hui encore Jésus doit s'étonner : Jésus prit la parole en disant :« Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! « Jésus lui dit :« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Nombreux sont les frères qui, après deux mille ans d’Évangélisation ignorent tout de Jésus . Tout récemment, notre commune a salarié pendant un mois, des clowns pour tenter de dérider les villageois, pour créer des liens, rejoindre les personnes seules, isolées, j'ai eu la chance de les rencontrer incidemment et, ils sont venus me voir à l'Ermitage, je n'étais malheureusement pas disponible à cet instant ! Cependant, en quelques mots, j'ai su que l'une d'entre eux ignorait tout de Jésus, elle était affamée et assoiffée de savoir, le soir même, elle nous rejoignait à l'Eucharistie pour s'ouvrir un peu à la merveille de l'amour de Dieu ! Elle comptait repasser, mais le travail l'en a empêchée, elle était dépendante du groupe, elle nous ( à ma voisine religieuse et à l'Ermite) a adressé une carte postale où elle exprimait son désir. Je la confie à votre prière, les autres aussi bien sûr, mais eux sont sacramentalisés et fiers de l'être, souhaitons qu'ils l'accompagnent sur le chemin de la foi ! Cette clown se prénomme ROE. Ils sont des centaines de milliers à ignorer tout de Jésus, ils ont soif pourtant, n'hésitons pas à entrouvrir une porte, Jésus finalisera !
« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. » Jésus ne retient pas le frère
guérit, aussitôt, Il l'envoie ! « Va » annoncer la nouvelle de ton salut et du salut de tous, va dire aux hommes qu'ils sont tous appelés, il suffit qu'ils désirent fermement me rencontrer ! Nous sommes ce lépreux, ce pécheur, à qui Jésus dit « va », annonce à temps et à contretemps « Christ est ressuscité, Christ est vivant à jamais, Il nous précède dans la Galilée des nations. Fais de nous Seigneur , des témoins de Ton Amour !
Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !



L'Ermite

vendredi 30 septembre 2016

ADORONS !

VINGT-SEPTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE


(Lc 17, 5-10)

Il dit à ses disciples: " On ne peut supposer qu'il n'arrivera pas de scandale; mais malheur à celui par qui ils arrivent! Il serait plus utile pour lui qu'on lui suspende autour du cou une pierre de meule et qu'on le lance dans la mer, plutôt qu'il ne scandalise un de ces petits.

Prenez garde pour vous-mêmes. Si ton frère vient à pécher, réprimande-le, et s'il se repent, pardonne-lui. Et quand il pécherait contre toi sept fois le jour, et que sept fois il revienne à toi, disant: " Je me repens, " tu lui pardonneras. (Luc 17)

Dimanche dernier nous méditions la Parabole de l'homme riche et du pauvre Lazare, il me paraît important de donner les premiers versets du chapitre 17 de St Luc pour mieux comprendre la prière des Apôtres en ce jour. Jésus parle avec ses Apôtres ; chemin faisant ( n'oublions pas qu'ils sont en route vers Jérusalem) Jésus continue leur formation. Les apôtres de leur côté prennent conscience de leurs propres fragilités, de leurs manques, et de l'ampleur de la mission qui sera le leur ! Ils commencent à en percevoir l'importance, aussi cette prière jaillit du fond de leur être :

« Augmente en nous la foi ! »

Priant ainsi, ils n'ont pas conscience qu'ils font là un acte de foi ! En, effet, demander à Jésus d'augmenter leur foi c'est reconnaître que Jésus a le pouvoir d'influer sur leurs limites, de suppléer même à leurs limites, c'est reconnaître, le Maître, c'est Lui faire confiance même si cette confiance sera bientôt mise à mal par les événements douloureux de la Passion. Les apôtres ont l'humilité de reconnaître qu'Ils ont besoin du soutien, de l'aide , de la lumière de Jésus ! Jésus de son côté les connaît, Il ne les contredit pas, au contraire Il va dans leur sens pour qu'ils sachent vraiment, qu'ils expérimentent dans leur chair, ce que nous rapporte St Jean au chapitre 15 : « sans moi vous ne pouvez rien faire ». Qu'ils comprennent viscéralement que la Foi est don de Dieu, que Dieu nous honore en nous invitant à participer, mais, qu'en réalité Il pourrait bien se passer de nous ! Nous y reviendrons . Jésus leur répond donc :

« Si vous aviez de la foi,
gros comme une graine de moutarde,
vous auriez dit à l’arbre que voici :
‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’,
et il vous aurait obéi.

