vendredi 4 mars 2022

TU NE TENTERAS PAS LE SEIGNEUR TON DIEU

 

PREMIER DIMANCHE


DE CARÊME


Année C


(Lc 6,39-45)


Le Carême commence le Mercredi des Cendres, mercredi 2 mars 2022, et s’achève le Jeudi Saint, le jeudi 14 avril 2022, avant la célébration de la Cène du Seigneur.

La Semaine Sainte, qui commence avec le dimanche des Rameaux le 10 avril 2022, commémore la Cène, la Passion et la mort du Christ sur la Croix. Le Samedi Saint au soir et le dimanche de Pâques, le 17 avril 2022, les chrétiens célèbrent la résurrection du Christ.

La durée du Carême – quarante jours sans compter les dimanches – fait en particulier référence aux quarante années passées au désert par le peuple d’Israël entre sa sortie d’Égypte et son entrée en terre promise ; elle renvoie aussi aux quarante jours passés par le Christ au désert entre son baptême et le début de sa vie publique. Ce chiffre de quarante symbolise les temps de préparation à de nouveaux commencements.


Un temps de conversion

Au désert, le Christ a mené un combat spirituel dont il est sorti victorieux. À sa suite, il ne s’agit pas de faire des efforts par nos propres forces humaines mais de laisser le Christ nous habiter pour faire sa volonté et nous laisser guider par l’Esprit.

Durant le temps du Carême, nous sommes invités à nous donner des moyens concrets, dans la prière, la pénitence et l’aumône pour nous aider à discerner les priorités de notre vie. Le temps du Carême est un temps autre qui incite à une mise à l’écart pour faire silence et être ainsi réceptif à la Parole de Dieu.

Conférence des évêques de France




Après son baptême,    Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert    où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable

Pourquoi l'Esprit conduit-Il Jésus au désert ? En posant cette question, j'ai ouvert « le compagnon de Carême de Magnificat «  et il se trouve que le Père Étienne Masquelier y répond. Je vous partage ce qu'il en dit : » Dieu n'a pas besoin de vaincre Satan, Il est infiniment supérieur à cette créature rebelle, déjà expulsé du ciel. Mais Jésus, - vrai homme et vrai Dieu - souhaite battre le démon comme homme, avec des armes humaines et non divines Il nous montre ainsi comment humainement dominer le démon : en jeûnant et en utilisant la Parole biblique comme arme. Jésus, comme le dit Saint Ambroise, Jésus a affronté l'adversaire dans notre intérêt, Jésus était donc poussé dans le désert, car si le démon ne l'eût point attaqué, le Sauveur n'en eût point triompher dans notre intérêt ; pour accomplir un mystère, c'est-à-dire , pour délivrer de l'exil cet Adam qui avait été chassé du Paradis dans le désert. »

Seigneur, avec Toi, nous irons au désert

Poussés comme Toi par l'Esprit.

Et nous mangerons la Parole de Dieu

Et nous choisirons notre Dieu

Et nous fêterons notre Pâque au désert :

Nous vivrons le Désert avec Toi !


Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Pendant quarante jours Jésus n'a rien mangé ! Quarante jours ! Sommes-nous conscients du tiraillement de l'estomac, de l'affaiblissement du corps tout entier, de l'épuisement de la personne, que suppose un tel jeûne ? L'esprit lui-même est parasité, embrumé, brouillé, prendre une décision devient compliqué à l'extrême, les connexions internes n'aboutissent pas, la personne est complètement anéantie, tout cela, le Diviseur l'a repéré et c'est ce moment précis qu'il choisit avec une infinie jouissance, pour tenter de déstabiliser Jésus, le Fils Bien-aimé du Père. S'il choisit cette heure bien précise pour narguer le Seigneur, sachons qu'il agit, et agira de même avec nous qui voulons mettre nos pas dans les pas de Jésus .Jésus n'a-t-Il pas dit : Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. (Jn 15)

Le Diviseur nous observe, il étudie nos fragilités, il repère qu'à tel moment pour des raisons bien précises, je me suis isolé(e), replié(e), il connaît la colère qui sourd en moi, les oppositions que je nourris allégrement et c'est ce moment qu'il choisit intentionnellement pour « ronronner » dans mon esprit et me faire chuter en utilisant toutes sortes de stratégies déstabilisantes, et surtout, en essayant de me convaincre que je suis dans le vrai, le juste, le bon ...cela tout au long de ma vie bien sûr, mais surtout dans les temps forts de ma vie de foi, comme le Carême et l'Avent. Demandons à Jésus qui a su renvoyer le Diviseur « dans ses buts » de nous fortifier, de nous éclairer, de nous inspirer, pour rester fermes dans nos choix, nos engagements, notre quête d'une vie chrétienne la plus authentique possible, la plus cohérente, pour témoigner que notre Dieu est plein d'amour et de miséricorde .