En parlant au Apôtres, Jésus parle à l’Église d'aujourd'hui, Il parle à chacun d'entre nous ! C'est à chacun de nous que Jésus dit : « si vous aviez la foi gros comme une graine de moutarde ». Jésus sait très bien que la foi est don du Père, alors que veut-Il nous dire ici ?

Jésus semble nous inviter non seulement à entretenir ce don mais aussi à le cultiver.Une graine qui n'est pas nourrie ne se développe pas, elle a besoin de terre, d'eau, de soleil, d'engrais et d'attention pour devenir ce qu'elle est : fleur, céréale, arbre ... ! Si nous laissons dormir le don de Dieu, il s'étiole. N'est-ce pas ce qu'expriment nos frères quand ils disent avoir perdu la foi ? La foi ne peut se perdre puisqu'elle est don de Dieu mais elle peut rester en sommeil « C'est pourquoi je te rappelle de raviver le don de Dieu, qui est en toi, (2 Timothée 1) jusqu'à donner l'impression de n'être plus. Je peux égarer mes clefs, mon mouchoir, un outil, la foi ne s'égare pas, elle est enfouie au plus profond de mon être, c'est un sceau indélébile que je peux, pour différentes raisons, laisser en sommeil, ne pas cultiver !

« Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi; et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu ; ( Ephésiens 2) »

Une façon de la cultiver c'est de la proclamer ! «  Si vous aviez... vous auriez dit » Dire sa foi c'est lui permettre de se développer, plus je dis « Proclame la parole, insiste en toute occasion, favorable ou non, » C'est St Paul qui invite de la sorte son disciple Timothée. Plus nous proclamons notre foi, plus elle nous habite et devient vivante et nous propulse , rendant l'impossible, possible. « Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus , et si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité, alors tu seras sauvé » Rom 10,9

Dire, proclamer, annoncer, confesser autant d'expressions pour exprimer une seule et même grâce : le don de la foi  que nous n'avons pas le droit d'enfouir !

Et regardons la force d'une minuscule graine, c'est inouï ! Aussi insignifiante soit-elle, elle est capable de « déplacer » la montagne qu'est pour elle une pierre pour se faire une place au soleil et s'épanouir : et nous, que faisons-nous de la graine de la foi reçue au baptême ? Agissons-nous comme St Paul le recommande ? « Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté,avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous. » « Garder » ne veut pas dire « enfouir » garder, ici, est un appel à la vigilance pour ne pas se laisser embarquer sur les chemins du désordre qui ferment le cœur et l'esprit. Garder, c'est cultiver, faire fructifier, grandir, pour que la graine reçue lors du baptême devienne un arbre immense où les oiseaux du monde trouveront refuge, les oiseaux étant nos frères et sœurs !

Jésus continue la conversation en donnant un exemple qui, à première lecture, nous surprend . Il est bon de se souvenir que Jésus est venu pour servir, que le disciple n'est pas au-dessus de son Maître,mais, tout disciple accompli, sera comme son Maître Il nous invite ici, à développer en nous cet esprit de service, d'ailleurs, n'est-ce pas la conclusion de cette péricope ? «‘Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir’ » Lequel d’entre vous,quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes,lui dira à son retour des champs :
‘Viens vite prendre place à table’ ? Ne lui dira-t-il pas plutôt :
‘Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir,le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour’ ? Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ?
De même vous aussi,quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné,dites : Nous sommes de simples serviteurs :nous n’avons fait que notre devoir’ »

Cultiver le don de la foi, annoncer la Parole, en vivre, c'est pour chacun d'entre nous « servir le Seigneur Dieu », nous ne pouvons prétendre à d'autre récompense que celle de la joie merveilleuse de la fidélité au don qui nous est fait ! Le texte dit « nous n'avons fait que notre devoir » « oui, si on se regarde comme « obligé de »mais en réalité c'est une grâce, c'est un bienfait du Père que de nous appeler comme collaborateur, c'est un honneur insondable . Sommes-nous conscients de cette merveille ? Dieu le Père
éternel, créateur de l'univers, souverain du ciel et de la terre nous prend pour collaborateur ! La récompense est dans ce seul choix ! C'est tout simplement époustouflant, stupéfiant, étonnant, inimaginable ! Dieu peut tout réaliser sans moi, mais Dieu veut avoir besoin de moi, en agissant ainsi Dieu me rend acteur de mon bonheur ! C'est, comme certains disent pour des expériences très banales, c'est délirant ! Il nous est difficile d'avoir conscience de ce don qui nous est fait en nous appelant à collaborer à l’œuvre du salut !

« Qu'est-ce donc qu'Apollos? et qu'est-ce que Paul? Des ministres par le moyen desquels vous avez cru, selon ce que le Seigneur a donné à chacun. Moi, j'ai planté, Apollos a arrosé; mais Dieu a fait croître. Ainsi ni celui qui plante n'est quelque chose, ni celui qui arrose; mais Dieu, qui fait croître. Celui qui plante et celui qui arrose sont égaux ; et chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail.(récompense qui est intrinsèque au service rendu ) Car nous sommes collaborateurs avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, l'édifice de Dieu. Selon la grâce de Dieu qui m'a été donnée, j'ai, comme un sage architecte, posé le fondement, et un autre bâtit dessus. Seulement que chacun prenne garde comment il bâtit dessus.

Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui est déjà posé, savoir Jésus-Christ. Si l'on bâtit sur ce fondement avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l'ouvrage de chacun sera manifesté; car le jour du Seigneur le fera connaître, parce qu'il va se révéler dans le feu, et le feu même éprouvera ce qu'est l'ouvrage de chacun. Si l'ouvrage que l'on aura bâti dessus subsiste, on recevra une récompense; si l'ouvrage de quelqu'un est consumé, il perdra sa récompense; lui pourtant sera sauvé, mais comme au travers du feu.

Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira; car le temple de Dieu est saint, et c'est ce que vous êtes vous-mêmes. (1 Corinthiens 3)

Cette citation est longue, je ne la coupe pas car elle précise très bien ce que je crois quant à notre service de l’Évangile. Il serait même intéressant de remplacer le nom d'Apollos par notre prénom et celui de Paul par le prénom de la personne qui nous a le plus accompagné sur le chemin de l’Évangile !

Si nous réalisons tant soit peu le don qui nous est fait, ce cadeau merveilleux du Père alors, comme st Thomas après la résurrection nous tombons à genoux et disons : « MON SEIGNEUR ET MON DIEU ! »

La seule attitude possible, la seule attitude valable est :


« l’ADORATION »




L'Ermite

vendredi 23 septembre 2016

ILS NE SERONT PAS CONVAINCUS !

VINGT-SIXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lc 16, 19-31 b


L'argent, les biens de tous genres peuvent durcir le cœur, aveugler notre regard, nous replier sur nous – mêmes, nous avons vu cela dimanche dernier et c'est tout-à-fait ce que nous enseigne la Parabole de ce jour !


En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens :
« Il y avait un homme riche,vêtu de pourpre et de lin fin,qui faisait chaque jour des festins somptueux.