 Le diable lui dit alors :« Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du

pain. »Si Tu es le Fils de Dieu le Satan « est bien qui il est », insidieux, fourbe, fallacieux, en s'exprimant ainsi, il espère piquer Jésus au vif et obtenir de la sorte le faux pas convoité, de plus, Jésus a forcément faim, Il Lui serait facile de changer des pierres en pain et de prouver ainsi qu'Il est capable de ...Mais Jésus n'est pas venu prouver, Il est venu AIMER. Jésus n'est pas un magicien, un illusionniste, Jésus marche avec l'Humanité et pourvoit aux manques à bon escient, comme lors de la multiplication des pains, non pour montrer Sa Puissance mais pour secourir notre indigence.

Jésus répondit :« Il est écrit :L’homme ne vit pas seulement de pain. » L’Évangéliste Matthieu cite le Deutéronome en entier :mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. (Mt 4) Jésus renvoie Le Diviseur à la traversée du désert : Il t'a humilié, il t'a fait avoir faim, et il t'a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n'avaient pas connue tes pères, afin de t'apprendre que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais que l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. (Dt 8) et montre très clairement qu'Il écoute la voix du Père qui parle et agit en Lui, qu'Il est venu pour accomplir la volonté de Celui qui L'a envoyé et nous avons envie de dire « tout malin que tu crois être « tu perds ton temps ! » Savons-nous le lui dire quand il nous provoque sur notre route ? Savons seulement le reconnaître dans la subtilité de ses agissements ?

Satan ne s'avoue pas vaincu il va tenter une autre entrée : celle du pouvoir, de la gloire !

Devenir maître absolu , tenir les rênes du monde, être adulé par une armada de serviteurs , être loué, congratulé ...dominer , commander ...

Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.    Il lui dit :« Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes,car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux.

Là, le Satan se révèle bien naïf, mais il tente ! il promet ce qu'il ne possède pas, ce grossier menteur ! Le mensonge est en effet une autre dramatique facette du Satan, c'est pourquoi le mensonge est à ce point odieux ! Et il ose dire cela à Celui « qui est La Vérité » , il y adjoint toutefois une condition de taille :Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Pas moins que cela : le Fils de Dieu qui se prosternerait devant le Satan, cet ange déchu, pour soi-disant exercer un pouvoir absolu sur le monde et recevoir la gloire qui est censée être attachée à cette posture ! Nous sommes immensément loin de la gratuité d'un Dieu qui nous donne TOUT et n'attend rien, Il espère seulement, mais pas pour Lui, pour nous ! Dieu sait en effet que notre bonheur s'exprime dans notre accueil, lequel nous ouvre des perspectives infinies jusque dans et pour l'éternité. Dieu donne et se donne, en espérant pour notre seul bien, que nous comprendrons que nous sommes aimés à l'infini ! Et c'est pour cela que Jésus est venu, pour nous dire cela, Son séjour terrestre n'a pas d'autre but : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité: quiconque est de la vérité écoute ma voix." (Jn 18) Le mirage que le Satan essaie de déployer devant Jésus est déjà acquis par Jésus , n'est-Il pas, dans Sa divinité , Celui qui régit non seulement les Royaumes mais les mondes ! Satan est cet aveugle incurable qui ne peut aller jusqu'à l'Essence du Fils unique qui est là, devant lui, habillé de l'humanité pour la rétablir dans sa stature originelle. Une nouvelle fois, Jésus le renvoie à l’Écriture Sainte qu'il est devenu incapable de comprendre ou de vouloir comprendre depuis sa révolte :   Jésus lui répondit :« Il est écrit :C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. » Nous trouvons cela en effet dans l'Exode :Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. Tu ne te feras pas d'image taillée, ni aucune figure de ce qui est en haut dans le ciel, ou de ce qui est en bas sur la terre, ou de ce qui est dans les eaux au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles et tu ne les serviras point. (Ex 20) Et cependant nous ne cessons de désobéir à cette demande du Seigneur, nous multiplions nos dieux grands ou petits : argent, sexe, puissance, guerre, domination, alcool, bien-être, confort extrême, ...