Cet homme, décrit par Jésus, présente, effectivement, tous les ingrédients qui font de lui, un personnage ayant « pignon sur rue » du moins dans son apparence, son clinquant, dans ce qui peut le faire briller aux yeux des hommes et retenir leur regard :

Il est vêtu de pourpre et de lin fin : il faut de l'argent pour s'habiller ainsi !
Chaque jour il s'autorise des festins somptueux : de tels repas réclament aussi un portefeuille bien garni ! La cadence de ces festins est impressionnante !

Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères.Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.

Le contraste est saisissant ! Lazare ce pauvre qui gît devant le portail de cet homme riche est dans une situation extrême , des ulcères recouvrent son corps, il n'a rien à manger, il ne peut qu'envier les miettes éventuelles qui tombent de la table de cet homme riche ! Lazare serait heureux de les récupérer mais il n'en a pas le loisir, nul ne pense à partager, il ne bénéficie d'aucune compassion, seuls, des chiens viennent le soulager en léchant ses plaies !

Cette scène est pathétique ! Ne passons pas trop vite en la jugeant extrême et non advenue . Ma mission auprès des personnes qui vivent dans la rue et de la rue a parfaitement illustré cette parabole . Gare du Nord, Gare de l'Est, à Paris, nous avons approché des situations sous humaines et vu , certes, quelques gestes de solidarité mais, hélas, des paroles et des gestes odieux exprimés par des passants qui du haut de leur allure altière portaient des jugements à l'emporte pièce et les jetaient à la face de celui ou celle qui demandait un peu d'aide , voire rien , sa seule présence dérangeait ! Le plus dégradant n'était-il pas dans l'indifférence ? Les voyageurs passaient chaque jour et ne voyaient pas la misère étalée à leurs pieds, leurs yeux étaient attirés par bien des choses mais ne l'étaient pas par les drames qui s'exposaient chaque jour en ces lieux ! Ils ne voyaient pas ! Et c'est le drame de cet homme riche !

Il ne voit pas l'homme couché à sa porte, occupé qu'il est par ses convives et
par l'organisation de ses repas somptueux ! Sa richesse le rend aveugle sur ce qui est différent, mais hélas, sur lui même aussi, il n'est plus en capacité de prendre conscience de ses limites, il vit hors de lui-même. Cet homme est incapable de se poser pour réfléchir, pour se remettre en question ! Sait-il seulement se remettre en question ? Sa vie est faite de jouissances, de bien-être, de fêtes, il s'étourdit !

Combien parmi nous, aujourd'hui, s'étourdissent dans des fêtes, des soirées somptueuses ? Combien louent des chambres d'hôtels à des prix exorbitants tandis qu'ils ne voient pas, ou ne veulent pas voir, ou ne peuvent plus voir , la pauvreté qui se déploie aux périphéries, quand ce n'est pas au pied de leur porte d'appartement ?

Or le pauvre mourut,et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham.
Notre homme riche ne s'est même pas rendu compte de sa disparition, il ne s'est pas inquiété de sa sépulture, à aucun moment il ne s'interroge sur son absence et renforce ainsi le constat d'aveuglement qui alourdit le poids de son indifférence. Heureusement, le ciel supplée à nos limites, quand nous sommes défaillants, le Seigneur prend le relais et suscite l'inattendu. Ici « les anges » sans doute des frères attentifs qui méritent d'être reconnus comme tels !

Le riche mourut aussi,et on l’enterra.
Son sort tombe comme un couperet ! On l'enterra ! Apparemment sans faste, sans éclat ! Où sont ceux qu'il a régalés ? Dès cet instant Jésus semble nous montrer la vacuité absolue de cette vie. Jésus veut nous éveiller, nous réveiller avant qu'il ne soit trop tard, avant que nos oreilles s'ouvrent enfin pour entendre : « J'étais malade et tu ne m'as pas visité, nu et tu ne m'as pas vêtu, affamé, et tu ne m'as pas donné à manger ! » Ce jour viendra bien sûr, alors, si nous n'avons pas redressé la barre en temps opportun nous serons, comme cet homme riche, sans nom ici, mais qui peut se prénommer comme vous ou moi selon notre degré d'indifférence ! Ne nous y trompons pas, il ne s'agit pas seulement des richesses « sonnantes et trébuchantes » mais aussi de celle de la famille, de l'intelligence, de la santé ...