2 - Seigneur, nous irons au désert pour guérir,

Poussés comme toi par l’Esprit,

Et tu ôteras de nos cœurs le péché,

Et tu guériras notre mal,

Et nous fêterons notre Pâque au désert :

Ô Vivant qui engendre la Vie !

La tension monte, le Satan cherche et trouve une autre parade. Il compte bien avoir raison de cet interlocuteur bien différent de tous ceux qui ne cessent de se construire des dieux à leur image : le téléphone qui ne nous quitte plus y compris en compagnie d'autres frères, la cigarette, l'ordinateur, l'alcool... Attention, je ne dis pas que ces outils sont mauvais, c'est la façon dont je les utilise qui est inadaptée à l'équilibre de ma vie .

Eh bien si , le moment est venu pour le Satan d'étaler son érudition biblique :

Il le conduisit à Jérusalem,il le plaça au sommet du Temple et lui dit :« Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ;    car il est écrit :Il donnera l’ordre de te garder ;    et encore :Ils te porteront sur leurs mains,de peur que ton pied ne heurte une pierre. »

Le Satan effectue un copié/collé du Psaume 91 :Car il ordonnera à ses anges de tegarder dans toutes tes voies. Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. (Ps 91) Il demande en quelque sorte à Jésus de jouer avec Sa divinité, de la mettre au service de l'arbitraire, de l'inutile, du factice, du voyeurisme,de jouer avec le danger, de prendre des risques sans fondement rien que pour montrer, faire voir, qu'Il est le plus malin, le plus subtil, le plus fort . Il lui demande tout simplement, de se montrer présomptueux, orgueilleux, audacieux à l'extrême, uniquement pour se faire valoir . Au lieu de discutailler Jésus lui « cloue le bec » et le démon n'a plus qu'une chose à faire : tourner les talons et fuir, du moins à ce moment-là , car il ne lâchera pas prise totalement , nous le retrouverons fréquemment durant la vie missionnaire de Jésus :

« Ah ! que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu ! » (Lc 4)

« Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu très-haut ? Je t'en prie, ne me fais pas souffrir. » En effet, Jésus commandait à l'esprit mauvais de sortir de cet homme. Car bien des fois l'esprit s'était emparé de lui. On le gardait attaché avec des chaînes et avec des fers aux pieds, mais il rompait ses liens et le démon l'entraînait vers les endroits déserts. Jésus lui demanda : « Quel est ton nom ? » L'homme répondit : « Légion », car beaucoup de démons étaient entrés en lui. (Lc 8)

Justement il y avait dans leur synagogue un homme possédé d'un esprit impur; il s'écria: " Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es: le Saint de Dieu. " Jésus lui commanda sévèrement: " Tais-toi et sors de cet homme. " L'esprit impur le secoua avec violence et il sortit de lui en poussant un grand cri. (Mc 1)

Remarquons la fermeté de Jésus elle ne laisse pas de place à une quelconque réplique. C'est ainsi que nous devons agir avec le Provocateur, le Séducteur car il est inutile de discuter avec lui, il trouvera toujours des esquives. Et, ce Provocateur nous le rencontrons souvent dans nos vies : c'est au travers de tel frère qui nous insulte, nous injurie, c'est à travers une connaissance qui nous invite à poser un acte délictueux en susurrant : une fois, ce n'est pas si grave …

En février 2021, à l'Angélus le Pape François expliquait à la foule :« Quand le séducteur s’approche, commence à nous séduire: « Mais pense ceci, fais cela… », la tentation c’est de dialoguer avec lui, comme Eve l’a fait. Eve a dit: « Mais on ne peut pas parce que nous… », et elle est entrée en dialogue. Et si nous entrons en dialogue avec le diable, nous allons être vaincus. »

Et le pape a insisté sur ce refus du dialogue, lui qui recommande au contraire entre les personnes une « culture » du dialogue : « Mettez-vous cela dans la tête et dans le cœur: avec le diable, on ne dialogue jamais, il n’y a pas de dialogue possible. Uniquement la Parole de Dieu.