Au séjour des morts, il ( cet homme repu sur terre ) était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui. Alors il cria :‘Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue,car je souffre terriblement dans cette fournaise.

Voilà venu, bien tardivement, l'heure du repentir ! Est-ce seulement un repentir ? Non même pas ! Il souffre seulement de la privation totale de la vision du Père, l'abîme qu'il avait établi sur terre entre Lazare et son mode de vie, continue de l'en séparer, mais la situation est inversée , Lazare, aujourd'hui, est dans le sein du Père, cet homme repu, aveuglé, est


tristement, lamentablement éloigné de ce Père, « lent à la colère, pourtant et tendre à la compassion » . Il faut que cet homme se soit terriblement fourvoyé pour que la porte étroite de l'amour ne lui permette de la franchir et d'accéder au royaume !

La réponse ne vient pas de Lazare, il serait en effet capable de se laisser infléchir, elle vient d'Abraham, le père des croyants qui a accueilli Lazare :

  – Mon enfant, répondit Abraham,rappelle-toi :tu as reçu le bonheur pendant ta vie,et Lazare, le malheur pendant la sienne.Maintenant, lui, il trouve ici la consolation,et toi, la souffrance.Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous,pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas,et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.

Cet homme semble alors retrouver un ersatz d'humanité, il pense aux membres de sa famille qui continuent les ripailles dans la maison de leur père terrestre :

Le riche répliqua :
Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père.En effet, j’ai cinq frères :qu’il leur porte son témoignage,de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !

Abraham est lucide, si lui et ses frères n'ont pas ouvert leurs yeux ni leurs oreilles à l'appel des prophètes : « Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion,et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. Couchés sur des lits d’ivoire,vautrés sur leurs divans,ils mangent les agneaux du troupeau,les veaux les plus tendres de l’étable ;ils improvisent au son de la harpe,ils inventent, comme David, des instruments de musique ;ils boivent le vin à même les amphores,ils se frottent avec des parfums de luxe,mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ! » (Amos dans la première lecture) Dieu le Père viendrait en personne qu'ils ne l'écouteraient pas !

Abraham lui dit :Ils ont Moïse et les Prophètes :qu’ils les écoutent !
 –Non, père Abraham, dit-il,mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver,ils se convertiront.’Abraham répondit :S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts :ils ne seront pas convaincus.’ »

C'est ce qui fera dire à Jésus dans la Parabole du semeur :
« Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, pour que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n’entendent pas, que leur cœur ne comprenne pas, et qu’ils ne se convertissent pas. Sinon, je les aurais guéris !


Jésus veut nous guérir, c'est le but de Son Incarnation, c'est le but de Son


Église :« Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »Jésus, est venu chercher ce qui était perdu, Il fouille l'horizon jusqu'à l'heure du retour de l'enfant prodigue, faut-il encore que cet enfant, que je suis, que tu es, lève les yeux vers Lui !

Jésus vient nous rappeler que riches et pauvres sont ses enfants bien-aimés. Jésus s'est rendu chez les uns et chez les autres pour combler le fossé qui les séparait. Et Saint Paul nous écrit, à chacun, personnellement la lettre de ce jour :

Toi, enfant de Dieu, recherche la justice, la piété, la foi, la charité,
la persévérance et la douceur. Mène le bon combat, celui de la foi,
empare-toi de la vie éternelle ! C’est à elle que tu as été appelé,
c’est pour elle que tu as prononcé ta belle profession de foi devant de nombreux témoins...voici ce que je t’ordonne :garde le commandement du Seigneur,en demeurant sans tache, irréprochable jusqu’à la Manifestation de notre Seigneur Jésus Christ. »



OUVRONS NOS OREILLES, OUVRONS NOS YEUX, OUVRONS NOTRE CŒUR ! AMEN !
L'Ermite