Et puis le pape a de nouveau averti, toujours en sortant spontanément du texte préparé: « L’ennemi est là en embuscade, faites attention. Ne jamais dialoguer avec lui. »

Dans les trois tentations de ce jour notons que chaque fois Jésus renvoie le Séducteur à la Parole de Dieu : Vous ne tenterez point le Seigneur, votre Dieu, comme vous l'avez tenté à Massah. (Dt 6)

Jésus lui fit cette réponse :« Il est dit :Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur

ton Dieu. » Tenter, mettre à l'épreuve, c'est la même chose ! Mettre Dieu à l’épreuve c'est par exemple demander à Dieu des miracles, des effets de sa toute-puissance, sans nécessité , c'est vouloir L'assujettir, Le soumettre à nos caprices ! C'est tout simplement vouloir prendre la place de Dieu. N'est-ce pas le péché de nos Premiers Parents à la suggestion du Satan :

Le serpent dit à la femme: " Non, vous ne mourrez point; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal... elle prit de son fruit et en mangea; elle en donna aussi à son mari qui était avec elle, et il en mangea. (Gen 3)

Manger le fruit réservé dans nos vies, c'est se délecter des sollicitations du Satan c'est discuter avec lui. Apprenons , jour après jour, durant ce Carême, à brandir la Parole de Dieu, à la méditer , la ruminer comme le suggère Saint Paul dans la deuxième lecture afin de devenir toujours plus forts face aux traits enflammés du Malin : « Prenez surtout le bouclier de la foi, il vous permettra d'éteindre tous les projectiles enflammés du Malin. (Eph 6)

que dit l’Écriture ?


Tout près de toi est la Parole,
elle est dans ta bouche et dans ton cœur.
Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons.
    En effet, si de ta bouche,
tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur,
tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts,
alors tu seras sauvé.
    Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste,
c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi
pour parvenir au salut.
    En effet, l’Écriture dit :
Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte.
    Ainsi, entre les Juifs et les païens,
il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur,
généreux envers tous ceux qui l’invoquent.
    En effet,
quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

(Rm 10, 8-13)

 Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations,le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé. Nous ne pouvons pas, ne pas penser à l'heure des ténèbres, ainsi nommée par Jésus Lui-même lors de la Passion :Alors que chaque jour j'étais avec vous dans le temple, vous n'avez pas porté les mains sur moi. Mais c'est (maintenant) votre heure et la puissance des Ténèbres. (Lc 22) et avant, à ce moment bien précis où Satan entra en Judas :et les grands prêtres et les scribes cherchaient comment ils pourraient le faire périr; car ils craignaient le peuple. Or Satan entra dans Judas, surnommé Iscariote, qui était du nombre des Douze. (Lc 22) et enfin, à l'heure exacte où Jésus remet Son Esprit entre les mains du Père : Il était alors environ la sixième heure, et il se fit des ténèbres sur la terre entière jusqu'à la neuvième heure, le soleil s'étant éclipsé, et le voile du sanctuaire se fendit par le milieu. Et Jésus clama d'une voix forte: " Père, je remets mon esprit entre vos mains. " Et, ce disant, il expira. (Lc 23)

acceptant de traverser l’humiliation, la souffrance et la mort, Jésus sera vainqueur de Satan C'est maintenant le jugement de ce monde; c'est maintenant que le Prince de ce monde va être jeté dehors. (Jn 12)

0Le combat symbolisé, ici par l’affrontement au désert, se résout définitivement dans le jardin du matin de Pâques.

« Tu remarques bien que le Christ fut tenté, et tu ne remarquerais pas qu’il a remporté la victoire ? Reconnais-toi comme tenté en lui, reconnais-toi comme vainqueur en lui. Il aurait pu empêcher le diable de s’approcher de lui ; mais s’il n’avait pas été tenté, comment t’aurait-il enseigné la manière de vaincre dans la tentation ? »

Saint Augustin, Commentaire du Psaume 60

3 - Seigneur, nous irons au désert pour prier,

Poussés comme toi par l’Esprit,

Et nous goûterons le silence de Dieu,

Et nous renaîtrons dans la joie,

Et nous fêterons notre Pâque au désert :

Nous irons dans la force de Dieu.

 

4 - Seigneur, nous irons au désert vers ta croix,

Poussés comme toi par l’Esprit,

Et nous te suivrons au désert pas à pas,

Et nous porterons notre croix,

Et nous fêterons notre Pâque au désert :

Nous vivrons la folie de la Croix.

L'Ermite

vendredi 25 février 2022

QUE DIT MA BOUCHE ?

 

HUITIEME DIMANCHE


DU TEMPS ORDINAIRE


Année C


(Lc 6,39-45)



Avec la péricope de ce dimanche, nous sommes dans la conclusion du chapitre sur les béatitudes et leur développement . Aujourd'hui, Jésus appuie son enseignement sur des images en racontant des paraboles. 

Petit rappel : Une parabole est une histoire racontée en vue de présenter des vérités du Royaume des cieux au travers d’exemples de la vie quotidienne et d’observations de la nature. C’est ainsi que pour introduire ses paraboles, Jésus commence généralement en disant : le royaume des cieux est semblable à…” Du domaine de l’agriculture à celui de la relation maître-serviteur, le Seigneur utilise des images naturelles qui parlent à tous pour expliquer des réalités spirituelles.

Jésus disait à ses disciples en parabole :« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ? A l'évidence , non ! Jésus donne d'ailleurs Lui-même la réponse. Par contre, même s'il semble également évident, le verset suivant exprime une subtilité à laquelle il convient de s'attarder.  Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé,chacun sera comme son maître.Y a-t-il un lien entre ces deux versets ? Si c'est le cas, quel est-Il ? Je pense en effet qu'il y a un lien et un appel . Il serait étonnant que Jésus prenne pour exemple un handicap physique. Ne parle-t-Il pas plutôt de nos aveuglements spirituels, bien plus dangereux ceux-ci que le handicap physique ? Si je me complais dans ma nuit de l'esprit, si je ne cherche pas le sens de ma vie, si je n'ai pas de but précis , si au lieu de construire je vais dans tous les sens et ne brasse que du vent, je suis aveugle !

Si ma profession me place en situation, d'éclaireur, de guide pour mes frères soit auprès d'apprentis, soit parce qu'une équipe m'est confiée, je deviens un aveugle dangereux parce que j'entraîne les autres dans un gouffre ! Le Maître Jésus s'est fait Serviteur, Il reçoit la lumière de Son Père qu'Il consulte dans et par la prière en se retirant dans des endroits déserts et moi j'aurais la prétention de me suffire ? Plus un homme ignore qu'il ne voit pas et plus il met en danger ceux qui l'entourent et lui font confiance. C'est cette illusion redoutable que Jésus, dans saint Matthieu, reproche par deux fois aux Pharisiens : "Malheureux êtes-vous, guides aveugles !" (23,16.19); et il met ses disciples en garde contre leurs prétentions : "Laissez-les: ce sont des aveugles qui guident des aveugles" (15,14), Jésus m'appelle à une profonde humilité, simplicité. En acceptant et en voulant me mettre au service d'autrui en regardant et écoutant le Seul qui détient la vérité parce qu'Il est la Vérité et Se donne tout entier pour que le Salut soit offert à tous les hommes de bonne volonté.

Ne pas voir la vérité, n'est pas forcément une faute, mais ce qui fausse la conscience, c'est de se croire détenteur de cette vérité. C'est ainsi que Jésus répliquait à ses adversaires Pharisiens : "Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché. Mais à présent vous dites : 'Nous voyons', et votre péché demeure"(Jn 9,41). Cet aveuglement volontaire, qui mène aux ténèbres du refus, Jésus le stigmatise au moment où l'aveugle-né, guéri, se prosterne devant lui :"Je suis venu dans ce monde pour un jugement, afin que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles." (Jn 9) Nous connaissons, nous aussi, cette cécité coupable, l'aveuglement par refus de la lumière. Nous en faisons l'expérience avec tristesse lorsque nous occultons en nous des zones de la pensée ou du senti profond que nous n'avons pas envie d'éclairer ni de convertir, lorsque nous nous fermons à des dialogues qui seraient libérateurs, lorsque, tournant le dos au bien communautaire et à toute réciprocité, nous défendons des privilèges, des coins d'ombre, ou des manières de voir gratifiantes.

Plus surprenante encore est notre propension à voir ou à penser que nous voyons clair comme à travers une vitre translucide, dans la vie de nos frères, au point que Jésus poursuit sa mise en garde et Il ne ménage pas l'hypocrite qui peut se cacher en moi  :

Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère,alors que la poutre qui est dans ton œil à toi,tu ne la remarques pas ?    Comment peux-tu dire à ton frère :‘Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil’,alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ?Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ;alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.Très facilement, trop facilement, parce nous sommes souvent soupçonneux, méfiants, un tantinet jaloux, parfois tourmentés, nous épions les faits et gestes de nos frères et nous nous affichons en redresseurs de torts, outrés que nous sommes par tel ou tel comportement ou parole , ou .... Nous sommes sûrs et certains de bien voir, et nous nous octroyons le droit, parfois comme un devoir, d'avertir notre frère, un groupe, quand ce n'est pas l’Église, sa hiérarchie de faire attention, de réfléchir, sous couvert, qui plus est, qu'il, elle se porte tort à lui (elle) même , ou à un groupe ou... Si nous sommes conduits à un moment à « éveiller » un frère il convient, si je peux me permettre que « le jeu, en vaille la chandelle ! » car :

La correction fraternelle est un art subtil et délicat qui demande comme dans la première partie de notre péricope, beaucoup d'humilité, la connaissance de soi-même, de ses propres limites, un contexte d'amour fraternel sincère, loyal, réel , un regard purifié, un souci réel du bien de l'autre et des autres , une grande discrétion, un motif valable et avéré...La correction fraternelle suppose également qu'il ne s'agisse pas d'un règlement de compte, d'une vengeance, ou de tout autre passion cachée !

En Matthieu 18, Jésus Lui-même nous indique comment procéder :Si ton frère a péché contre toi, va reprends-le entre toi et lui seul; s'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. S'il ne t'écoute pas, prends avec toi encore une ou deux (personnes), afin que toute chose se décide sur la parole de deux ou trois témoins. S'il ne les écoute pas, dis-le à l’Église; et s'il n'écoute pas même l’Église, qu'il soit pour toi comme le païen et le publicain. En vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. (Mt 18)

L'enjeu de la correction fraternelle n'est pas en premier lieu de rétablir le droit ou d'éviter la contagion du mal il s'agit de permettre à son frère, sa sœur de devenir ce que Dieu espère de lui , d'elle, à savoir : un fils, une fille crée(e) à Son image et ressemblance.

La correction fraternelle vue par le St Père François :« Si tu dois corriger un petit défaut chez l'autre, pense tout d'abord que tu en as personnellement de tellement plus gros. La correction fraternelle est une action pour guérir le corps de l'Église. Il y a un trou, là, dans le tissu de l'Église, qu'il faut absolument recoudre. Et il faut le recoudre à la manière de nos mères et de nos grands-mères qui, lorsqu'elles reprisent un vêtement, le font avec beaucoup de délicatesse. Si tu n'es pas capable d'exercer la correction fraternelle avec amour, avec charité, dans la vérité et avec humilité, tu risques d'offenser, de détruire le cœur de cette personne, tu ne feras qu'ajouter un commérage qui blesse et tu deviendras un aveugle hypocrite, comme le dénonce Jésus. Hypocrite, enlève d’abord la poutre de ton œil… Hypocrite ! Reconnais que tu es plus pécheur que ton prochain, mais que toi comme frère tu dois le corriger. Nous ne pouvons corriger une personne sans amour et sans charité. On ne peut en effet réaliser une intervention chirurgicale sans anesthésie : c’est impossible, parce que sinon le patient meurt de douleur. Et la charité représente comme une anesthésie qui aide à recevoir le traitement et accepter la correction. Il faut donc prendre notre prochain à part, avec douceur, avec amour et lui parler. Il faut également parler en vérité, ne pas dire des choses qui ne sont pas vraies. Il arrive si souvent que dans notre entourage nous disions des choses à propos d’autres personnes qui ne sont pas vraies : cela s’appelle de la calomnie. Ou si elles sont vraies, on s’arroge le droit de détruire la réputation de ces personnes. Quand quelqu’un te dit la vérité, ce n’est pas facile de l’entendre, mais si cette vérité est dite avec charité et avec amour, c’est plus facile de l’accepter. Un signe qui peut-être peut nous aider, c’est le fait de ressentir « un certain plaisir » quand l’on voit quelque chose qui ne vas pas et que l’on estime qu’il nous faut exercer une correction : il faut être attentifs parce qu’alors cela ne vient pas du Seigneur. Quand cela vient du Seigneur, il y a toujours la croix, et l’amour qui nous porte, la douceur. Ne nous transformons pas en juge. Nous chrétiens nous avons cette fâcheuse tentation : nous extraire du jeu du péché et de la grâce comme si nous étions des anges… Et bien non ! C’est ce que Paul nous dit : « Il ne faut pas qu’après avoir prêché aux autres, nous soyons ensuite disqualifiés ». Et si un chrétien, dans sa communauté, ne fait pas les choses – également la correction fraternelle - dans la charité, en vérité et avec humilité, il est disqualifié ! Il est tout sauf un chrétien mature. Prions donc afin que le Seigneur nous aide à exercer ce service fraternel, si beau mais si douloureux, d'aider nos frères et nos sœurs à devenir meilleurs, et qu'il nous aide à le faire toujours avec charité, en vérité, et avec humilité. Ainsi soit-il »

C'est parce que l'autre est mon frère, ma sœur, que je viens vers lui, par amour et parfois humour, pour lui ouvrir un horizon plus large, où il respirera mieux où il portera de meilleurs fruits .C'est un peu le sens de la troisième parabole :

Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit.    Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.    L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche,c’est ce qui déborde du cœur. »

L'homme croyant et chrétien de surcroît est le Temple de l'Esprit Saint : « Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? (1Co 3) interroge St Paul. Si l'Esprit Saint habite le chrétien celui-ci en produit forcément les fruits décrits encore par St Paul dans Galates : « Le fruit de l'Esprit, au contraire, c'est la charité, la joie, la paix, la patience, la mansuétude, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance. Contre de pareils fruits, il n'y a pas de loi. Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. Si nous vivons par l'esprit, marchons aussi par l'esprit. » (Ga 5)

En tant que chrétien je ne devrais pas produire d'autres fruits, et pour produire de tels fruits Jésus nous dira  « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s'il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. (Jn 15) c'est on ne peut plus clair ! Lorsque Jésus exprime cela Il précise :Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron.Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l'enlève ; tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie, pour qu'il en donne davantage. (Jn15) Nous l'entendons c'est le Père qui a les commandes car tout vient de Lui, c'est donc le Père qui veille à la qualité du fruit et prend les initiatives pour que ce fruit soit sain et saint ! Dans la première lecture, Ben Sira le Sage affirme C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre. Alors qu'en est-il du sarment que je suis par grâce ? Suis-je bien en phase avec le CEP-JESUS ou bien

je me laisse envahir par toutes sortes de parasites qui polluent et pourrissent le fruit que je suis sensé porté ? Parasites qui bloquent l'arrivée de la sève , étouffent les bons élans et s'extériorisent en maladies de l'âme traduites par des paroles venimeuses et parfois vénéneuses ! la parole fait connaître les sentiments. Lisons -nous encore dans la première lecture et Jésus conclut la péricope en ces termes :  «  ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. » A chacun de nous de sonder la teneur de nos propos !

 Débarrassez-vous donc du mensonge, et dites la vérité, chacun à son prochain, parce que nous sommes membres les uns des autres.Si vous êtes en colère, ne tombez pas dans le péché ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère. Ne donnez pas prise au diable... Aucune parole mauvaise ne doit sortir de votre bouche ; mais, s’il en est besoin, que ce soit une parole bonne et constructive, profitable à ceux qui vous écoutent. N’attristez pas le Saint Esprit de Dieu, qui vous a marqués de son sceau en vue du jour de votre délivrance. Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. (Eph 4)


Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce ! 

(cf. Ps 91, 2)

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits !

Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
planté dans les parvis du Seigneur,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
pour annoncer : « Le Seigneur est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »


L'Ermite